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Après le sommet de Bruxelles, un plan pour sauver les Européens

Temps de lecture : 4 min

Tout est encore possible.

Angela Merkel et François Hollande, le 23 mai 2012 à Bruxelles. REUTERS/Francois Lenoir
Angela Merkel et François Hollande, le 23 mai 2012 à Bruxelles. REUTERS/Francois Lenoir

Privé de l’aide européenne et internationale, l’Etat grec pourrait faire défaut avant fin juin. Le risque principal, aujourd’hui, se situe au niveau des banques grecques: le risque de bank run massif est chaque jour, plus important. Il précipiterait l’effondrement du système bancaire grec dans son ensemble, déjà vacillant. L’Europe devrait alors se partager, au prorata des banques centrales nationales dans l’eurosystème, les coûts de l’exposition à la Grèce via Target 2 (de l’ordre de 100 milliards d'euros).

Ce coût n’est qu’une partie de celui d’un nouveau défaut sur la dette souveraine grecque. Les contribuables européens perdraient environ 350 milliards d'euros. La France (hors banques hexagonales, qui sont exposées à hauteur de 39,5 milliards d'euros), perdrait environ 65 milliards d'euros: 7,6 milliards d'euros d’obligations souveraines, 11,4 milliards d'euros de prêts bilatéraux, 15,9 milliard d'euros de garantie via le FESF, et 28,3 milliards d'euros via Target 2. L’Allemagne est plus exposée: 84,5 milliards d’euros. Viennent ensuite l’Italie (55,8 milliards) et l’Espagne (36,9 milliards). Malte, dont l’économie insulaire est précaire, ne survivrait pas à un défaut de la Grèce, et l’Europe devrait lui venir en aide à son tour.

La sortie de la Grèce de la zone euro produirait des réactions en chaîne aux conséquences fâcheuses: des bank runs, en Espagne, en Italie ou en Irlande. Une fuite massive des capitaux européens vers l’Allemagne et les paradis fiscaux. Une hausse massive des taux, accompagnée d’un effondrement des marchés boursiers. Une récession sans précédent, pire qu’en 2009, de l’ordre de 5% du PIB.

Et pourtant, la sortie de la Grèce de la zone euro reste malheureusement l’hypothèse la plus crédible aujourd’hui. La banque centrale européenne a exprimé son souhait de voir la Grèce rester dans l’euro, mais en rappelant qu’il était du ressort des politiques d’en prendre la décision. Les politiques, réunis mercredi soir à Bruxelles, ont rappelé qu’ils souhaitent voir la Grèce rester dans l’euro, mais en rappelant qu’il était du ressort des Grecs de respecter leurs engagements. Comme souvent, quand les politiques sont incapables d’agir à temps; les marchés le feront à leur place et précipiteront l’inéluctable.

Face à cela, un plan d’action est nécessaire.

A. Pour éviter la sortie de la Grèce

  • Faire comprendre à chacun, et d’abord à l’Allemagne, les risques immenses pour les autres Européens, d’une sortie de la Grèce.
  • Donner à la Grèce la liquidité nécessaire pour mener à bien sa campagne électorale.
  • Appuyer clairement les partis pro européens en faisant comprendre aux Grecs qu’un défaut signifie une sortie de la zone euro.
  • Donner plus de temps à la Grèce en reportant de 20 ans les délais de remboursement de sa dette, à l’image de ce qui a été fait avec les plans Young et Dawes.
  • Transférer le solde des Fonds structurels de la Commission à la BEI pour lui permettre de financer 500 milliards d’euros d’investissements.
  • Mettre en place des projects bonds pour financer des grandes infrastructures.
  • Mettre en place un Fonds de garantie des banques européennes, y compris grecques, également en charge de leur nettoyage et de leur restructuration.
  • Mettre en place un pare-feu crédible, c’est-à-dire illimité, et garanti par la BCE par le biais du MES et du FESF.
  • Mettre en place des eurobonds pour la dette nouvelle mise en commun.

Si on ne met pas cela en place pour la Grèce, il faudra de toute facon le faire pour le reste de l’eurozone.

B. Pour réussir une sortie de la Grèce

  • Identifier très vite les principaux maillons faibles de l’eurozone: les grandes banques et certains assureurs.
  • Se mettre en situation de réagir vigoureusement et sans délai pour les soutenir par un pare-feu crédible, c’est-à-dire illimité et garanti par la BCE.
  • Mettre en œuvre un contrôle des flux de capitaux à l’échelle de l’eurozone (limitation des retraits d’argent liquide, interdiction faite aux banques de transférer des dépôts à l’étranger).
  • Mettre en place des mécanismes renforcés de protection et de garantie illimitée de l’épargne.
  • Mettre en place un accord avec l’Espagne sur la résolution de leur problème bancaire, via le FESF.
  • Annoncer des mesures concrètes de renforcement de ce qui restera de la zone euro, tant en ce qui concerne les mécanismes de stabilité que sur la croissance de long terme.
  • Mettre en place un fonds de garantie des banques européennes, qui sera également en charge de leur nettoyage et de leur restructuration.
  • Transférer le solde des Fonds structurels de la Commission à la BEI pour lui permettre de financer 500 milliards d’euros d’investissements.
  • Mettre en place des project bonds pour financer des grandes infrastructures.
  • Mettre en place des eurobonds pour la dette nouvelle mise en commun.

François Hollande a rappelé, dans la nuit de mercredi à jeudi, qu’il s’agissait du 24e sommet européen depuis octobre 2008. Il n’est pas certain que l’Europe, telle que l’on la connaît, survive au 25e. L’euro a été conçu comme une étape vers un projet d’Union fédérale. La zone euro, aujourd’hui est au pied du mur. Elle doit finaliser son intégration, ou voir disparaître l’euro. Au risque de voir l’idée d’Europe revenir quarante ans en arrière, et l’Europe rejoindre l’Argentine –un des pays les plus riches du monde au XIXe siècle– dans les livres d’histoire. Pour le plus grand malheur des Européens, et du reste du monde.

Jacques Attali

Cet article est également publié par L'Express

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