Economie

La Grèce, dévisseuse d’euro

Gilles Bridier, mis à jour le 17.05.2012 à 15 h 25

Le recul de la monnaie unique par rapport au dollar n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour la compétitivité des pays de la zone. L’hypothèque grecque pourrait accentuer cette baisse. Jusqu’où?

Manifestation à Athènes en février 2012. REUTERS/John Kolesidis

Manifestation à Athènes en février 2012. REUTERS/John Kolesidis

La valeur de l’euro, qui oscillait autour de 1,32 dollar, décroche par rapport au dollar depuis début mai : au milieu du mois, il n’était déjà plus qu’à 1,27 dollar à cause des incertitudes sur l’avenir de la monnaie européenne au cas où la Grèce devrait sortir de la zone euro.

Déjà début 2012, face à un recul de 10% en six mois, on entendait évoquer la «faiblesse» de la monnaie européenne alors qu’elle était encore vigoureuse. En réalité, elle pourrait bien reculer encore, et ce n’est pas une si mauvaise nouvelle. Tout dépend de l’ampleur du recul.

En janvier, l’économiste Philippe Waechter, de Natixis Asset Management, le voyait tomber en dessous de 1,20 euro d’ici six à douze mois. A l’époque, un accord européen était intervenu sur la dette grecque, mais l’euro était manifestement surévalué. Marc Touati, chez Assya Compagnie Financière, pensait que la monnaie européenne devrait «forcément» retrouver un niveau plus normal entre 1,15 et 1,20 dollar à la fin de l’année.

Eurodollar

Un an d'euro/dollar. Graphique Boursorama.

La mécanique est symétrique de celle qui avait vu l’euro grimper: en fait, c’était le dollar qui baissait. Maintenant, c’est le billet vert qui se redresse.

Certes, pour préserver leur compétitivité, les Etats-Unis n’ont pas intérêt à une appréciation du dollar. Mais les incertitudes sur l’euro sont encore plus grandes aujourd’hui qu’en janvier. La situation de la Grèce et l’aléa politique laissent planer le risque d’un recul difficilement contrôlable de la monnaie européenne au cas où l’Europe échouerait dans sa tentative de sauvetage. Ce qui devrait contribuer à donner encore plus de vigueur au billet vert.

Avantages et inconvénients d’une baisse de l’euro

Un recul modéré de l’euro peut restaurer une partie de la compétitivité des pays de la zone euro à l’exportation. Lorsque la monnaie européenne s’était appréciée en 2010, la Banque centrale européenne (BCE) avait calculé que le renchérissement de 2,5% pouvait coûter «1 à 1,5 point de croissance aux exportations extra zone et 0,3 point de croissance au PIB à l’horizon 2011».  

Le mouvement inverse devrait donc être favorable à la zone euro. Pour un pays comme la France qui accumule les déficits de sa balance commerciale depuis 2003, un coup de pouce à la compétitivité ne serait pas superflu. 

Il n’y a pas que des avantages. Car quand l’euro se déprécie, les importations en provenance de l’extérieur de la zone euro sont plus chères, notamment les matières premières. C’est, bien sûr, le cas pour les produits pétroliers, ce qui explique en partie pourquoi les prix à la pompe des carburants ont atteint des records au premier trimestre.

Quand l’euro baisse par rapport au dollar, le prix à la pompe en euro grimpe mécaniquement par le simple jeu des parités. Une augmentation de 10% sur le prix hors taxes correspond alors à 12% de hausse en intégrant le différentiel de TVA. Selon l’Union française des industries pétrolières (UFIP), «pour une baisse de 10 centimes de l’euro par rapport au dollar, l’impact est une hausse de 5 centimes par litre pour l’essence et de 6 centimes pour le gazole».

Un point d’équilibre autour de 1,20 dollar

Il faut donc trouver un cours d’équilibre. Pour les entreprises, il se situerait autour de 1,20 dollar. Toutefois, toutes les entreprises exportatrices n’ont pas les yeux rivés sur les parités. Environ 65% du commerce extérieur des membres de l’Union européenne est réalisé à l’intérieur de la communauté à 27 (dans le cas de la France en 2009, 62%  pour les exportations et 59% pour les importations, selon les Douanes françaises).

Pour ces opérations, les fluctuations de l’euro sont neutres. En revanche, elles sont déterminantes pour celles qui exportent hors de la zone euro.

Une carrière en dents de scie

Lancé le 4 janvier 1999, l’euro fut ouvert à la cotation à 1,18 dollar. A l’époque et pendant trois années, ce ne fut qu’une monnaie virtuelle. Très vite, il dégringolait… jusqu’à ne valoir plus que 0,8 dollar en septembre 2000. La remontée fut lente: début 2002, devenu monnaie physique, il était toujours à 0,85, et ne revint à la parité avec la monnaie américaine que début 2003. Dans les premiers mois de 2005, il cotait 1,30 dollar, et fluctua autour de cette parité jusqu’au début 2007 avant de grimper vers les sommets de la mi-2008. A son zénith de 1,60 dollar en juillet de cette année-là, il asphyxiait les exportateurs français.

On se souvient de propos de chefs d’entreprises affirmant que si l’euro devait durablement s’installer au-dessus de 1,20 dollar, ils envisageraient de créer des usines de production hors de la zone euro. Depuis, la monnaie européenne a oscillé par rapport au billet vert, mais toujours sur des valeurs élevées.

En 2011, elle évolua entre un minimum de 1,30 dollar début janvier et un maximum de 1,50 début mai. La voilà revenue, un an plus tard, à 1,27 dollar. Avec  un potentiel de baisse évident.

Gilles Bridier

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Journaliste
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