Monde

Pourquoi il est difficile de faire confiance aux partis grecs

Dimitri Avdoulos, mis à jour le 22.05.2012 à 10 h 33

Le Pasok et Néa Dimokratia se sont discrédités auprès des citoyens et des Européens. Et Syriza n'est pas plus cohérent.

Des employés du Parlement remplacent le drapeau grec, en avril 2012. REUTERS/Yannis Behrakis

Des employés du Parlement remplacent le drapeau grec, en avril 2012. REUTERS/Yannis Behrakis

Le verdict des urnes du 6 mai est sans appel: les Grecs ne font plus confiance en leur système politique. L’actualité internationale le prouve aussi: les Européens non plus. Ceci explique le décalage entre les déclarations foudroyantes des leaders européens qui dénonçaient tout scénario de sortie de la Grèce de la zone euro en tant que fictif et inexistant il y a peu de temps et leurs déclarations actuelles plus nuancées qui ne l’excluent plus, et qui laissent subtilement ce choix au peuple grec lors du nouveau scrutin du 17 juin.

Un «allez vous faire voir» adressé aux deux grands

Les socialistes du Pasok et le centre-droit de Néa Dimokratia sont tombés KO. Ceux qui totalisaient 77% des voix en 2009, n'en réunissent plus que 32% maintenant. Le bilan n’est pas difficile à être décrypté vu l’état de l’économie grecque, de l’administration lourde, chère, totalement inefficace et contre-productive ajoutée à la situation générale du pays qui manque de structures efficaces, préalable à une éventuelle reprise économique par les investissements privés ou publics.

Les Grecs leur reprochent la crise, bien évidemment, puisqu’ils se sont alternés au pouvoir depuis 1974, et les Européens leur absence de volonté de la vaincre. Le Pasok de l’ex-leader du parti Georges Papandreou qui a gouverné de 2009 à 2011 n’a jamais eu un langage clair, net et précis. Les quelques réformes entreprises ne l'ont été qu'après d’énormes pressions des partenaires créditeurs et ne se sont jamais attaquées réellement aux problèmes de la fonction publique grecque, car elle nourrit les deux grands partis d’un grand nombre d’électeurs…

Papandréou a préféré les coupes de salaires à l’horizontale plutôt que de réduire le surplus de fonctionnaires comme le demandent les Européens et le sens commun. Il a augmenté les taxes (TVA, essence, etc.) en diminuant le revenu des classes moyennes plutôt que de s’attaquer à la fraude fiscale, le sport national, des professions libérales et des entreprises… Et chaque fois, pour chaque mesure qui ne plaisait pas (demandée par les Européens ou non), le message était clair: ce sont nos partenaires qui nous le demandent. On ne veut pas le faire mais on ne peut pas faire autrement.

Alors qu’il avait promis aux Européens, en 2010, un montant de 50 milliards de privatisation, il n’en a fait aucune. De même pour l’ouverture des métiers protégés. La réforme sur les taxis était promise pour l’été 2011… Pareil pour plein d’autres corps de métier qui ont réussi à échapper à leur libéralisation en faisant pression au gouvernement. Un exemple: en Grèce, on ne peut toujours pas ouvrir une boulangerie ou une école de danse à 500 mètres d’une autre.

Les Grecs qui ont cru aux réformes et au changement que Papandreou avait voulu incarner n’ont pas pardonné et ont perdu confiance. Les autres ont vu leurs privilèges scandaleux résultant de 40 ans de clientélisme grignotés peu à peu par la crise, aussi. Ils l’ont accusé de s’être rendu aux appétits des partenaires européens. Quant à ces derniers, à part les engagements non respectés par le Pasok, le fiasco de la proposition de référendum a suffi pour enterrer une fois pour toute la confiance entre les Européens et la Grèce.

Le parti Néa Dimokratia ne s'est pas privé de démagogie et a tout fait pour perdre la confiance des Européens et des Grecs qui croient en l’Europe. A la surprise paneuropéenne générale, le parti de centre droit —qui a gouverné pendant cinq ans sous Kostas Karamanlis en laissant un déficit de 15,4%— n’a pas voté en 2010 au Parlement le premier plan de sauvetage de la Grèce! Son leader Antonis Samaras a fait campagne jusqu’en 2011 contre le plan…

Il a réussi à convaincre une grande partie de l’électorat de droite et de gauche qu’il était possible de demander des prêts aux créditeurs sans réformer et par conséquent sans avoir l’espoir de se redresser. Surtout, il a démontré qu’il n’était pas prêt à se battre contre les vraies causes de la crise.

Résultat? Lui aussi a perdu la confiance de ceux qui croient aux réformes, mais aussi des autres, car il a voté en faveur du deuxième plan début 2012 en opérant un virage impressionnant, mais pas convaincant. Les Européens bien évidemment n’oublieront pas qu’il est le seul membre du PPE qui n’a pas voté le plan de sauvetage de… son propre pays. Même si c’est difficile à croire, c’est vrai.

Syriza, un parti populiste d’extrême gauche au double langage ambigu et confus

La nouvelle star de la politique en Grèce, Alexis Tsipras, a su incarner le désarroi des classes moyennes frappées par la crise envers l’establishment politique. Il est la preuve vivante de la victoire des extrêmes après la radicalisation de l’électorat grec –son succès va de pair avec celui d’Aube Dorée.

En surfant sur les condamnations du plan de rigueur, rhétorique antimerkozyste et anti-FMI, et en traitant les institutions européennes de tous les noms, mais sans oublier de s’autodéfinir comme pro-Européen et pro-euro (alors que Syrisa propose de former un gouvernement de coalition avec le KKE, le parti communiste grec dogmatique et profondement anti-européen), il a pu quadrupler son score et être le grand favori des élections du mois de juin.

En déclarant «nous voulons l’euro, mais pas l’austérité», Tsipras n’a aucun scrupule à promettre tout et n’importe quoi: entre autres, 100.00 nouveaux postes pour le secteur public qui selon les experts de la Troïka devrait être réduit de 150.000 fonctionnaires en premier temps, et l’augmentation des salaires dans le privé comme dans le public au niveau de 2009.

En ce qui concerne le plan de sauvetage de la Grèce, les déclarations partent dans tous les sens: «ce plan n’est plus valable», selon la lettre qu’il a adressée aux leaders européens le lendemain des élections, «nous allons négocier le plan», selon son intervention à la télévision publique, «nous annulerons unilatéralement le plan qui porte la catastrophe dans son ADN», selon le cadre influent du parti et député M. Lafazanis.

Pendant ce temps, la tête de liste nationale de Syriza, fraîchement élue député, le héros de la résistance Manolis Glézos ne pouvait pas être plus clair en déclarant: «Etre dans la zone euro ou en dehors n’est pas si important pour nous.» Sa collègue députée de Syriza Afroditi Theopeftatou a aussi voulu incarner cette ligne clairement… pro-euro: «Et que va-t-il nous arriver si l’on paye en drachmes? Ce n’est pas la question»

Surtout, ils n’hésitent pas à banaliser les coups de poker politiques dangereux. Leurs propositions sont fondées sur des théorèmes et des raccourcis, qui s'ils se révèlent faux, feront sombrer la Grèce dans le désastre. Leur thèse principale est que «personne n’a le droit de nous exclure de la zone euro». Vrai. Mais Alexis Tsipras «oublie» de raconter la suite. Si les Européens décident de ne plus accorder les tranches d’aide, décision logique au cas où il mettrait en œuvre ses promesses qui sont en total désaccord avec les engagements de la Grèce envers ses créanciers, c’est Athènes qui voudra sortir de la zone euro et faire marcher la planche aux drachmes pour pouvoir fonctionner et éviter un arrêt total des activités dans le pays…

Droit dans le mur

L’écrasante majorité des partis semble avoir tranché. Leur échec à former un gouvernement de coalition, même maintenant que le pays se trouve au bord du gouffre, le prouve. Ils vont se battre pour qui va organiser les funérailles dramatiques du cadavre. Ils préfèrent être les chefs des fous qui résistent encore et toujours à l’envahisseur –même s’ils ne possèdent aucune potion magique et si ce dernier est fictif— que de faire leur mea-culpa en essayant en même temps de redresser le pays dans le cadre de l’UE. Ce dernier est loin d’être parfait, mais sûrement beaucoup plus performant qu’un chemin solitaire avec une monnaie nationale qui se dévaluera sans cesse, une hyperinflation qui décimerait tout revenu et une misère qui ferait surface dans tous les coins de ce beau pays à un niveau beaucoup plus élevé qu’actuellement.

Dimitri Avdoulos

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