Golf: un caddie, ça vous remplit de confiance

Tiger Woods et son caddie Steve Williams à Haven aux Etats-Unis, REUTERS/Mathieu Belanger

Tiger Woods et son caddie Steve Williams à Haven aux Etats-Unis, REUTERS/Mathieu Belanger

Tour à tour météorologues, supporters, voyants, topographes et entraîneurs, les caddies professionnels doivent surtout être de fins psychologues pour tirer le meilleur de leur employeur.

En plus des coachs psychologiques que beaucoup utilisent désormais, les golfeurs professionnels peuvent compter sur l'aide précieuse des caddies pour les aider à aborder chaque coup dans les meilleures conditions mentales au cours des quatre heures de jeu que nécessite généralement un parcours de 18 trous. Tour à tour météorologues, supporters, psychologues, topographes, voyants et entraîneurs, ces derniers sont loin de se limiter au simple rôle de porteur de clubs qu’ils peuvent donner l’impression de tenir sur les images des télévisions.

L'homme à tout faire...

Il y a bien sûr les tâches ingrates, le port du sac donc, qui pèse autour de 20 kg, le ratissage des bunkers après le passage du joueur, le nettoyage des balles, la manipulation des drapeaux sur les greens. Quand un spectateur est trop bruyant alors que son joueur prépare un putt, c’est le caddie qui lui fait de grands gestes en lui lançant un regard noir.

Mais c’est surtout pour leur expertise technique que ces hommes de l’ombre se rendent indispensables à tous les joueurs professionnels, même les plus grands champions. Dans les jours qui précèdent un tournoi, ils scrutent le parcours avec boussole, télémètre laser et parfois niveau pour conseiller à leur binôme la meilleure stratégie à adopter et lui indiquer les zones à éviter absolument.

Pendant le tournoi, avant chaque coup, ils évaluent tous les paramètres (vent, distances, comportement du joueur lors du dernier passage sur le trou) pour pouvoir donner un avis éclairé à leur employeur, qui prend ensuite la décision finale.

Dans quelle mesure un caddie peut-il contribuer à la victoire de son joueur? Un bon cadet, comme on les appelle en français, ne transformera jamais un joueur médiocre en champion. Mais si les golfeurs dépensent autour de 1.000 euros par tournoi, plus une participation sur les gains, pour s’attacher les services de caddies professionnels, c’est parce qu’ils les aident concrètement à améliorer leurs scores.

...qui fait gagner des coups

Après une première journée moyenne où il a terminé sur une série de bogeys qui le laisse à trois coups au-dessus du par, le Français Grégory Havret se présente au second passage en mauvaise position pour se qualifier pour la suite du prestigieux BMW PGA Championship à Wentworth, dans la campagne anglaise du Surrey. Sur l’approche du premier trou, il explique à son caddie, l’Anglais Gary Melia, qu’il penche pour un fer 5.

«Il me répond que le drapeau est court [situé sur le devant du green], avec des bunkers devant et me dit “Il est tôt, ton œil n’est pas terrible, je préfère que tu tapes un fer 4. Il y a moins de danger, même si tu tapes un très long coup, tu resteras sur le green”, raconte Havret. A ce moment je n’hésite même pas, je prends un fer 4.»

Havret réalise un très bon coup, pile à la hauteur du drapeau, et enchaîne sur une excellente journée, qui rattrape celle de la veille et le qualifie pour le week-end. Gary Melia s’est sans doute couché avec le sentiment du travail bien fait.

Les conseils du caddie peuvent donc s’avérer déterminants. Mais pour qu’il réussisse à influer positivement sur les performances de son joueur, il ne doit pas se contenter de distiller de bons conseils. Il doit aussi faire en sorte que son joueur n’hésite pas, et joue son coup avec une confiance totale en son choix, qu’il ait suivi ou non le conseil de son accompagnateur. Dans une étude intitulée «La relation golfeur-caddie: une enquête exploratoire sur le rôle du caddie», trois chercheurs emmenés par David Lavallee, spécialiste de la psychologie du sport, écrivaient:

«L’objectif est de donner au golfeur les meilleures chances de jouer un coup bien exécuté et efficace. Dans la pratique, cela signifie aider le joueur à être assez confiant dans sa décision pour s’engager complètement dans sa mise en application.»

Car plus que tout autre sport, le golf se joue dans la tête. D’un jour à l’autre, les joueurs les plus talentueux peuvent passer du pire au meilleur, ou plus douloureusement du meilleur au pire, par déconcentration, perte de confiance ou au contraire excès d’optimisme au moment crucial. C’est ce qui arriva au Français Jean Van de Velde le 18 juillet 1999 à l’Open britannique.

L'importance du mental

Avec trois coups d’avance au moment d’aborder le dernier trou, l’équivalent golfique de mener 3-0 à une minute de la fin en finale de Coupe du monde au football, rien ne pouvait l’empêcher de devenir le premier Français à gagner un tournoi du grand chelem depuis 1907. Van de Velde rentra bien dans l’histoire ce jour-là, mais au chapitre des plus beaux ratés, laissant s’échapper la victoire après une incroyable série de ratages et de choix trop risqués.

Quand les aspects techniques et psychologiques du rôle du caddie se rencontrent, des dilemmes se présentent à lui. Savoir quand intervenir et quand rester silencieux, ce qu’il faut dire et à quel moment le dire, là est la clef de l’impact mental que peut avoir un caddie.

David Lavallee et ses collègues ont définit quatre étapes dans la prise de décision du golfeur: la décision initiale, prise par le joueur sur des bases purement techniques pour choisir le meilleur coup à jouer; l’avis du caddie, qui peut soit approuver, être en désaccord ou être indécis; la réaction du joueur à l’avis du caddie, qui est simple quand les deux hommes sont d’accord mais plus compliquée quand il faut trancher; et enfin la décision finale, sur laquelle le caddie ne peut plus intervenir ou influer. Il doit alors soutenir la décision du joueur afin que celui-ci puisse s’impliquer totalement dans la réalisation de son coup.

Dans la pratique, le niveau de communication entre un joueur et son caddie varie en fonction de la personnalité du golfeur, mais aussi du niveau de familiarité et de la confiance qui existe entre les deux hommes. «Ce qui est le plus important, ce n’est pas d’arriver à lire la manière dont le golfeur joue, mais d’arriver à lire sa personnalité» explique Basile Dalberto, caddie du Nord-irlandais Gareth Maybin et qui a collaboré avec certains des meilleurs joueurs du circuit depuis ses débuts il y a six ans.

Construite la confiance

Six ans, c’est la durée de la collaboration entre Gary Melia et Grégory Havret, qui ont développé une grande confiance mutuelle, parfois à travers des détails. «En plus de 20 ans de carrière, je ne suis jamais arrivé en retard pour un départ, raconte fièrement le caddie. Ce n’est pas le cas de tout le monde.»

Le caddie à l’accent de Liverpool bien marqué n’a plus besoin de prendre des pincettes pour parler à son boss. «Greg me demande mon avis avant tous ses coups ou presque, confie-t-il. Et quand je ne suis pas d’accord avec son choix, je le lui dis toujours. Ce n’est pas forcément une bonne chose, les caddies ont une expression qui dit “keep up and shut up” [suivre et se taire]

Pour Havret, cette franchise est pourtant absolument nécessaire, et résulte de la confiance qui s’est installée au fil du temps avec celui qu’il considère aujourd’hui comme un ami. «Je préfère qu’il me dise ce qu’il pense même si nous ne sommes pas du tout d’accord, et ensuite je prends la décision finale, explique celui qui a terminé second de l’US Open en 2010. C’est extrêmement important pour moi d’avoir son regard froid, qui ne s’emballe pas.»

Le caddie est là pour modérer l'enthousiasme du golfeur. Par exemple, le golfeur pro, quand il est en confiance et frappe bien la balle, a tendance à choisir un club avec un angle plus grand (qui permet en théorie de donner moins de distance à la balle) que celui qu’il utilise habituellement pour le même coup, un manque qu’il se sent capable de compenser par un geste parfait. Le caddie lui rappelle quelle distance correspond à quel club, une information que le joueur connaît très bien mais peut oublier dans un moment d’euphorie. «Il faut être calme, posé, garder la tête sur les épaules», confirme Basile Dalberto.

Bons et mauvais jours

Le rôle psychologique du caddie dépend aussi de la forme du joueur. Dans les bons jours, rester concentré passe au contraire par des discussions dignes de la machine à café et qui n’ont plus grand-chose à voir avec la force du vent ou la position d’un obstacle pour Grégory Havret. «Quand tout va bien, j’aime penser à autre chose, je demande à Gary ce qu’il a fait la veille, comment vont ses enfants», confie le Français.

Dans les mauvais jours, certains golfeurs, même les plus expérimentés, attendent aussi de leur caddie qu’il les conforte dans leurs choix, ou les rassure tout simplement. Après le mauvais départ de son joueur lors de la première journée, Basile Dalberto échange quelques mots avec lui sur le trou numéro 6: «Je lui ai dit que c’était un parcours difficile pour tout le monde et qu’il lui fallait de la patience pour réussir dans ce tournoi.» Maybin finira la journée en beauté grâce à quelques jolis coups de putter.

Bien sûr, il arrive à tous les caddies de se tromper, ou de faire hésiter leur joueur inutilement. Mais du moment que ces erreurs restent inférieures en nombre aux conseils payants, ils représentent un gain quantifiable pour les joueurs.

«On sait tous que si on peut prendre ne serait-ce qu’un point par tournoi grâce à eux, ils valent largement l’argent qu’on leur donne, estime Havret. Et bien souvent ils nous font gagner quelques coups.» Quelques coups qui peuvent séparer un champion d’un second, et valoir leur pesant d’or. A Wentworth, le vainqueur empoche 250.000 euros de plus que son dauphin.

Grégoire Fleurot

Slate.fr était invité par la Fédération française de golf pour assister aux deux premiers jours du BMW PGA Championship de Wentworth les 24 et 25 mai.

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