Pourquoi buvons-nous des mojitos?
C'est le cocktail préféré des Français. Et, contrairement aux idées reçues, Hemingway n'y est pour rien.
- REUTERS/Desmond Boylan -
Alors que dans d'autres contrées le mojito est apprécié, en France il est tout simplement indissociable du mot «cocktail». Le mojito est même le cocktail préféré des Français selon une étude de l'institut Nielsen publiée le 18 février 2013. L'enquête réalisée auprès de plus de 2.500 établissements et 1.000 personnes âgées de 18 ans à 60 ans souligne qu'elle est choisie par près d'un tiers des consommateurs (28%), un score équivalent au kir. «Le mojito est tellement populaire qu'il devient presque une catégorie de boissons à part entière» estime dans un communiqué Benjamin Kuentz, responsable France de CGA-Nielsen, rapporte Le Monde.
Comment expliquer cet engouement hexagonal pour ce breuvage typiquement cubain? Qui a inventé le mojito, où et quand?
Le mojito est avant tout une boisson populaire. «Populaire» dans ce sens où elle est issue du peuple. Tout comme la caïpirinha (Brésil), le ti’ punch (Antilles) ou le mint julep (Etats-Unis), le mojito était bu par les hommes de toutes origines après une journée de dur labeur.
Pour découvrir la recette du mojito, cliquez ici
La structure des quatre cocktails colle à leurs origines. L’alcool de base est le spiritueux local: les rednecks du Kentucky ont choisi le bourbon, les Caribéens le rhum et les Brésiliens la cachaça. Les autres ingrédients correspondent aussi à ce qu’un paysan pouvait facilement avoir sous la main au XIXe siècle: du sucre pour calmer la brûlure de l’alcool, du jus de citron vert pour le ti’ punch et la caïpirinha, de la menthe pour le julep et les deux pour le mojito, qui se paie aussi le luxe d’un trait d’eau gazeuse (grâce à sa genèse plus tardive).
Le mojito part ensuite à la conquête du monde avec un VRP de choix: c’est Ernest Hemingway qui se chargera de sa promotion officielle. «Mon mojito à la Bodeguita, mon daiquiri à El Floridita», disait-il. «Papa Doble», comme on l’appelait là-bas, a consommé nombre de ces deux cocktails lors de ses séjours à Cuba entre 1928 et 1960, au point de donner son nom à des variations comme le Hemingway Daiquiri. L’écrivain digérait en effet mal le sucre, qu’on remplaçait alors par du jus de pamplemousse ou du marasquino. Si le mojito a quitté l’île de Cuba pour devenir un classique international, c’est certainement grâce à lui.
Mais le romancier n'est pour rien dans le succès du mojito sur le territoire français. Et rien dans la culture cocktail de la France à l’époque ne permet d’expliquer le succès actuel du mojito. Dominait alors la culture américaine classique, comme l'a expliqué Fernando Castellon (Larousse des Cocktails), lors de la conférence qu’il a donnée au Paris Cocktail Festival. La mode était donc davantage au manhattan (à base de whisky) qu’aux créations tropicales et autres breuvages au rhum comme le mojito.
La puissance du marketing dans la consommation d’alcool
Que s'est-il donc passé pour le mojito? Un peu la même chose que pour la vodka. Au début du XXe siècle, la «petite eau» n’était rien d’autre qu’une curiosité, un alcool mineur souvent de piètre qualité. C’est l’excellent travail publicitaire réalisé aux Etats-Unis depuis les années 1950 par un Russe ayant racheté une marque à l’époque inconnue, dénommée Smirnoff, qui a propulsé le spiritueux au panthéon des boissons alcoolisées. Ce fût le premier grand coup marketing d’une marque d’alcools.
En 1993 le géant français des boissons alcoolisées Pernod-Ricard rachète la marque officielle de rhum du gouvernement cubain, Havana Club, en trouvant un accord pour vendre le produit à l’extérieur de l’île. La transaction peut sembler osée: la France, grâce à ses départements d’Outre-mer (Antilles, Guyane, Réunion) est la principale productrice mondiale de rhum agricole, bien différent des rhums issus de colonies britanniques ou espagnoles, qui sont dit «industriels». Les rhums agricoles bénéficient même en France d’une taxation avantageuse par rapport à leurs homologues portoricains ou cubains.
Dans ce contexte difficile, Pernod joue ce qui s’avèrera a posteriori être un coup de maître en mettant en place ce que l’on appelle aujourd’hui une stratégie «Blue Ocean». Plutôt que de lutter sur le terrain sanguinaire des rhums agricoles, l’idée est de se positionner dans un marché nouveau en le créant: celui du mojito. Le cocktail est parfait: il combine à la fois l’attrait culturel de l’île et une fermeture à la concurrence, le mojito se concoctant, si l'on veut rester authentique, uniquement avec du rhum industriel. De plus Pernod-Ricard ne possède pas de rhum agricole dans son portefeuille, pas de risques donc de phagocyter les ventes d’une de ses propres marques.

Ainsi, depuis son rachat, Havana Club communique fortement sur le mojito en France. La réplique de la marque Bacardi ne s’est pas faite attendre, d’ailleurs aujourd’hui c’est sûrement elle qui s’engage le plus, en allant même jusqu’à créer un bar dont la carte est uniquement constituée de recettes de mojitos, le Mojito Lab.
En plus de cette communication, un facteur clé de la réussite du mojito fut une stratégie agressive de placement du produit dans les différents bars de France: la marque a établi des partenariats commerciaux avec un grand nombre d’établissements pour que ceux-ci incluent la recette cubaine dans leur carte. Ça vous dit quelque chose les goodies Havana Club (verres, chapeaux, posters)? Le travail marketing ne fut pas un «one-shot» mais plutôt un combat d’usure, vingt ans durant lesquels les deux marques de rhums industriels ont pas à pas renforcé leurs positions. Et ça marche. Depuis son lancement, la marque enregistre une croissance annuelle supérieure à 10% en France. Bacardi connaît une croissance plus modérée.

Ventes en France en milliers de caisses de 9 L
Peut-être que les Français ont une affinité particulière pour l'équilibre gustatif du mojito. Mais l'engouement pour ce cocktail (excellent au demeurant, s'il est préparé dans les règles de l'art), tient au travail des marques. Nous buvons des mojitos parce qu’on en sert, et pas l’inverse.
CocktailMolotov
Vous voulez préparer le Mojito parfait? Voici la recette:
Matériel
- 1 verre «Highball»
- 1 cuillère
- 1 pilon
Ingrédients
- Une dizaine de feuilles de menthe verte
- 5 cl de rhum industriel (type Bacardi ou Havana Club)
- 2 cl de jus de citron vert
- 2 cuillères à café de sucre blanc
- de l’eau gazeuse
- de la glace pilée
Mixologie
- 1. Mettre les feuilles de menthe au fond du verre
- 2. Ajouter le sucre. La texture abrasive de la poudre va permettre de mieux extraire la saveur de la menthe en évitant l’amertume.
- 3. Mettre un tout petit peu d’eau gazeuse. Ça vous dit quelque chose les mojitos avec un sédiment épais de sucre? C’est que le barman ne connaissait sûrement pas l’importance de cet ajout d’eau préalable qui facilite la dissolution du sucre.
- 4. Ecraser gentiment le mélange. Si on y va trop fort, la menthe va prendre un goût amer et/ou vous vous retrouverez avec des bouts de menthe entre les dents. Le but de cette opération est d’extraire les huiles essentielles de la menthe, de dissoudre le sucre et de commencer à lier le mélange.
- 5. Ajouter le jus de citron vert et le rhum. Il est essentiel de faire cela après avoir écrasé la menthe avec le sucre, l’alcool ou la glace rendant plus difficile la dissolution de ce dernier.
- 6 . Remplir le verre de glace pilée. Ne soyez pas radin sur la glace, remplissez à ras bord.
- 7. Finissez avec un trait d’eau gazeuse (en suivant nos dosages cela sufira à remplir le verre)
- 8. Décorer avec un brin de feuilles de menthe, ou un quartier de citron et quelques feuilles de menthe, on vous laisse le choix!
- 9. Déguster
Mis à jour le 19/02/2013 à 13h58















































Voilà plusieurs mois qu'on m'a confié le secret de fabrication du mojito ultime, qui diffère en quelques points avec celui proposé ci dessus, à vous de juger:
Versez deux cuillères à café de sucre de canne, de préférence cassonade, plus authentique que le vulgaire sucre de betterave, on parle de mojito là!
Coupez un quart de citron vert en dés, écrasez le avec le sucre énergiquement jusqu'à obtenir une mélasse.
Ajoutez quelques feuilles de menthe (une dizaine me paraît bien aussi) et pillez le tout doucement en quelques mouvements afin de ne pas en faire de la bouillie, l'arôme se diffuse très bien de toute façon.
Ajoutez 6cl de rhum blanc, selon votre préférence, à fond de glace pillée et noyez le tout avec du perrier, voilà de quoi décrocher bien des machoires...
Nan !
Pas de sucre de cannes ! C'est typiquement un truc Français, le sucre de cannes dans le Mojito.
L'original est au sucre blanc, raffiné donc et non vulgaire, mais de canne, pas de betterave.
L'idéal est un sucre blanc d'Amérique du Sud. Bon d'accord il pas simple à trouver, épicerie exotique ou autres. Il est bien plus fin et se dissous complètement sans laisser l'impression de boire des grains de sables.
Pareil pour la caïpi d'ailleurs, sucre blanc.
Et pas trop.
Et surtout pas cette immondice de sirop de cannes.
Le GROS avantage du mojito, c'est que même complètement beurré au bout de 8 verres, on a TOUJOURS une super haleine menthe/chlorophylle.
On peut donc continuer à draguer sans craindre de refouler comme un cubi!
C'est pourquoi c'est LA boisson du branchaoui, même de province...
J'ai lu avec intérêt cet article, et vous en remercie. C'est impressionant la capacité des grands groupes à imposer des nouveaux modes de consommation.
Cependant, le graphe est me semble-t-il erroné : il s'agit de milliers et non de millions de caisses. Avec 130 millions de caisses de Havana et 90 millions de Bacardi écoulées, chaque français (nourrissons inclus) descendrait 30 litres de rhum industriel, soit 600 mojitos selon votre recette, par an. Même si c'est agréable à boire, c'est un peu beaucoup :)
C'est corrigé. Merci de nous l'avoir signalé
@gdelpondevaux : Effectivement, il y a eu un peu d'emballement, il s'agit bien de milliers !
@StarshipMatthieu : Bien sûr qu'il faut le faire avec du sucre de canne. En revanche la cassonade est juste une forme de raffinement du sucre. Il existe de la cassonade de betterave comme de la cassonade de canne. Et la cassonade est très populaire en France et dans les Antilles, mais à Cuba, c'est bien au sucre blanc qu'on préparera votre Mojito.
Il est de plus essentiel d'écraser la menthe AVANT d'ajouter le citron vert, et ceci pour être sûr d'en extraire les arômes sans en faire une salade bouillie.
Perso, ma recette du mojito est différente mais l'originale n'est pas forcément la meilleure non plus...
COncernant le sucre blanc que l'on trouve en France, c'est certainement pas dusucre blanc de canne (qui est lui généralement plutôt blanc cassé).
La cassonade est généralement fait avec de la canne mais il tient sa coloration d'un procédé industriel pour le recoloriser (sinon il serait blanc cassé).
Je préfère utiliser du sucre de canne non raffiné type rapadura (j'en trouve au rayon Commerce Equitable de mon Casino).
Voici ma préparation :
Ecraser la menthe dans un fond de rhum et mettre dans un saladier.
Ecraser le citron vert et le mettre dans le saladier
ajouter le sucre de canne.
Complétez en rhum.
Laisser macérer le tout (en général, ça ne reste pas plus d'une heure, il est difficile d'attendre).
Mettre la macération dans des verres en évitant de mettre les feuilles de menthe et le citron vert de la macération (parce qu'ils ont une sale gueule) et les remplacer par des nouveaux morceaux tout beaux (pour la classe). Ajouter ensuite le perrier (et n'oubliez pas les glaçons ou la glace pilée. Un cocktail sans glaçons, c'est nul.
Pour le rhum, industriel ou pas, tant qu'il est bon...Perso, j'utilise du Saint James paille (parce que j'aime ça), le havana club 3 ans d'âge c'est très bien (mais plus cher).
Par ailleurs, l'article est très intéressant.
Oubliez les résidus industriels et optez pour un BON rhum agricole, le TEN CANE blond par exemple, pour le Riviere du Mat blond produit à la réunion, très parfumés... a
il manque de l'angostura que l'on rajoute (quelques gouttes suffisent) à la fin de la préparation pour relever légèrement le goût !
http://www.nicolas.com/index.php/fr/18_17_47.htm
pour les amateurs ..
enjoy !
Il y a quand même un problème majeur qui est apparu avec cet engouement pour les Mojitos, c'est le temps d'attente au comptoir du bar pour tous les "non-buveurs" de Mojito. C'est vraiment la plaie.
Au moins, lorsqu'on commande une bière, c'est simple, rapide, le serveur a même le temps de s'occuper de la commande suivante.
Avec une commande de Mojito juste devant vous, allez, hop, c'est 5 minutes d'attente !
Comme le signale CharlesAntoineF... au Venezuela l'Angostura (ville qui s'appelait Cuidad Bolivar) est quasi obligatoire sa non utilisation est un crime de lèse majesté.
A Cuba j'ai rencontré des "puristes" qui ne juraient que par le rhum ambré.
Il y a donc x recettes que chacun jurera comme étant la seule et vraie.
Sinon pour limiter le temps de préparation, il est aussi possible d'infuser directement des feuilles de menthe dans la bouteille quelques jours et faire un transvasement dans une autre bouteille, cette dernière préparation ayant fait l'unanimité lors d'une fête où nous amis de la Caraibe et d'Amérique du sud nous donnèrent le titre de grand maître du Mojito.
Le Mojito royal où on remplace l'eau gazeuse par un champagne.
Bonne dégustation.
Un soir une équipe de barmans m'a confié que c'était le cocktail qu'ils aiment le moins et de loin. Parce qu'il est un peu plus long et compliqué à faire que les autres, et parce que tout le monde en demande donc qu'ils passent leur soirée à en faire. Et comme dit CarlosElCarlito ce temps de préparation se ressent aussi du côté des clients.
Un ami qui a travaillé comme mixologue m'a même dit que dans l'établissement qui l'employait (bar à cocktails spécialisé), un quota de mojitos était fixé pour chaque soir !
serait le Mint Julep.
Un très vieux cocktail, voire un des plus vieux (17e - 18e) des états du sud des USA.
Menthe, bourbon, sucre et eau.
En y réfléchissant bien, c'est vrai que j'ai vu énormément de publicité sur ce cocktail. Mais on commence à en voir (doucement) pour d'autres...
Article très intéressant. Comme souvent, l'offre crée la demande!
Effectivement il y a bien différentes variantes du Mojito :
Avec ou sans soda/jus de fruits/mousseux (perrier, limonade, canada dry, ginger ale, jus de pomme, champagne...).
Avec ou sans Angostura, qui sert à équilibrer les différents ingrédients du cocktail, mais qui rajoute aussi une saveur orangée.
Avec du sucre en blanc ou roux, en poudre ou liquide.
Son temps de préparation n'est pas plus long qu'un autre cocktail non. Si certains bars spécialisés n'en servent pas c'est qu'après on ne sert que ça, ce cocktail étant le plus connu en France.
Aussi pour faire découvrir, éduquer le consommateur avec de nouvelles saveurs.