Monde

Grèce et Serbie, le retour des destins balkaniques

Daniel Vernet, mis à jour le 28.05.2012 à 15 h 20

L’Europe espérait résoudre les problèmes des pays de la région en les accueillant les uns après les autres.

Meeteing pré-électoral de Boris Tadic à Belgrade le 17 mai 2012. Ivan Milutinovic / REUTERS

Meeteing pré-électoral de Boris Tadic à Belgrade le 17 mai 2012. Ivan Milutinovic / REUTERS

Dans les années 1990, au moment des dernières guerres yougoslaves, le choix se résumait ainsi: européaniser les Balkans ou balkaniser l’Europe. Le même dilemme va-t-il se reposer? La Grèce est le premier pays de la région à avoir rejoint la Communauté européenne, en 1981. Cette adhésion était une sorte de consécration pour le retour à la démocratie après la chute du régime des colonels.

Grâce à elle, la Grèce a échappé à son destin balkanique pendant que les Serbes, les Croates et les Bosniaques s’entretuaient. Seule séquelle de cette période, Athènes est en conflit avec ses voisins de «l’ancienne république yougoslave de Macédoine», à cause de son nom. Macédoine doit être, selon Athènes, une exclusivité grecque.

La crise financière replonge la Grèce dans une atmosphère balkanique à un moment où les Etats issus du démantèlement de la Yougoslavie se rapprochent de plus en plus de l’Europe. La Slovénie a été la première à adhérer dès 2004 à l’Union européenne. Si tout se passe comme prévu, la Croatie entrera en 2013, les négociations sont terminées, il ne manque plus que les ratifications.

Même la Serbie a obtenu son statut de candidat. Les dirigeants de Belgrade comme ceux de Zagreb ont, bon gré mal gré, rempli une des principales conditions posées par les Européens: la livraison au Tribunal pénal international sur l’ex-Yougoslavie qui siège à La Haye des criminels de guerre bien que la majorité des serbes et des croates les considère, pour des raisons opposées, comme des héros.

La récente élection présidentielle en Serbie peut-elle changer la donne? Contre toute attente, le candidat le plus «européen», le président sortant Boris Tadic, a été battu au deuxième tour par le nationaliste Tomislav Nikolic. Il est vrai que l’abstention a été très forte, ce qui ne permet pas de tirer des conclusions définitives sur l’attitude des Serbes vis-à-vis de l’Europe.

Tomislav Nikolic a été longtemps membre du Parti radical dont le chef, Vojislav Seselj, attend d’être jugé à La Haye. C’est un ancien partisan de Milosevic, qu’il trouvait d’ailleurs trop modéré dans sa défense de la «Grande Serbie».

Ce ne sont pas les meilleures lettres de créance pour frapper à la porte de l’Union européenne. Mais Nikolic, qui lorgnait plus volontiers du côté des frères slaves de Moscou, a évolué. Réaliste, il a pris acte que la majorité de ses compatriotes comptent sur l’Europe pour sortir la Serbie de son isolement et que seule l’ouverture vers l’UE pouvait permettre le redémarrage de l’économie. Il a donc tu ses critiques vis-à-vis de l’Europe et promis de poursuivre sur la voie de son prédécesseur. Il le devra d’autant plus qu’il aura face à lui au gouvernement une coalition plus pro-européenne.

Il existe néanmoins deux obstacles sur la route de la Serbie vers l’Europe. Le premier se nomme  Kosovo, le second Grèce.

Belgrade ne reconnait pas l’indépendance du Kosovo que les plus nationalistes des Serbes considèrent toujours comme une de leur province. Toutefois, le gouvernement de Boris Tadic avait accepté, sous la pression de Bruxelles, d’entamer des négociations avec les autorités de Pristina sur des questions pratiques (circulation, douane, impôts, lieux de culte, etc.) concernant les Serbes qui vivent encore au Kosovo.

Une partie d’entre eux est concentrée dans le nord, autour de la ville de Mitrovica ; les autres sont dispersés dans le pays. L’idée – des Européens – est que ces négociations pourraient déboucher sur des mesures de confiance, qui elles-mêmes amèneraient à une coexistence pacifique entre le Kovoso et la Serbie, y compris en l’absence d’une reconnaissance formelle. Les deux pourraient alors adhérer, quasi simultanément, à l’UE.

Le président Nikolic poursuivra-t-il ces négociations ou durcira-t-il la position de Belgrade, conformément à son discours radical? Le Kosovo est en effet pour les Serbes les plus nationalistes une sorte d’Alsace-Lorraine qu’il ne saurait être question d’abandonner. Si tel était le cas, les plus beaux discours pro-européens ne suffiraient pas à sortir de l’impasse.

Surtout à un moment – et c’est le deuxième obstacle – où le syndrome grec risque de refroidir encore plus les ardeurs en faveur d’in élargissement de l’UE. L’idée est déjà très répandue en Europe que l’adhésion de certains pays périphériques, comme la Bulgarie ou la Roumanie, a été trop rapidement acceptée pour des raisons politiques. L’exemple de la Grèce montre que si les critères de convergence ne sont pas respectés ou si – comme Chypre – des Etats entrent alors qu’ils ont des querelles non réglées avec leurs voisins, l’UE importe des problèmes dont elle ensuite du mal à se dépêtrer.

En outre, une aggravation de la crise de la dette, liée à la Grèce ou à d’autres pays, ne placerait pas l’Union dans la meilleure situation économique, financière, politique, pour accueillir en son sein de nouveaux membres. Même sans aller jusqu’à craindre une décomposition de l’intégration européenne.

Quoi qu’il en soit, les Balkans s’invitent de nouveau dans la politique européenne, vingt ans après le début des guerres en Yougoslavie. L’Europe espérait résoudre leurs problèmes en les accueillant les uns après les autres. L’actualité pose la question inverse: un Etat, qui depuis trente ans était membre de l’UE, ne risque-t-il pas de retourner dans les Balkans?

Daniel Vernet

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Journaliste
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