Culture

Qui sont les fans de l’Eurovision?

Aurélie Blondel, mis à jour le 26.05.2012 à 18 h 53

Anggun, qui représente la France, pourra compter samedi soir sur le soutien d’une trentaine de mordus du concours, qui ont fait 4.000 kilomètres jusqu’à Bakou pour assister à l’Eurovision.

Le groupe géorgien Anri Jokhadze en demi-finale de l'Eurovision, le 24 mai. REUTERS/David Mdzinarishvili

Le groupe géorgien Anri Jokhadze en demi-finale de l'Eurovision, le 24 mai. REUTERS/David Mdzinarishvili

Quentin, 18 ans, aurait dû se présenter, mardi 22 mai, 13h30 à l'examen de macro-éco de première année à l’université de Marne-la-Vallée. Mais Quentin a préféré sécher l’épreuve pour suivre l’Eurovision, organisée à Bakou. Pour cet étudiant en économie, qui veut devenir journaliste, cette semaine est la plus importante de l’année.

Parce que Quentin «organise [sa] vie autour de l’Eurovision». Il est donc arrivé en Azerbaïdjan dimanche 13 mai et a depuis un emploi du temps de ministre! Le jour, il suit les répétitions des 42 pays en lice, assiste aux conférences de presse, prend des photos des interprètes et écrit pour un site Internet dédié à sa passion, Eurovision-fr.net. Et chaque soir, c’est la fête. Il retrouve les autres fans sur le front de mer de Bakou, à l’«Euroclub» —une boîte de nuit, où l’on se déhanche sur les tubes du concours.

Qui sont-ils, justement, ces fans de l’Eurovision? Vous en connaissez peut-être sans le savoir. Car ils restent  souvent discrets sur le sujet tant le concours est moqué en France. «Quand je rencontre quelqu’un, je ne dis pas tout de suite que je suis fan, ça ne fait pas crédible dans certains milieux», reconnaît Quentin. «Mais j’ai toujours des amis!», assure-t-il en riant.

Point commun entre les fans: ils sont généralement incollables sur l’histoire du concours. Demandez-leur par exemple qui a gagné en 1965, qui a représenté l’Irlande en 1982 ou quelle était la couleur de la robe de telle chanteuse telle année… Ils ont une mémoire d’éléphant sur le concours. Et ne vous avisez pas de leur dire que vous ne connaissez pas Zeljko Joksimovic, Ralph Siegel ou Lys Assia, vous vous feriez gentiment lyncher.

Autre caractéristique, ils sont en grande majorité gays. «Le côté paillettes du show y est certainement pour quelque chose», estime Mathieu Kroon, étudiant en droit communautaire et trésorier d’OGAE, l’organisation qui fédère les différents fanclubs nationaux de l’Eurovision. Sur les 240 membres d’Eurofans, le club français fondé en 1995, 222 sont des hommes. «La fan la plus jeune a 15 ans, le moins jeune 64», explique Olivier Dalloz, son président.

Le club se réjouit toutefois d’accueillir ces dernières années de plus en plus de diversités, de filles et de jeunes. «La victoire en 2006 de Lordi, les hard-rockers finlandais, a donné un coup de jeune au concours», souligne Quentin.

Un comptable, un banquier, des étudiants, un assureur, des profs, des vendeurs, un commissaire aux comptes, un producteur de foie gras. Des personnalités exubérantes comme des fans très discrets. Des Parisiens, des Lyonnais, des Nordistes. Tout ce petit monde venu d’horizons très différents ne se serait probablement jamais côtoyé sans cette passion commune.

Ils racontent pourtant inlassablement tous ou presque la même histoire: ils ont, des années durant, regardé l’Eurovision dans leur coin, sans trop en parler de peur d’être traités de ringards. Avant de se rendre compte, un beau jour, qu’ils n’étaient pas seuls!

Sortir du placard

Pour certains, la «traversée du désert» a duré des années. «J’ai fait dix ans tout seul», raconte par exemple Franck, 48 ans, responsable du site Eurovision-net.fr. «Mon entourage est assez hermétique à l’Eurovision, raconte Bruno, 43 ans, venu du Pas-de-Calais. Alors quand on se rend compte qu’on n’est pas seul, ça rassure! Si Facebook avait existé avant, je n’aurais par exemple jamais écrit sur mon mur que j’aimais l’Eurovision, ç’aurait été un cyber-lynchage!»

Ils sont au total une trentaine de fans français à avoir fait le déplacement cette année. L’Azerbaïdjan ayant remporté l’édition 2011, grâce au duo Ell & Nikki, c’était son tour d’accueillir l’Eurovision. Un voyage cher pour les fans, qui ont dû débourser 400 à 500 euros pour les billets d’avion, près de 300 encore pour assister aux spectacles –les deux demi-finales et la finale– et plusieurs centaines d’euros encore pour les hôtels, qui sont très chers à Bakou, la ville ayant plus l’habitude d’accueillir des hommes d’affaires que des backpackers. Et 60 euros aussi pour le visa. Sans compter les difficultés d’organisation et les peurs inspirées par le régime autoritaire azéri, pas vraiment réputé pour son homophilie.

A Bakou, la fête se termine ce samedi 26 mai par la finale. Mais pour les fans, ce ne sera que le début d’une nouvelle année «eurovisionnesque»: à l’annonce des résultats, ils sauront où ils se rendront l’an prochain, puisque le vainqueur remporte le droit d’organiser l’édition suivante. «Puis vont commencer les sélections pour l’Eurovision junior», raconte Quentin. «Et dès septembre, on suivra les sélections pour l’Eurovision 2013 dans les autres pays.»

Loreen, chouchou des fans français

Car contrairement à la France, la plupart des pays participants choisissent la chanson ou le chanteur qui les représentera via une émission type télé-crochet. Le plus célèbre d’entre eux est le MelodiFestivalen, en Suède – plusieurs fans français se déplacent chaque année pour assister à sa finale, au printemps. Les fans se réunissent enfin généralement en avril à Paris pour regarder ensemble les clips des chansons qui participeront et voter pour leurs préférées.

Cette année, c’est la chanteuse suédoise, Loreen, qui est leur chouchou. C’est aussi elle que les bookmakers voient arriver en tête (Ladbrokes, ou encore Paddy Power), devant les mamies russes, l’Italienne Nina Zilli et les jumeaux déjantés du groupe irlandais Jedward (qui s’apprêtent à prendre une douche durant le show). Tous sont loin devant Anggun, la candidate de la France.

Aurélie Blondel

Si vous aussi, vous êtes fan de l’Eurovision, seul dans votre coin devant France 3 samedi à 21h, incompris de votre entourage, vous trouverez des internautes avec qui partager votre passion sur les sites suivants: Bonsoir Paris, L’Eurovision au quotidien, Eurovision-fr.net, sur le site d’Eurofans, ou sur Twitter, avec #eurovision.

Aurélie Blondel
Aurélie Blondel (4 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte