La méthode Bayrou décortiquée

Jean-François Copé, mis à jour le 25.05.2009 à 5 h 47

Il existe incontestablement un phénomène Bayrou dans les médias. Le leader du MoDem fait la une des journaux et campe avec délectation la posture de l'opposant numéro un. Alternative crédible ou simple bulle médiatique ?

Un peu de recul sur le parcours de l'homme et sur sa posture actuelle peut permettre à chacun de se faire son idée. Je vous livre la mienne, curieux de connaître la vôtre. A mon sens, il est impossible de comprendre François Bayrou tant qu'on n'a pas à l'esprit le casse-tête qu'il doit résoudre et qui tient dans cette question: comment se faire élire Président de le République quand on est un homme de droite qui a échoué dans sa propre famille politique?

Voici la méthode en 4 points qu'il emploie, en reprenant les mêmes ingrédients qu'en 2007 tout en pariant sur la division de la gauche.

1. Se donner l'image d'un homme neuf pour mieux masquer son passé. Le «faux rebelle» est d'abord un homme d'appareil. Il a manœuvré dans toute une série de formations de droite depuis bientôt 30 ans: Centre des démocrates sociaux, tentative avortée des Rénovateurs, création de Force démocrate, nouvelle Union pour la Démocratie française et enfin Mouvement Démocrate.

Au passage, il faut noter que le Modem, qui prétend renouveler la vie politique, représente en fait la quintessence de l'écurie présidentielle «à l'ancienne». Ce parti sans colonne vertébrale est entièrement dédié à une cause - la victoire de son leader -, quitte à saborder toutes les élections intermédiaires, comme le fait François Bayrou en multipliant les polémiques sur Nicolas Sarkozy en pleine campagne européenne.

Autre problème manifeste avec son histoire personnelle: François Bayrou fait mine de rejeter avec dédain ceux qu'il a suivis sans vergogne par le passé. Par exemple, il accuse Edouard Balladur d'avoir été dans les années 1990 le théoricien d'un soi-disant « projet inégalitaire », dont Nicolas Sarkozy serait à présent le héraut. Edouard Balladur est ainsi pointé du doigt parce qu'il aurait été le premier à travestir le sens du mot réforme, qui serait devenu synonyme de régression alors qu'il désignait jadis le progrès.

Petit hic: qui François Bayrou soutenait-il à la présidentielle de 1995? Jacques Chirac? Lionel Jospin? Jacques Cheminade? Non, Edouard Balladur ! Quelle conclusion faut-il tirer de cette contradiction? François Bayrou aurait-il péché par naïveté hier ou bien se moque-t-il de ses (é)lecteurs aujourd'hui ? Parmi les souvenirs refoulés, il y a enfin son passage au ministère de l'Education et son projet de réforme de la loi Falloux. Manifestement, François Bayrou n'a pas toujours eu la même vision de la laïcité...

2.  Crier au loup pour faire un hold-up sur l'électorat de gauche. Le leader du MoDem n'a qu'une seule cartouche : l'antisarkozysme permanent. Il l'utilise tant qu'il peut... Dans son dernier livre, «Abus de pouvoir», il intente un véritable procès au Président de la République, sans craindre de se contredire. Partisan d'un « Président qui gouverne » en 2002, à la fin du mandat de Jacques Chirac, il reprocherait presque à Nicolas Sarkozy d'assumer ses responsabilités de Chef de l'Etat en 2009. Projet inégalitaire, réformes régressives, absolutisme et copinage... A l'entendre, Nicolas Sarkozy incarnerait l'égoïsme et l'obsession du pouvoir tandis que lui serait le dernier rempart de l'humanisme. Il s'en faut de peu pour que François Bayrou écarte l'accusation de dictature. Il avoue dans son livre qu'il hésite quand à même à employer ce terme...

3. Ne rien proposer par peur de diviser. Plutôt que de stigmatiser le Président, François Bayrou devrait songer à des propositions. Les Français attendent bien plus une vision qu'une critique gratuite. Mais François Bayrou a bien compris que ce n'était pas dans son intérêt.

Quand on cherche à ratisser large, on ne sort de l'ambigüité qu'à ses dépends. Que François Bayrou précise ses vues sur la France de demain et il risque aussitôt de s'aliéner rapidement ceux qui sont aujourd'hui séduits pas son anti-sarkozysme. Un exemple ? La question de la gestion publique. Qu'on se souvienne de l'importance qu'il accordait verbalement en 2007 à la dette et à la nécessité de réduire la dépense publique. C'est un souci très louable mais nous attendons toujours ses propositions concrètes pour limiter l'endettement: Où veut-il couper les dépenses ? Le débat d'orientation budgétaire qui commence bientôt à l'Assemblée pourrait être l'occasion de l'entendre à ce propos. Mais n'est-ce pas plus confortable pour lui d'évoquer des généralités sur la dette tout en expliquant comme il fait dans son livre que le statu quo est préférable à l'Ecole, à l'Université, dans la Justice...

4.  Au final, attendre que les circonstances décident pour lui de son positionnement. François Bayrou est un joueur de poker qui espère que son tour arrivera un jour. Il laisse ses adversaires abattre leurs cartes et surtout, il attend que les circonstances décident à sa place. Ne lui demandez pas d'exprimer un projet précis et cohérent. C'est seulement s'il arrivait un jour au deuxième tour d'une élection présidentielle qu'il pourrait dévoiler son jeu. Selon celui de son adversaire. Face à la gauche, il barre à droite; face à la droite il barre à gauche. Pour l'amateur d'adrénaline, c'est excitant mais les Français ont-ils vraiment envie de jouer leur avenir au poker. Le moment venu, ne préféreront-ils pas un homme de conviction à un homme d'occasions?

Jean-François Copé

Photo: François Bayrou  Reuters

 

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