Culture

Donna Summer, reine du disco, diva de la nuit

Jody Rosen, mis à jour le 18.05.2012 à 14 h 37

L'interprète de «I Feel Love», morte jeudi à 63 ans, avait un don pour la mélodie et racontait l'extase de la nuit et les ruptures comme personne.

Photo pour une publicité, datant d'une session d'enregistrement de 1977. ©CASABLANCA RECORDS

Photo pour une publicité, datant d'une session d'enregistrement de 1977. ©CASABLANCA RECORDS

«Donna Summer, reine du disco, est morte à 63 ans». Les gros-titres ont vu juste, mais n’étaient qu'à moitié dans le vrai. Oui, Summer était royale dans sa musique comme dans son esthétique, et elle en a fait plus que n'importe qui dans les années 1970 et 1980 pour hisser l'énergie et la palpitation des night-clubs en tête des hit-parades. Mais le disco n'était pas l'alpha et l'oméga de sa musique.

Le discographie de Summer mélange gospel, rock, new wave, synth-pop, New Jack Swing – et même comédie musicale. Elle commença sa carrière comme une Janis Joplin en herbe dans un groupe de rock psychédélique. Elle fut choriste pour Three Dog Night. Vivant à Berlin au début des années 1970, elle participa aux versions allemandes de Show Boat et de Godspell.

Elle était une pionnière et sa collaboration avec le producteur italien Giorgio Moroder fut à l'origine de hits parmi les plus visionnaires de son époque, à commencer par «I Feel Love», qui transforma la pop pour de bon avec l'inquiétante étrangeté de son rythme robotique. Mais Summer gardait une âme old school.  «I Feel Love» se trouve sur I Remember Yesterday [je me souviens d'hier], un album qui combine des rythmes dance avec les styles musicaux des années 1940, 1950 et 1960.

Dans ses interviews, elle voyait dans Marilyn Monroe son modèle vocal pour «Love to Love You Baby», son hit sexy et novateur. Ses hymnes disco reconnaissables entre mille avaient une touche classique, de langoureuses mélodies sur lesquelles déferlait une rythmique assourdissante. Ses textes, aussi, regardaient en arrière: «Turn up the old Victrola» [allume le vieux gramophone], chantait-elle dans «Dim All the Lights». «Gonna dance the night away» [je vais danser toute la nuit].

Elle n'avait rien des divas disco à l'impressionnante cage thoracique, celles qui vous faisaient capituler sur la piste de danse au son d'une rythmique explosive. La voix de Summer n'était pas une détonation ou un hurlement – elle flottait. Ce qui lui manquait en force, elle le rattrapait en finesse.

Ecoutez la version de 17 minutes de «Love to Love You Baby». Absolument tout – des volutes les plus aiguës aux gémissements orgasmiques les plus graves – est magnifiquement chanté, et chanté pour une raison précise.

L'arme secrète de Summer était son écriture. Elle avait un don pour la mélodie et le génie des histoires. Le disco était un genre créé autour des maxi 45 tours, mais Summer misa sur de longues suites plus proches du rock, des concept-albums qui s'étalaient en doubles 33 tours à couverture dépliante, comme les disques des Pink Floyd.

Les chansons étaient intelligentes, précises, mais surtout sophistiquées – l’œuvre d'une femme qui avait quitté Boston et une éducation extrêmement religieuse, s'était installée à l'étranger avant d'obtenir ses galons dans le milieu branché. Comme tout le disco, la musique de Summer était ambitieuse, mobile.

C'était une magnifique mosaïque musicale et une magnifique musique populaire – urbaine, noire, gay et même un tantinet Eurotrash. Summer porta un éclat jet-set dans les palmarès de la pop.

Mais ses meilleures chansons ne relèvent pas du glamour. Elles tournent autour de la désolation. Les chansons de rupture furent sa spécialité: «Heaven Knows», «On the Radio», «MacArthur Park». Si Donna Summer est en effet la Reine du Disco, c'est peut-être parce que ses chansons captaient l'extase de la nuit, mais aussi et surtout ses angoisses –les envies irrépressibles d'amour, de sexe et de communion, la peur constante de vous retrouver au petit matin, une fois la soirée terminée, chancelant et sans personne à votre bras.

«This is the last dance, last chance for love … I need you by me / Beside me, to guide me», [c'est la dernière danse, la dernière chance d'amour...J'ai besoin de toi près de moi/ à côté de moi, pour me guider», chantait Summer. Elle faisait de la musique pour les bacchanales du samedi soir, les remises en question du dimanche et pour tous les autres jours de la semaine, aussi.

Jody Rosen  

Traduit par Peggy Sastre

Jody Rosen
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