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Qu’est-ce que le poignet a à voir avec l’homosexualité?

Brian Palmer, mis à jour le 04.06.2012 à 11 h 21

Demandez donc aux Romains…

Cérémonie de l'union civile entre Elton John et son partenaire David Furnish, en 2005. EUTERS/Kieran Doherty

Cérémonie de l'union civile entre Elton John et son partenaire David Furnish, en 2005. EUTERS/Kieran Doherty

Après avoir encouragé les pères à frapper leurs fils ayant un comportement censément gay (selon les stéréotypes), le pasteur Sean Harris, de Caroline du Nord, a déclaré une semaine plus tard qu’il aurait dû mieux choisir ses mots. Lors d’un sermon, le 28 avril 2012, il a donc corrigé le tir, si l’on peut dire, en s’adressant à nouveau aux pères de famille:

«Dès que vous voyez votre fils faire un geste efféminé de la main, vous lui cassez le poignet!»

Pourquoi la mollesse du poignet est-elle associée à l’homosexualité?

Tout ceci vient probablement de la Rome antique. Les professeurs de rhétorique de l’Antiquité déconseillaient de tels mouvements de main lors des prises de parole en public. Ceci n’avait rien à voir avec l’homosexualité, les Romains n’avaient strictement rien contre l’homosexualité.Un poignet amolli était sensé trahir un manque de contrôle viril sur son propre corps.

Au XVIIIe siècle, les Européens commencent à considérer l’homosexualité comme un trait de caractère, qui devient une sorte d’antithèse de la virilité. Les spécialistes de physiognomonie, qui considéraient que l’apparence physique trahissait le caractère, semblent avoir repris à leur compte l’ancien préjugé romain qui voulait que les vrais hommes aient des poignets solides comme le roc.

A cette époque, la mollesse du poignet ne signifiait pas seulement un manque de discipline, mais était censée trahir des absences de virilité, dont l’homosexualité, l’exhibitionnisme ou l’affectation étaient des manifestations.

D’autres théories existent. Certains écrivains offrent une explication vestimentaire: au XVIIe et au XVIIIe siècles, les femmes portaient des manches serrées, entravant les mouvements de leurs épaules et de leurs coudes et qui ne laissaient donc, pour la gestuelle, que le poignet comme articulation mobile. Les hommes dont le poignet ondulait apparaissaient donc efféminés.

D’autres se tournent vers des portraits des cours européennes des XVIe et XVIIe siècles, où des personnages importants sont régulièrement présentés avec le poignet ainsi amolli, comme sur ce portrait du roi d’Angleterre Jacques Ier et l’autoportrait de van Dyck, qui travaillait alors pour les Stuart.

vandick

Autoportrait de Van Dyck. Hermitage via Wikimedia Commons.

La vie de cour, faite de loisirs et de représentation, étant de plus en plus mal vue par les hommes, un poignet amolli –souvent avec l’autre main placée sur la hanche semblant signifier «je suis une petite théière»- finit par symboliser le stéréotype de l’homosexuel efféminé. Ces explications ne sont pas mutuellement exclusives; elles ont peut-être toutes contribué au développement de ce stéréotype.

Quelles qu’en soient les origines, l’association entre un poignet trop souple et l’homosexualité est très répandue aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Une série de cartes postales datant de 1910 représente des hommes au poignet amolli disant des choses telles que «Quel doux parfum de violettes! Quel charmant policier.» Sur une carte postale canadienne datant du milieu du XXe siècle, un gentleman délicat pointe mollement un policier du doigt en lui demandant «Est-il vrai que vous trouvez toujours votre homme?»

A un certain moment –au début du XXe siècle, peut-être avant– certains  homosexuels adoptent ces postures stéréotypées pour signifier leur orientation sexuelle. En 1919, lors d’un procès pour homosexualité au New Hampshire, le juge demande à un témoin comment les hommes homosexuels se reconnaissent entre eux. Le témoin répond qu’ils «ont une démarche particulière, marchent avec les mains sur les hanches… (ont) des expressions de visage et des gestes typiques.»

En donnant ses instructions controversées aux parents d’enfants ayant des attitudes homosexuelles (selon lui), le pasteur Sean Harris reprend donc un thème récurrent de la culture populaire: comment apprendre à des hommes apparemment gays quelques manières considérées comme typiquement hétérosexuelles. Dans la version cinématographique de la pièce Thé et Sympathie de Minelli, datant de 1956, un lycéen tente d’apprendre à son colocataire à marcher comme un hétéro. Dans la version américaine de La cage aux folles, Robin Williams frappe régulièrement la main de Nathan Lane pour qu’il apparaisse plus viril (plus «Gabin» dans la version théâtre avec Michel Serrault et Jean Poiret, NdT).

Brian Palmer

Traduit par Antoine Bourguilleau

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