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Consommation d'électricité: imiter les Japonais? c'est facile!

REUTERS/Michael Dalder

REUTERS/Michael Dalder

Depuis l'accident de Fukushima, tous les réacteurs nucléaires ont été arrêtés et les Japonais ont dû réduire leurs besoins en énergie électrique d'environ 15%.

Totalement accros: en un demi-siècle, nous sommes tous devenus totalement dépendants de la fée électricité. Les graphiques publiés par l'université canadienne de Sherbrooke le démontrent sans appel: la consommation électrique française a progressé de 609% en 49 ans!

Certes, la domestication de l'électricité ne date pas des années 1960 ou 1970. Mais c'est à peu près au moment où le prix du pétrole pour la première fois explosait que notre consommation de kwh a véritablement commencé à bondir. En France comme dans le monde développé: sur la même période, l'Allemagne a affiche +381%, les Etats Unis +441%  et le Japon +871%!

Un mouvement que connaissent désormais un nombre croissant de pays émergents: ces dix dernières années, la Chine a ainsi multiplié par 4 sa consommation, et l'Inde l'a presque doublée. Du reste, tous les rapports officiels, tel le World Energy Outlook de l'Agence Internationale de l'Energie prévoient une hausse significative des consommations de courant dans le monde pour les prochaines décennies.

Et pourtant, le Japon est en train de le prouver, il est possible de faire (un peu) marche arrière. Certes, l'été pourrait être chaud dans l'archipel nippon où la climatisation ne pourra pas tourner à plein régime. Mais en se privant d'énergie nucléaire, l'archipel n'est pas retombé dans un monde sans éclairage, sans smartphones, ordinateurs, lave-linges, ou autocuiseurs de riz.

Du reste, le mouvement que connaît actuellement le Japon pourrait bien n'être que le déroulé en accéléré d'une tendance passée un peu inaperçue mais qui a déjà commencé dans quelques pays développés ! 

Car, à y regarder de plus près, la consommation d'électricité japonaise a commencé à s'infléchir dès 2007. Tout comme la consommation allemande, ou encore suédoise (mais les Suédois consommant deux fois plus par habitant que les Allemands par exemple, le mouvement est moins probant). Bref, dans ces pays, il semble bien qu'un pic ait été franchi aux alentours de 2007, soit avant la crise de 2008-2009 qui, en faisant ralentir l'économie, a accéléré la tendance.

On n'en est pas (encore) à -15% certes, mais cette tendance met donc un terme à des décennies de progression quasi-ininterrompue. Ainsi, note Bernard Laponche, de l'association Global Chance, dans une passionnante comparaison France-Allemagne:

«Les consommations d'électricité spécifique -hors chauffage notamment ndlr- sont 27% plus fortes par habitant en France qu'en Allemagne. (…) Et alors qu'elles étaient très voisines d'un pays à l'autre dans la décennie 1990, elles ont divergé à partir de 1998 avec une tendance à la stabilisation en Allemagne et une croissance soutenue en France ». 

Cette évolution n'est pas un hasard. L'Allemagne, par exemple, qui a décidé de sortir du nucléaire, mène depuis de longues années une politique volontariste visant à réduire toutes ses consommations énergétiques et, pour celles qui subsistent, à augmenter la part des renouvelables.

Du coup, la fermeture de certains réacteurs nucléaires n'a pas, contrairement aux discours entendus de ce côté-ci du Rhin, mené à une augmentation de la production d'électricité à partir du charbon. «Tandis que le charbon (et la lignite) représentaient 33% de la consommation totale en 1991, il ne représentaient plus que 24% en 2009», note ainsi Bernard Laponche. Mais dans le même temps, la part des renouvelables a bondi, pour atteindre plus de 18% de la production électrique.

Mais ceci ne répond pas à la question: comment faire pour compresser ainsi ses besoins en électricité ? Et jusqu'où pouvons-nous économiser sans remettre en cause notre confort domestique, mais aussi nos modes de travail et de communication? 

A écouter Olivier Siedler, directeur du bureau d'études Enertech et l'un des fondateurs de l'association négawatt, diminuer sa consommation d'environ 15% serait presque... fastoche! «Il existe en effet un énorme gisement d'économies à réaliser simplement en éliminant les gaspillages actuels», assure-t-il. Car aujourd'hui, une multitude d'équipements est en permanence sous tension de façon tout à fait inutile.

Ainsi, raconte-t-il, une campagne de mesure dans le bâtiment du conseil général à Strasbourg a montré que la ventilation mécanique tournait 24h sur 24. En la coupant lorsqu'elle n'avait aucune utilité, on a pu financer la mise en place de pompes à chaleur qui, à leur tour, ont permis de diviser par trois la facture de gaz du bâtiment.

Dans le tertiaire, les exemples sont multiples: ventilation ou pompes qui marchent sans interruption, lumières allumées toute la nuit, photocopieurs qu'on ne débranche jamais, et même machines à boissons qui restent sous tension la nuit et le week end. Les ménages pourraient également diminuer très facilement leurs factures:

«Les appareils électriques en veille consomment à eux seuls 500 kwh par an, sur les 2.900 facturés en moyenne aux foyers (hors chauffage). Ceci peut disparaître du jour au lendemain si l'on débranche ses appareils et si les industriels arrêtent de mettre des veilles inutiles et trop consommatrices! On peut ajouter environ 350 kwh par an d'économie provenant des consommations bureautiques (informatique, etc...) inutiles: on laisse l'ordinateur ou la télévision allumés dans les utiliser. Au total, ces deux postes permettraient de réduire de 30% les factures sans remettre aucunement en cause les modes de vie… Si les ménages n'en font que la moitié, on est déjà à -15% »

Tout est, in fine, affaire de comportements. Car côté froid (réfrigérateurs notamment), du blanc (lave-linge) ou de l'éclairage, les consommations des appareils ont déjà sensiblement baissé depuis 12 ans: «-600 kwh par an en moyenne pour un foyer», a calculé Olivier Sidler. Mais ces économies ont été totalement compensées par l'augmentation du poste «bureautique et audiovisuel».

Preuve que réduire ses consommations n'est pas forcément sorcier: les opérations Ecowatt menées cet hiver en Bretagne et PACA pour éviter les coupures pendant la vague de froid ont fait diminuer les consommations de presque 3%. Soit, pour la Bretagne, la consommation cumulée aux heures de pointe de Quimper, Vannes et Saint Malo.

Du reste, pour en avoir le cœur net, l'Ademe et des partenaires institutionnels ont initié l'automne dernier l'opération Trak'O Watt: une soixantaine de familles bretonnes vont tenter de limiter leurs consommations électriques de façon volontaire et assistée.

En attendant, un petit truc simple: quand vous ne vous en servez pas, éteignez vos écrans!

Catherine Bernard

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