Economie

Ah, si Facebook était français!

Gérard Horny, mis à jour le 21.05.2012 à 7 h 54

L’introduction en Bourse de Facebook n’a pas été une énorme réussite. Il n’empêche: on aimerait avoir des entreprises comme celle-là en France.

Entrée du siège de Facebook à Menlo Park, le 18 mai 2012. REUTERS/Beck Diefenbach

Entrée du siège de Facebook à Menlo Park, le 18 mai 2012. REUTERS/Beck Diefenbach

Il faut toujours se méfier des grands événements de l’année annoncés à l’avance. L’entrée en Bourse de Facebook, autre symbole, celui du génie créatif de la Silicon Valley, devait être triomphale; une fois arrivé à 45$, le titre a plongé et il a bien failli terminer sa première journée de cotation au-dessous de son cours d’introduction.

Des financiers présents sur le marché estiment que les banques chargées de l’introduction, sous la houlette de Morgan Stanley, ont eu à intervenir vigoureusement pour empêcher que la chute ne fût plus brutale.

Le premier de la classe trébuche

Comme toujours quand un premier de la classe trébuche, les observateurs peinent à dissimuler leurs sourires. Et c’est vrai que tout le cirque médiatique déclenché autour de cette opération, avec force superlatifs, était un peu agaçant. Que le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, et ses banques conseils aient pris ainsi une bonne leçon d’humilité n’est pas pour déplaire. Il faut reconnaître que, dans cette affaire, ils ont été un peu présomptueux… et gourmands.

Quand les résultats du premier trimestre étaient tombés, en avril, beaucoup s’étaient demandé si la valorisation annoncée de l’entreprise, autour de 100 milliards de dollars, n’était pas un peu excessive. Par rapport au premier trimestre 2011, le résultat net était en recul de 12%, à 205 millions de dollars contre 233. Ces chiffres venaient renforcer un doute persistant, celui de la capacité du réseau social à tirer profit de ses 900 millions d’utilisateurs.

La barre était placée un peu haut

Dans un premier temps, les dirigeants de Facebook et leurs banquiers ont paru tenir compte de ces interrogations. La fourchette de prix annoncée pour l’introduction était de 28$ à 35$ par action. Puis, face à la vigueur de la demande de titres, la fourchette a été relevée, entre 34 $ et 38$; juste avant l’introduction, il a été annoncé que le prix définitif serait de 38$, soit le haut de la fourchette.

Pour tous ceux qui vendaient des titres, y compris pour Mark Zuckerberg lui-même, c’était le jackpot. La suite des événements a montré que la barre a sans doute été placée un peu haut.

Cela dit, une fois que l’on a dénoncé la cupidité de ceux qui ont monté l’opération (sans oublier que cette cupidité a été encouragée par tous les investisseurs qui se sont précipités pour réserver des titres), il faut tout de même saluer la performance.

En levant 16 milliards de dollars (prix total payé pour les 421 millions d’actions nouvelles émises et d’actions existantes mises sur le marché), Facebook a réalisé l’une des plus importantes introductions en Bourse de l’histoire des Etats-Unis, juste derrière Visa, mais devant General Motors à son retour sur le marché de New York.

Et c’est la première fois qu’une société atteint une valorisation boursière (104 milliards de dollars) aussi élevée à  son introduction. A titre de comparaison, on peut faire remarquer que Facebook vaut déjà autant que Total, plus grosse valeur de la Bourse de Paris.

Un fichier incomparable….

Il faut aussi saluer le succès que représente la constitution en huit ans d’un réseau aussi vaste, sans comparaison dans le monde. On peut ne pas aimer Facebook (que des gens apportent spontanément autant d’informations sur eux-mêmes dans un gigantesque fichier, jamais un ministre de l’Intérieur ou un publicitaire n’aurait osé en rêver!), on doit constater qu’il et aujourd’hui incontournable.

Si les financiers ont des doutes sur le niveau auquel on peut valoriser ce fichier, ils estiment tout de même probable que des rentrées croissantes vont venir des entreprises, soucieuses d’avoir leur profil sur le site: ce n’est plus une question de choix, il faut y être!

… et des milliers d’emplois

Enfin, en ces temps de doutes sur la croissance économique et de chômage élevé, y compris aux Etats-Unis, quel pays ne rêverait pas d’avoir des entreprises capables ainsi de créer plus de 3.500 emplois en huit ans, dont les deux tiers au cours de la période de douze mois close fin mars? 

Même peu glorieuse, l’introduction en Bourse de Facebook est là pour nous rappeler ce qui fait la force de l’économie américaine: sa capacité à susciter des vocations de créateurs d’entreprises, à innover et à renouveler constamment son tissu productif. Des concurrents redoutables apparaissent en Asie, qui ne se contentent plus de copier les produits américains à un moindre coût, mais sont capables eux aussi d’innover; il n’en demeure pas mois que l’impulsion, les idées nouvelles, viennent toujours des Etats-Unis ou sont développées là-bas quand elles sont nées ailleurs. C’est une rude leçon pour l’Europe.

Le capitalisme n’est pas mort

Cette énergie, cette créativité ont une contrepartie: derrière la convivialité du réseau Facebook ou des produits d’Apple, on peut apercevoir un système capitaliste qui n’a rien perdu de sa brutalité et de son injustice. Il suffit de se reporter à l’actualité Apple (conditions de travail chez ses sous-traitants en Chine, façon dont la firme traite son réseau de distribution en France, etc.) ou aux multiples luttes contre les tendances monopolistiques de Microsoft.

La rapidité avec laquelle Mark Zuckerberg, à 28 ans, a pu se placer parmi les personnes les plus riches du monde pose quelques questions. Etonnante aussi est la façon avec laquelle, avec 18,4% du  capital de Facebook, il peut contrôler 57% des droits de vote: à côté des actions A, normalement dotées d’un droit de vote, qui ont été introduites en Bourse subsistent en effet des actions B dotées, elles, de dix droits de vote chacune!

En France, au nom de la démocratie actionnariale, on discute de l’opportunité de conserver le système du droit de vote double… Quand les Etats-Unis veulent encourager les créateurs et leur assurer la mainmise sur leur entreprise, ils n’y vont pas de main morte. Eternel débat entre la justice et l’efficacité.

L’Europe arrivera-t-elle un jour à faire mieux que les Etats-Unis, à concilier ses exigences de justice sociale et leur dynamisme économique ? En tout cas, si on avait ici quelques Facebook, on serait très content!

Gérard Horny

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Journaliste
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