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L'indice «Plus belle la vie»: quand la statistique devient un jeu

Une femme pose au milieu de fleurs en argile, installation de l'artiste Fernando Casasempere à Londres, en mars 2012.  REUTERS/Andrew Winning

Une femme pose au milieu de fleurs en argile, installation de l'artiste Fernando Casasempere à Londres, en mars 2012. REUTERS/Andrew Winning

Parce que vos valeurs ne regardent que vous, l'OCDE a conçu un programme pour que vous calculiez vous-même votre indice de qualité de la vie. Et mis du même coup sur pied un outil ludique. Enfin!

Ne boudons pas notre plaisir: il n'est pas si fréquent que l'information économique soit simple à comprendre, et encore moins que la consulter s'apparente à un jeu. L'initiative prise par la très sérieuse OCDE mérite donc d'être saluée: l'Organisation pour la coopération et le développement économique vient en effet de mettre en ligne une nouvelle version de son programme «Create Your Better Life Index».

S'il est un peu difficile de traduire de façon élégante cette proposition (l'OCDE a proposé «créez votre indicateur du vivre mieux»), passer à l'acte, en revanche, est un jeu d'enfant: une fois sur le site, il suffit de choisir, parmi les 11 items proposés, ceux qui vous semblent importants. L'OCDE a ainsi mis en indice la qualité du logement, les revenus, l'emploi, les liens sociaux, l'éducation, l'environnement, l'engagement civique, la santé, la satisfaction, la sécurité, et l'équilibre travail-vie.

Un simple clic permet de savoir que l'environnement regroupe des mesures de pollution de l'air et de qualité de l'eau; que l'équilibre vie-travail recouvre le taux d'emploi des mères de famille, le temps consacré aux loisirs et à soi, et la proportion d'horaires de travail lourds; ou que l'engagement civique est la résultante de la participation électorale et d'une batterie d'indicateurs montrant la façon dont la population est consultée et peut s'informer sur les processus réglementaires.

Un indice vraiment individuel

Particularité: chacun peut inclure ou exclure l'un ou l'autre indicateur, mais aussi le pondérer à sa guise. Une fois ces –rapides– choix réalisés, le «Better Life Index» de votre pays –ainsi que de tous les pays étudiés– s'affichera dans un graphique élégant et dépouillé où le «vivre mieux» est symbolisé par une jolie petite fleur. Libre à chacun de rentrer ensuite dans le détail des «vivre mieux» sur Facebook si vous le souhaitez...

Cette année, en outre, chacun des résultats est ventilé en fonction du genre  et permet donc de voir si –et de combien– les résultats varient entre hommes et femmes.

Toujours les mêmes bons élèves

OK, une fois toutes ces manips réalisées, on est malgré tout un peu déçu du résultat: car on a beau inclure et exclure des items, les pondérer différemment, les meilleurs de la classe sont presque toujours les mêmes. Autrement dit la Suisse, la Suède, les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark, le Canada et l'Australie. Exactement, ou presque, comme en matière économique (du moins, par habitant). Personne ne s'étonnera non plus que, dans ce club de pays relativement riches qu'est l'OCDE, les «cancres» soient la Turquie et le Mexique, légèrement devancés par le Brésil, le Chili et quelques pays de l'ex-Europe de l'Est. 

Mais c'est vrai, les Etats-Unis ne sont pas toujours si bien placés –en matière de lien social, d'environnement ou d'emploi par exemple– et des pays très concurrentiels et économiquement dynamiques comme la Corée montrent là leurs faiblesses sociétales.  

Bref, il faut être riche pour «vivre mieux», même si certains riches ne semblent pas savoir construire leur «vie meilleure», du moins dans le sens où l'entend l'OCDE.

A un clic d'une mine de données

Mais si les résultats bruts de l'indice sont parfois un peu frustrants, l'internaute est toujours à un clic d'une masse de données que l'OCDE a fait un gros effort pour vulgariser: il apprendra ainsi, pêle-mêle, que le taux de participation électorale moyen dans l'OCDE est de 72%, que les enfants dont les deux parents travaillent ont trois fois moins de risque de connaître la pauvreté que les enfants dont un seul parent travaille, qu'une personne moyenne dans l’OCDE travaille 1.739 heures par an et consacre près de 64% de sa journée (15 heures) à des activités personnelles (manger, dormir, etc.) et aux loisirs. Que 0,17% des Russes ont des horaires de travail à rallonge contre 29% des Japonais et 43% des Turcs. Ou que seulement un Russe sur deux, contre 97% des Suédois, s'estiment satisfaits de la qualité de leur eau. 

Vous avez le droit de trouver ces données futiles. Mais personne ne vous contraint à les ingurgiter. Moi, j'applaudis à cet effort de pédagogie que toutes les campagnes en faveur de l'open data et toutes les techniques issues du web semblent dynamiser: la statistique économique ressemble de moins en moins à une boîte noire. Même l'Insee s'y est mise, lançant il y a déjà quelques temps  un «indice des prix personnalisé», où chacun peut concocter son indice des prix en fonction de sa propre consommation. Certes le design n'est pas encore au top mais ne mégotons pas: en matière de statistiques économiques, on part de si loin!

Catherine Bernard

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