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Google et le mot juif: un mauvais procès

Hugues Serraf, mis à jour le 23.05.2012 à 17 h 37

Ce sont les obsessions des internautes qui sont dérangeantes, pas les algorithmes de recherche Google.

Capture d'écran Google

Capture d'écran Google

Si l’on suit la logique de la poignée d’organisations qui, de SOS Racisme au Mrap, en passant par l’Union des étudiants juifs et une obscure «Action internationale pour la justice», mettent Google en cause devant les tribunaux, c’est en lui interdisant de suggérer le mot «juif» en pilote automatique qu’on fera reculer l’antisémitisme.

Une fonctionnalité du moteur de recherche propose en effet cet adjectif à quiconque s’intéresse à une personnalité publique. Vous tapez François Hollande, Nicolas Sarkozy, Barack Obama ou même Marine Le Pen (à ces deux derniers, il faut toutefois adjoindre la lettre «j» pour les besoins de l’expérience), et Google répond derechef «François Hollande juif», «Nicolas Sarkozy juif», «Barack Obama juif» ou «Marine Le Pen juive».

Par acquis de conscience, j’ai essayé Hitler: ça marche aussi.

Mais pas Gilles Bernheim. Personne ne semble vouloir découvrir si le grand rabbin de France est juif.

Oh, elles savent évidemment que le système est fondé sur un bête algorithme et qu’aucun programmeur judéo-allergique n’est derrière tout ça, les «orgas»… Mais elles aimeraient pourtant que ça change. Que le type qui cherche vraiment à savoir si François Hollande a fait sa bar-mitsvah ou pas se débrouille tout seul, histoire de ne pas introduire de mauvaises pensées dans la tête de l’internaute innocent.

Chez Google (une organisation franc-maçonne selon la rumeur accessible sur Google), les adjoints du boss Sergueï Brin (d’ailleurs juif d’après Wikipédia) ne l’entendent pas de cette oreille:

«Autocomplete, notre saisie semi-automatique, accélère les recherches. Ses résultats sont générés sur la base de critères correspondant à la popularité des requêtes saisies par les internautes: l'ensemble des requêtes affichées ont été préalablement recherchées par des internautes sur Google.»

En d’autres termes, le système n’est efficace que parce qu’il est fondé sur sa capacité à associer en automatique les mots réunis volontairement par un grand nombre d’internautes. Et si «juif» surgit en complément d’à peu n’importe quel patronyme un poil connu, c’est qu’un très grand nombre d’internautes formulent cette requête. Un très grand nombre d’internautes français, précisons-le, puisque Google n’est confronté à cette bizarrerie qu’en Gaule ―les Italiens, les Américains, les Espagnols ou les Brésiliens ne partageant apparemment pas ce goût pour la recherche en judéité.

Plus que sur les fonctionnalités du moteur de recherche, c’est donc sur cette obsession nationale qu’il conviendrait de se pencher, la disparition d’un instrument permettant justement de la constater, voire de la mesurer, n’étant certainement pas le moyen de l’éliminer.

C’est peut-être ce que s’est dit la juge des référés du TGI de Paris chargée de ce dossier mercredi 23 mai (Martine Provost-Lopin, pas juive selon Google), en refusant de trancher et en nommant un médiateur pour réfléchir à la question (Jean-Pierre Mattei, pas juif non plus mais possiblement corse). Si ce dernier ne réconcilie pas les parties, façon Salomon (juif), elles plaideront. Les judéophobes obsessionnels se frottent déjà les mains…

Hugues Serraf

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