Monde

Le véritable enjeu de la présidentielle allemande

Daniel Vernet, mis à jour le 25.05.2009 à 7 h 12

Le SPD se trouve devant un dilemme que le Parti socialiste français connaît bien: il n'a de majorité ni avec la gauche radicale qui effraie les électeurs centristes, ni sans elle, qui lui prend des voix.

L'élection présidentielle du samedi 23 mai en Allemagne a une grande importance politique. Tous les Allemands ne sont pas appelés à voter. Le président n'est pas élu au suffrage universel direct mais par l'Assemblée fédérale, une institution qui se réunit une fois tous les cinq ans et dont la seule fonction est d'élire le chef de l'Etat. Elle est composée des députés du Bundestag et d'un nombre égal de délégués élus par les parlements régionaux, soit au total, cette année, 1 264 personnes.

Le président de la RFA avait traditionnellement un rôle protocolaire. C'est une autorité morale plus que politique. Cette année, toutefois, l'élection coïncide avec le 60è anniversaire de la fondation de la République fédérale d'Allemagne et de plus, la compétition entre le président sortant, Horst Köhler, soutenu par le parti démocrate-chrétien et les libéraux, et Gesine Schwan, une politologue, candidate du Parti social-démocrate, a eu un caractère plus partisan que d'ordinaire. Ce ne serait pas la première fois dans l'histoire de la RFA que l'élection présidentielle donne le signal d'un changement du paysage politique. En 1969, la victoire du candidat social-démocrate, Gustav Heinemann, avec l'appui des libéraux, annonçait la fin du règne chrétien-démocrate et l'arrivée au pouvoir de la coalition libérale-socialiste, avec Willy Brandt à la chancellerie.

Une victoire de Gesine Schwan constituerait de même une sorte de tremblement de terre à Berlin. Dans l'Assemblée fédérale, la majorité d'Horst Köhler est très fragile. Aux deux premiers tours de scrutin, il faut la majorité absolue des suffrages, soit 613 voix, pour être élu; au troisième et dernier tour, la majorité relative suffit. Théoriquement le président sortant a quelques voix de plus que sa concurrente. Mais le vote est libre et il ya toujours des défections dans un camp ou dans l'autre.

Cependant, la candidate social-démocrate fait face à une équation électorale qui n'est pas sans rappeler la situation française. Pour gagner, elle a besoin des voix, non seulement des Verts  mais encore de la gauche radicale (Die Linke), avec qui le Parti social-démocrate rejette tout contact au niveau national. Pour une double raison : Die Linke est à la fois une émanation de l'ancien parti communiste d'Allemagne de l'Est et un rassemblement de déçus de la social-démocratie, avec à leur tête l'ancien président du SPD et rival de Garhard Schröder, Oskar Lafontaine. Gesine Schwan a donc dû se livrer à des contorsions pour attirer les suffrages des délégués de Die Linke sans pour autant donner trop de gages à leurs thèses, insister sur la nécessité d'une politique sociale sans donner l'impression de se démarquer de son parti qui partage le pouvoir avec Angela Merkel, condamner le régime est-allemand sans effrayer les anciens communistes qui refusent de considérer la RDA comme un Etat de non-droit.

L'équilibre est d'autant plus difficile à maintenir que la candidate social-démocrate doit, pour gagner, glaner aussi quelques voix des « Electeurs libres », un mouvement de citoyens apparu aux dernières élections bavaroises qui se situe plutôt à droite de l'échiquier politique.

Si elle réussit, sa victoire pourrait ouvrir la voie au niveau fédéral à un nouveau type de coalition incluant la gauche radicale, au moins à un « soutien sans participation » comme on disait en France sous les IIIè et IVè Républiques. Jusqu'à maintenant, la direction du SPD et son candidat à la chancellerie pour les législatives du 27 septembre, Frank-Walter Steinmeier, le ministre des affaires étrangères du gouvernement Merkel, rejettent cette hypothèse. S'il n'est pas renvoyé dans l'opposition par une coalition entre les chrétiens-démocrates et les libéraux, il préfèrerait former une coalition dite «feux tricolores», avec les Verts et ces mêmes libéraux. Ces derniers privilégient une alliance avec Angela Merkel et ses amis chrétiens-démocrates mais si les électeurs allemands en décident autrement, ils se résigneront à une coalition à trois pour mettre un terme à leurs onze ans passés sur les bancs de l'opposition.

Après avoir semblé profiter de la crise économique, Die Linke plafonne maintenant au-dessous de 10% dans les sondages. C'est autant de voix arrachées à la gauche modérée. Le SPD se trouve ainsi placé devant un dilemme que le Parti socialiste français connaît bien: il n'a de majorité ni avec la gauche radicale qui effraie les électeurs centristes, ni sans elle, qui lui prend des voix. Gesine Schwan a une petite chance de briser cette impasse.

Daniel Vernet

Photo: Le Bundestag à Berlin   Reuters

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