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Chômage: les trois régions de la honte

Une manifestation au Pays basque, en février 2012, contre la situation de l'emploi en Espagne et les coupes budgétaires. REUTERS/Vincent West

Une manifestation au Pays basque, en février 2012, contre la situation de l'emploi en Espagne et les coupes budgétaires. REUTERS/Vincent West

Dans le monde, il y a trois régions dont l’échec économique est patent: le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Europe. Trois régions qui n’arrivent pas à créer des emplois, trois régions qui ont sacrifié les jeunes.

Quand on observe les mouvements politiques dans ces pays, les «printemps» ici, ou la montée des extrêmes lors des élections là, il faut avoir en tête cette impuissance sociale et économique. Dit clairement: le Moyen-Orient, l'Afrique du nord et l'Europe sont les trois régions qui sont les plus mal gouvernées au monde. Pour s’en convaincre les classes politiques arabes et européennes devraient lire le dernier rapport du Bureau International du travail.

Les chiffres parlent tous seuls. Le taux de chômage dans le monde est en moyenne de 6% (soit 200 millions de personnes sans emploi), il ne dépasse les 10% que dans les trois régions de la honte. Les jeunes y sont massacrés: leur taux de sans emploi est de 26% au Moyen-Orient, 27% en Afrique du nord et 22% dans la zone euro. Mais encore faudrait-il distinguer l’Allemagne bonne élève et les taux de chômage scandaleux des jeunes en Italie (36%) ou en Espagne (51%)! La France n’est que dans la moyenne avec 21,8%. Quand la politique est le devoir de préparer l’avenir…

Pessimisme accru

Le rapport du BIT est globalement pessimiste sur l’évolution du chômage mondial au moins jusqu’en 2016. A cause d’une croissance «sans emplois» dans les pays développés et d’une trop faible avancée de la productivité dans les pays en développement, exception faite de l’Asie. Le pessimisme s’accroît pour les trois régions de l’échec. Sans doute la hauteur du prix du baril de pétrole aide-t-elle le Moyen-Orient à engranger des recettes toujours record et à attirer des emplois: +3% par an. Mais cela ne suffira pas à commencer à abaisser le chômage d’après le BIT.

En Afrique du nord, la création d’emploi est à l’arrêt: +0,8%, alors que la démographie met tous les ans des centaines de milliers de jeunes sur le marché du travail. Quant à l’Europe, elle est la seule région du monde en récession, et les perspectives sont très grises pour une décennie!

L’examen des gains de productivité aboutit au même résultat. Tandis qu’en Asie, ils grimpent de  plus de 7% l’an, ils stagnent au Moyen-Orient de +0,5% l’an et de +0,8% en Afrique du nord. En Europe, leur évolution est lente et c’est normal puisque le niveau de développement est plus haut. Mais c’est la comparaison avec les Etats-Unis, au rythme double, qui est cruelle.

Productivité stagnante

Pour les pays du Moyen-Orient de d’Afrique du nord, même s’il faudrait détailler par pays, cette stagnation signifie globalement que ces pays n’ont pas encore engagé «le rattrapage» des techniques, des systèmes productifs et des méthodes des pays avancés. Ils créent peu d’emplois et, surtout, encore moins d’emplois qualifiés avec une meilleure productivité. La clé du retard est là: dans l’absence de réformes favorables à la croissance. Réformes qui concernent aussi bien les institutions (liberté d’entreprendre) que leur fonctionnement (justice, concurrence, innovation) et la qualité comme la probité des personnels de l’Etat.

C’est au chapitre des réformes structurelles que l’Europe revient se classer auprès de ces mauvais voisins. C’est tout l’objet de la crise européenne: comment sortir de l’impasse institutionnelle qui paralyse le fonctionnement de l’Union? Et comment retrouver des voies de croissance, des gains de productivité? Pour l’heure, dans aucune des trois régions de la honte, les classes politiques n’ont trouvé la réponse et le courage de la dire.

Eric Le Boucher

Article également publié sur Emploiparlonsnet

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