Sports

Etes-vous Nadalien ou Federien?

Yannick Cochennec, mis à jour le 24.05.2009 à 9 h 06

Ce duel est le cousin d'un Senna-Prost en Formule 1, d'un Jordan-Johnson au basket ou d'un Hinault-Lemond en vélo.

A la veille de Roland-Garros, où vous situez-vous sur la planète terre (battue)? Versez-vous du côté des Nadaliens ou avez-vous planté votre drapeau chez les Federiens? Rappelons que les Nadaliens vouent les Federiens aux gémonies (et vice-versa). Très rares sont ceux qui sont Nadaliens et Federiens à la fois. Pour ma part, je n'en ai jamais rencontré. Dans cette guerre de tranchées organisée sur tous les courts du monde entier, il faut obligatoirement choisir son camp. Ou, au moins, avoir un avis sérieux sur la question.

Derrière ces deux néologismes se cachent deux communautés de supporters qui se désignent vraiment de la sorte et se battent par forums interposés et à coup de commentaires et de réactions sur tous les sites d'information dédiés au sport. Pendant deux semaines, en principe, jusqu'à cette finale qui leur est promise, Nadaliens et Federiens vont donc s'affronter sur le Net au rythme des coups de raquettes joués par leurs deux idoles, Rafael Nadal et Roger Federer, sur les courts de Roland-Garros.

Il y aura même quelques coups de fourchettes échangés ici ou là dans certains dîners en ville où Roland-Garros nourrira, comme chaque année, de nombreuses conversations. Rafa, comme disent ceux qui sont Nadaliens, et Fed, pour ceux qui ont embrassé la religion federienne, espèrent guerroyer, le 7 juin, en finale des Internationaux de France pour la quatrième année de suite. Battus lors des trois précédentes confrontations sur le central Philippe-Chatrier (et même carrément exterminés 6-1, 6-3, 6-0 en 2008), les Federiens rêvent de revanche. Depuis quelques jours, ils ont même repris espoir grâce à la victoire de Roger Federer sur Rafael Nadal en finale du tournoi de Madrid.

Sur www.lequipe.fr, le site de sport de loin le plus consulté par les aficionados, ce fut même un déchaînement de violence verbale une fois la balle de match jouée dans la capitale espagnole. En l'espace d'une soirée, 683 posts furent ainsi lâchés comme des bombes sur le site du quotidien sportif. A 17h49, Fedthebest paradai : «Alors les pro Nadal je vous l'avais dit. Federer battra Nadal sur terre battue. Vous ne me croyiez pas!!! Eh ben voila!!!! Et plus tôt que prévu en plus. Alalalla, ça fait plaisir. Federer, que du bonheur !!!!!! Je kifffffeeeeeee !!!! » A 17h55, Pucho, un peu sonné derrière son pseudo et son écran d'ordinateur, répliquait : «Non seulement, Nadal était exténué (NDLR : il avait disputé, le veille, une demi-finale de quatre heures contre le Serbe Novak Djokovic), mais j'ai aussi l'impression qu'il l'a laissé gagner. Jamais vu Nadal jouer si mal. Il n'a pas vraiment fait l'effort comme à son habitude. Federer a gagné face à un Nadal complètement absent du jeu. » Et la bataille des mots entre Fedthebest, Pucho et tous les autres dura jusque tard dans la nuit avec en ligne de mire Roland-Garros qui débute ce dimanche...

Roger Federer-Rafael Nadal ou la belle histoire d'une rivalité qui dure depuis bientôt quatre ans, depuis ce 25 juillet 2005, date à partir de laquelle le Suisse et l'Espagnol n'ont cessé de monopoliser les deux premières places mondiales. Jusqu'au 18 août 2008, Federer occupa le trône avant d'en être chassé par Nadal désormais solidement installé au sommet de la hiérarchie internationale avec toujours Federer à ses basques. Federer-Nadal ou la saga d'un mano a mano dont le sport raffole et qui fait la popularité d'une discipline.

Pour le tennis, Federer-Nadal se situe dans le droit fil des Borg-McEnroe et Evert-Navratilova d'antan. Plus largement, ce duel est le cousin d'un Senna-Prost en Formule 1, d'un Jordan-Johnson au basket ou d'un Hinault-Lemond en vélo. Etre pour l'un, c'est être, forcément, contre l'autre. Mais avec ce sentiment que l'un n'existe pas vraiment sans l'autre.

Un Nadal-Federer ne se vit que dans la passion et le déchirement, mais une victoire ne se savoure vraiment que si elle est décrochée aux dépens de l'autre. « Ni avec toi, ni sans toi », concluait François Truffaut à la fin de la Femme d'à côté après que Fanny Ardant se soit suicidée aux côtés de Gérard Depardieu, son amant, qu'elle venait de tuer.

Nadal et Federer s'aiment aussi, à leur manière, car ils s'apprécient vraiment et ne sont jamais à court de louanges l'un pour l'autre. Mais s'ils s'affrontent, il ne leur viendrait jamais à l'idée de pénétrer sur un court avec l'idée de « tuer » l'autre (vocabulaire qu'ils laissent à leurs affidés), même s'il faut bien un vainqueur au bout du match. C'est la singularité de cette rivalité jamais mieux exposée que lors de la finale du tournoi de Wimbledon en 2008 -rencontre jugée par certains comme le plus grand match de l'histoire.

Il n'y a ni bon, ni méchant, juste deux immenses champions qui expriment seulement leur talent si différemment. Nadal, le gaucher, utilise le langage de son corps musculeux pour réduire ses adversaires au silence. Federer, le droitier, laisse davantage parler son côté artiste à fleur de peau. C'est le joueur de grosse caisse contre le joueur de piano. Alors que Nadal préfère pleurer dans le secret des vestiaires, comme ce fut le cas lors de sa récente victoire à l'Open d'Australie, Federer ne peut, lui, retenir ses larmes lors de remises de prix où il lui est arrivé deux fois d'éclater en sanglots à la face du monde. « Trop fragile », clament les Nadaliens purs et durs. « Trop physique », répliquent les Federiens toujours prêts à soupçonner l' « ennemi » de dopage en raison de sa formidable résistance.

Statistiquement, les deux hommes se sont affrontés 20 fois et Nadal mène largement dans ce tête-à-tête (13-7). Si Nadal s'imposait le 7 juin, ce serait sa cinquième victoire consécutive en terre parisienne -du jamais vu. Si Federer était celui qui brandissait la Coupe des Mousquetaires, il deviendrait le sixième champion de l'histoire à compter tous les titres du Grand Chelem à son palmarès (Open d'Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l'US Open). D'ici là, Nadaliens et Federiens vont fourbir leurs armes et prier pour se retrouver face à face sur la Toile du 5 au 7 juin. Car ce match-là, s'il a lieu comme en 2006, 2007 et 2008, sera plus long que celui qui opposera leurs deux icônes. Après les fleurets mouchetés des premiers tours, il durera deux journées entières étalées entre les demi-finales et la finale. Sachant que les hostilités reprendront très vite, deux semaines plus tard, au tournoi de Wimbledon.

Yannick Cochennec

Photo: Rafael Nadal et Roger Federer à la fin du tournoi de Madrid    Juan Medina / Reuters

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