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Jean, jupe, cravate: que doivent porter les politiques?

Cécile Duflot, le 17 mai à Paris. REUTERS / Gonzalo Fuentes

Cécile Duflot, le 17 mai à Paris. REUTERS / Gonzalo Fuentes

Le jean porté par Cécile Duflot lors du premier conseil des ministres du gouvernement Ayrault a suscité de nombreuses réactions. Un ministre, un député ou un sénateur peut-il s'habiller comme il veut dans l'exercice de ses fonctions?

Apparemment, le changement prôné par François Hollande passe aussi par le style vestimentaire de ses ministres. Jeudi 17 mai, Cécile Duflot, la nouvelle ministre du Logement, est arrivée en jean au conseil des ministres. Il n’en fallait pas moins pour déclencher la colère ou l'ironie de certains représentants de la droite dont Nadine Morano.

En France, le costume-cravate est de rigueur pour les élus, le tailleur pour les femmes. Mais existe-t-il pour autant, à l’Elysée, à l'Assemblée nationale ou au Sénat, un dress-code strict à respecter?

Tenue correcte exigée

La réponse est non... et en même temps oui. A l’Elysée, aucune tenue n’est imposée aux ministres. Rien non plus, dans le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, n’oblige les députés à venir en costume-cravate: au service de presse de l’Assemblée, on indique que «ces questions ont fait l’objet de quelques réunions de bureau non publiques, mais il n’y a pas de texte écrit». Idem au Sénat.

Mais les deux chambres du Parlement précisent qu'une «tenue correcte, c’est-à-dire veste et cravate» est imposée aux hommes par la tradition. Dans les deux cas, le risque qu’encourt le député ou le sénateur qui aurait décidé d’ouvrir la chemise et de venir en tongs est de se faire refuser l’entrée de l'hémicycle par l’huissier. 

«Si c'est mon pantalon qui vous gêne, je l'enlève»

Du côté des femmes, aucune tenue n’est imposée, ce qui explique la grande inventivité de certaines de nos députées, comme Nadine Morano ou Roselyne Bachelot.

Dans son livre Histoire politique du pantalon, l’historienne Christine Bard raconte: en 1972, Michèle Alliot-Marie, alors jeune conseillère politique, se voit refuser l’entrée de l’Assemblée. Horreur, la jeune femme porte un pantalon: «Si c’est le pantalon qui vous gêne, je l’enlève», répond la future ministre du tac au tac. Elle finira par rentrer, prouvant au passage que les usages peuvent eux aussi évoluer. Une anecdote similaire est arrivée récemment à Corinne Bouchoux, élue sénatrice Europe Ecologie-Les Verts en septembre 2011.

Certains hommes tentent aussi de faire changer la tradition. En juin 2008, François de Rugy, député EELV de Loire-Atlantique, écrit au président de l’Assemblée une note, mi-amusée mi-sérieuse, relative à la tenue des députés.

«Il faisait très chaud cet été-là et j’ai demandé, pour faire des économies de climatisation, si les députés pouvaient faire tomber cravate et veste, mais le président a jugé que la coutume méritait d’être maintenue.»

Le député n’en est pas resté là:

«Une fois, j’avais fait le test de venir sans cravate. On ne m’aurait pas laissé rentrer sans, mais les huissiers ont tout prévu. Il y a une armoire à cravates de secours près de l’entrée de l’hémicycle pour les oublis. Après, c’est loin d’être le combat du siècle. Cela dit, je trouve ça bien qu’il y ait des règles protocolaires, ça marque une différence avec la vie de tout les jours.»

Le poids (vestimentaire) de la fonction

Les écologistes et les parlementaires de gauche sont souvent plus prompts à transgresser des règles qu’ils jugent surannées. On se souvient de Jack Lang, chahuté par les députés pour avoir porté un col Mao.

Même les plus rebelles se plient facilement à la règle. Dans son livre Un ethnologue à l’Assemblée, Marc Abélès raconte qu’il a observé des assistants de gauche «déambuler sans cravate, et parfois même en jean sous le regard étonné des agents d’étage», ou avoir côtoyé Yves Cochet «sans cravate au Parlement européen, où la liberté vestimentaire est totale». Mais une fois à l’Assemblée nationale, le député européen, pliant sous le poids de la fonction, cède et se met à porter une cravate. 

C’est qu'en France, on est peu habitué à voir nos politiques hors de leur costume sombre, comme l'avaient prouvé les nombreuses réactions à la tenue audacieuse de François Fillon (une veste de coton bleu marine à col Mao) lors d'une réunion ministérielle à Brégançon, à l'été 2010.

Dans leur livre Les étés meurtriers, les journalistes Jérôme Chapuis et Yaël Goosz rappellent une image qui avait marqué les esprits. A l'été 2003, la canicule entraîne un pic de mortalité et Jean-François Mattéi, alors ministre de la Santé, donne une interview sur le sujet depuis son lieu de vacances: il opte pour une tenue décontractée dans l’idée «de faire plus peuple, à l’instar de Jean-Pierre Raffarin et de son pull orange»

Résultat: l’image d’un ministre en polo devant sa villa, parlant des morts à cause de la chaleur, choque. Si les réactions contre le jean de Cécile Duflot sont moins vives, elles montrent que les politiques, autant que les Français, ont encore du mal à considérer que l’on peut être sérieux dans autre chose qu’un costume.

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