Une reprise lente et injuste
La crise a frappé durement les pays «fourmis» (Chine, Japon, Allemagne) et moins les pays «cigales« (Etats-Unis et Grande-Bretagne). Une certitude, le chômage de masse est ré-installé pour longtemps.
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Il n'y a pas de morale! Le monde de l'économie est vraiment injuste. Ecoutez: la plupart des indicateurs confirment que la récession a touché le fond et qu'on va assister à une reprise lors de la seconde partie de l'année. Ouf ! Mais ce n'est pas très sympa pour les moralistes qui comptaient sur une crise meurtrière pour forcer le capitalisme à se transformer en profondeur. Et non, la reprise vient déjà. On aura donc connu une récession très sévère, d'accord, mais courte, deux ans seulement. Rien à voir avec la crise de 1929 qui se prolongea jusqu'à la deuxième Guerre mondiale. Et le capitalisme n'aura pas besoin de se transformer beaucoup. Juste quelques couches de peinture, quelques régulations bancaires plus sévères, puisque c'est reparti...
Mais ce n'est pas tout. L'ignominie de l'économie ne s'arrête pas là. Pour bien faire de la peine aux donneur de leçons, la vilaine crise aura frappé beaucoup les pays «fourmis» comme la Chine, le Japon et l'Allemagne, et moins fortement les pays «cigales» comme la Grande-Bretagne ou surtout les Etats-Unis, là où se trouve pourtant l'origine de déboires. L'Europe continentale, qui n'est pour rien dans les subprimes, va rebondir après les autres et sur un rythme affaibli. Hermès, le dieu du commerce est aussi le dieu des voleurs...
Soyons précis. La reprise n'est pas assurée. Les marchés boursiers qui misent maintenant depuis deux mois sur un rebond au deuxième semestre ont pris un coup de froid la semaine passée en découvrant que la Réserve fédérale américaine (Fed) était finalement plus pessimiste sur l'économie américaine. Elle table sur une croissance négative cette année de -1,3 à - 2% alors que les estimations précédentes étaient de - 0,5 à -1,3%. Cela signifie que le creux dans lequel nous sommes encore est plus marqué et qu'en conséquence, il sera d'autant plus difficile d'en remonter. De même la Fed n'est guère optimiste en ce qui concerne le chômage qui va monter cette année vers les 9,5%. Il aura en somme doublé ! Ce qui souligne quand même la gravité de cette crise : le PIB (Produit intérieur brut) américain est tombé de -6,3% au quatrième trimestre de 2008 en rythme annuel et encore -6,1% au premier trimestre 2009.
Mais fondamentalement le film décrit par une majorité d'économistes est celui-ci: la récession a touché le fond, le déstockage a été tel qu'il faut faire repartir la production et cela tombe au moment où les politiques de relance monétaire et budgétaire vont commencer à faire leurs effets. Concernant les Etats-Unis, les économistes de Barclays Capital comptent ainsi sur une baisse des licenciements à l'automne, ceux de l'automobile ayant été faits d'ici à juin, sur une reprise des ventes de détail et sur un redémarrage de l'immobilier cet été. Verdict final : la croissance est encore de -2% au deuxième trimestre mais elle rebondit de +2% au troisième et de +3% au quatrième. Total : -2,6% pour l'ensemble de 2009 et regain de +2,8% l'an prochain.
La situation est grosso modo la même ailleurs. En Chine, l'activité est déjà repartie, au Japon, elle semble sur le point de le faire. L'Amérique et l'Asie qui ont mis en œuvre des plans de relance les plus musclés devraient en bénéficier par des regains plus puissants.
En Europe, les handicaps sont nombreux. L'immobilier continue de peser à la baisse, l'euro qui s'apprécie gène les exportations et d'une façon générale, le retour du chômage de masse provoque le pessimisme. Comme beaucoup d'entreprises ont essayé de conserver leurs effectifs ou ont réduit les volumes de leurs plans de licenciements (contrairement à la croyance qui veut qu'elles ont profité de la crise pour dégraisser), la sévérité du creux va les empêcher d'embaucher ou même va prolonger la période d'amincissement. Le moral européen va s'en ressentir et les chiffres aussi : la zone euro connaitrait une croissance nulle au deuxième semestre. Sur l'ensemble de cette année 2009, le pronostic, selon Barclays Capital, reste celui d'une très sévère récession -4,2% avant un très mou rebond en 2010 de +0,8%.
Ensuite, tout redeviendra comme avant ? Non. Loin de là. La croissance mondiale reposait sur l'endettement (d'abord du ménage américain), il faut maintenant lui trouver d'autres moteurs. Pour l'heure, les Etats ont pris le relais à coup de centaines de milliards de dollars, creusant les déficits et les dettes. Il faudra, dès que la croissance est affirmée, reprendre l'argent distribué, réduire drastiquement les dépenses publiques et/ou lever les impôts.
Les politiques économiques sont en forme de «go and stop». Autre facteur freinant: les taux d'intérêt qui vont eux aussi repartir à la hausse pour attirer les capitaux nécessaires et tuer dans l'œuf toute tentation d'inflation. Les consommateurs des pays émergents sont le futur Eldorado mais leurs poches sont moins profondes que celles des consommateurs américains. La croissance mondiale sera durablement plus lente.
En outre, et c'est le grand élément de surprises encore possibles, le secteur bancaire est encore empli de pertes potentielles sur leurs actifs «toxiques». Les stress tests menés aux Etats-Unis ont été assez rassurants mais leur fiabilité est discutable. Et en Europe, des tests ont été menés par les gouvernements (disent-ils) mais les résultats sont restés secrets « pour ne pas provoquer de mouvements de panique ». Certes, mais est-ce rassurant ?
La hauteur de la reprise future dépendra pourtant directement de la liquidité des circuits financiers et du retour du crédit. Pour l'instant, mystère. Les banques, sauf exceptions, utilisent les fonds reçus pour «se refaire» et ne prêtent qu'avec réticence. Puisque les gouvernements n'ont pas osé les nettoyer d'un coup (par les nationalisations, par exemple), elles vont profiter de l'amélioration économique pour d'abord assainir leurs bilans. Ensuite seulement, elles prêteront aux clients revenus avec la reprise. Celle-ci sera en conséquence forcément ralentie. Tout cela pour conclure que le chômage de masse est ré-installé pour longtemps.
Eric Le Boucher
Photo: Le chantier du World Trade Center à New York Reuters
Mis à jour le 25/05/2009 à 15h50










































Assez d'accord avec cet article pour l'ensemble, j'ajouterais qu'il est effectivement probable que le chomage dure mais il sera particulièrement incurable en France. En dehors des politiques publiques de soutien au TGV, grands travaux, centrale nucléaire, l'investissement privé ne réinvestira pas dans des outils productifs, tant que le toilletage et le dégraissage de l'Etat naura pas eu lieu véritablement. Il est dangereux aujourd'hui d'investir en France l'Etat pèse trop lourd comparé à l'offre de nombreux autres pays européens et sans aller chercher plus loin. En d'autres termes, la crise permet aux groupes industriels de se réorganiser et dans cet arbitrage ils délaissent les pays sources de tracas divers.
votre article suscite une interrogation: ces banques qui sont à l'origine de la crise, ont elles un avenir ? Croyez vous que leur responsabilité écrasante dans la crise financière puisse être oubliée par les citoyens-consommateurs du monde entier? Moi, non. Pas plus que les allemands ont oublié leur grande inflation des années 20....
D''autres établissements verront ils le jour, de nouvelles formes d'intermediation financière qui se subsituteront à la banque prédatrice - vécue et ressentie comme telle par bien des épargants déçus?
ou bien les banques sauront-elles adapter leurs méthodes à ce nouveau contexte?
En tous les cas, je n'imagine pas que tout puisse reprendre "comme avant". Votre analyse, basée sur des éléments concrets, sur des ratios, des faits économiques, pêche par manque d'humilité face à un monde, face à des comportements d'achat , des croyances et des peurs qui changent vite.
On que partager l’amertume d’Eric Le Boucher devant les conséquences dramatiques de cette crise en termes de chômage, et face a l’apparente immunité des banques tellement coupables et si peu responsables. La France en particulier aurait eu besoin de stabilité pour entreprendre des reformes de fonds.
Depuis le début de la crise, les critiques contre les banques et le système financier ont été continues et particulièrement virulentes. Le discours a consisté à condamner tout un système comme fondamentalement mauvais ou faux et l’opinion publique confrontée maintenant aux chiffres du chômage et aux annonces de faillites s’attendait à vraies actions punitives. Au lieu de cela, les banques ont été sauvées et les réformes de la régulation bancaire qui sont données en réponse en Europe ou pas plus tard que cette semaine aux Etats-Unis semblent bien conservatrices.
Cette crise est indigne, c’est sûr. Mais il faut aussi reconnaître que dans l’urgence un discours simpliste et non-discriminant a été adopté visant à calmer les esprits, à démontrer de sa volonté politique. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont commencé par condamner les hedge funds et les paradis fiscaux qui ont joué un rôle mineur dans la crise. Puis l’attention s’est portée sur des sujets de régulation – règlement livraison des produits dérivés, encadrement du recours à la titrisation par les banques, protection du consommateur si l’on prend comme exemple le programme énoncé par M. Obama cette semaine.
D’autres réformes envisagées et notamment les propositions du rapport de Jacques Larbineries – coopération sinon supervision supranationale, pilotage des équilibres macro-économiques, lissage des résultats le long du cycle - vont dans le bon sens.
Ces réponses ne sont pas faibles. Elles sont mesurées et dans une large mesure, adaptées.
Nous avons besoin des banques et que c’est une excellente raison de les sauver et de mieux les surveiller. La crise est ensuite véritablement révélatrice des insuffisances de la régulation, des défauts des indicateurs et du pilotage économiques a l’échelle mondiale.
Les activités bancaires à l’origine de la crise – produits dérives et programme de titrisation notamment - se trouvaient dans la sphère régulée et se sont nourries de façon indirecte ou indirecte d’une croissance de la masse monétaire mondiale liée au déséquilibre des flux commerciaux notamment entre la Chine et l’Amérique.
Les yeux rives les indicateurs d’inflation pour les banques centrales, sur le capital économique pour les régulateurs bancaires, si peu s’inquiétaient du gonflement de la masse monétaire ou de la croissance a pri illimitée des bilans bancaires. Et tout le monde se réjouissait d’une période de crédit facile et bon marche.
Bien sûr les projets de réforme ne sont pas parfaits, sont insuffisants à bien des égards, et sont même déjà remis en cause au premier chef par le gouvernement britannique.
Il y a des raisons de redouter des réformes cosmétiques.
Il y a aussi des raisons d’espérer. Je constate que chaque jour apporte son lot de critiques, d’analyses et de propositions pour sortir de cette crise
La crise mobilise les esprits. Elle remet en cause un monde de la finance et de l’économie financière qui sans être totalement dans l’erreur comme on l’a trop dit étaient de façon indéniable et souvent insupportable arrogant. Arrogant dans ses enseignements et dans ses comportements.
Les retombées de la crise des suppriment de 2007 n’ont pas été seulement spectaculaires en termes de chiffres records, de pertes, de dévaluation, de faillites ou de chômage. Elle n’est pas la crise d’un capitalisme trop fort qui aurait endommagé au passage quelques économies émergentes par le débordement de ses marches financiers. Elle révèle des problèmes fondamentaux. Elle remet en cause des postulats que nous avions cessé d’interroger : l’efficience des marches, la convergence des intérêts personnels en un équilibre global qui rend presque incongrue toute interrogation morale, la création de richesse par endettement, l’effet de levier et la diversification du risque. A nouveau on s’interroge, à nouveau on remet en question. Qu’est-ce que la création de richesse ? Quel est le rôle des banques ? La diversification du risque n’est-elle pas une dispersion voire une propagation du risque ? Qu’est-ce qu’un salaire juste ?
La crise a mobilisé les chefs d’états, les grandes institutions internationales, les régulateurs, les économistes et l’opinion. À nouveau la volonté politique trouve sa légitime place dans le concert économique et financier. À nouveau les institutions internationales ont un rôle à jouer.
Je ne peux m’empêcher de me dire que si M. Obama adopte un ton plus juste et mesure, se refuse à imposer, c’est aussi qu’il n’a pas hérité d’une Amérique toute puissante mais d’une Amérique qui comme le reste du monde occidental s’interroge sur la solidité de son modèle.
Je regrette les injustices que cette crise révèlent ou entraînent. Je ne sais pas si la crise saura être plus qu’une crise financière et saura susciter une vraie rupture. Il est probable que les actions entreprises se révèlent insuffisantes ou superficielles. Mais à nouveau on interroge nos certitudes et j’y trouve une raison d’espérer.