Turquie: quand Fillon se moque de Sarkozy
La question turque est agitée au gré des besoins électoraux, mais le Président se garde bien d'intervenir à Bruxelles pour bloquer le processus d'adhésion.
- -
Nicolas Sarkozy a, une nouvelle fois, invité la Turquie dans une campagne électorale... Celle du 7 juin. Déjà, lors du débat référendaire sur le traité constitutionnel européen, il avait agité le chiffon ottoman et permis aux opposants de trouver un argument de plus pour rejeter un texte qui n'en parlait point ! Il en avait alors fait, comme président de l'UMP, une question de principe, au point que Jacques Chirac avait cru bon de proposer en 2005 une révision de la Constitution pour préciser que toute nouvelle adhésion à l'Union Européenne (UE) devait désormais être approuvée par référendum. Ce n'était plus un verrou, mais une porte blindée ; que dis-je, une muraille juridique !
Cette garantie n'avait pas découragé Nicolas Sarkozy dans la campagne présidentielle de 2007 d'exhumer le sujet, tant il lui paraissait faire écho avec les peurs de son électorat.
Partant du postulat selon lequel la Turquie n'est que pour une fraction de son territoire en Europe, et pour le reste en Asie, il en avait conclu qu'elle n'avait pas à être adhérente de l'Union... Logique implacable de la géographie qui faisait néanmoins fi de l'Histoire. Il avait exprimé une préférence, s'il était élu, pour un partenariat privilégié dont il n'avait rien dit de son contenu et avait averti qu'il mettrait un terme à l'adhésion de la Turquie, dont les 27 -y compris la France- avaient pourtant lancé le processus de négociation en octobre 2005.
Aussitôt investi président, aussitôt oublié cet engagement. Les discussions de l'Europe avec ce pays candidat se sont poursuivies comme si de rien n'était. Certes, à pas lents. Seuls 10 chapitres sur les 35 prévus ont été ouverts. Et les plus sérieux restent à venir, notamment sur Chypre, les droits de l'Homme. Et je n'oublie pas la reconnaissance du génocide arménien.
Chacun sait, à Bruxelles comme dans les 27 capitales européennes, que ce dossier a des implications diplomatiques majeures et qu'il intéresse, au-delà de la Turquie, la stabilité de toute cette région. Le chemin sera long. Peut-être n'aboutira-t-elle jamais ! Peut-être n'aurait-elle jamais dû être initiée ? Mais ce qui est en cause, c'est la parole de la France, et plus précisément celle de Nicolas Sarkozy.
Comment Nicolas Sarkozy peut-il jeter en pâture l'adhésion de la Turquie en pleine campagne européenne quand, durant la Présidence française de l'Union, les engagements ont été confirmés à l'égard de la Turquie et les discussions sur plusieurs chapitres de la négociation se sont poursuivies à bon rythme !
Nicolas Sarkozy a le droit d'être hostile à la perspective de l'adhésion turque. Il n'est d'ailleurs pas le seul. Et il en est à gauche qui sont tout aussi réservés sur une telle issue. Mais alors, que diable ! Du courage et de la cohérence. L'UMP et son président auraient dû désavouer Jacques Chirac en 2005, quand il a donné l'accord de la France à l'ouverture de la négociation ; la droite l'a approuvé. Nicolas Sarkozy aurait dû confirmer le verrou référendaire lors de la révision de la Constitution de juillet 2008. Au contraire, il l'a levé. Et il aurait dû arrêter le processus d'intégration sous la présidence française de l'Union. Or, il a laissé faire. Il aurait pu bloquer purement et simplement, par un veto de la France, les pourparlers. Il n'en a rien fait. Il aurait pu prendre le risque d'une crise européenne et d'un conflit avec la Commission au moment où celle-ci a rappelé en l'automne 2008 -toujours sous présidence française- son soutien «pour des progrès dans ces négociations d'adhésion, en respectant les règles qui avaient été acceptées à l'unanimité en octobre 2005»... Là encore, N.Sarkozy est resté coi.
Car, de deux choses l'une : ou les frontières de l'Europe représentent un enjeu majeur, et alors il eut fallu, quand Nicolas Sarkozy en avait la capacité, cesser la comédie de la parlotte avec la Turquie.
Ou l'adhésion de ce pays est un enjeu électoral à l'occasion de chaque scrutin national pour mobiliser l'électorat de droite, inquiéter les couches populaires les plus menacées par les délocalisations et jouer, fort imprudemment, avec le fait religieux -en l'occurrence l'Islam, alors c'est misérable politiquement et dangereux pour le projet européen.
Et quand le Premier ministre, François Fillon, dit à Nantes, le 19 mai, que «c'est se moquer du monde que de discuter avec la Turquie pour voir si elle a fait assez de progrès, c'est refuser de choisir», c'est en fait se moquer de l'Europe qui a, à l'unanimité, lancé -à tort ou à raison- cette démarche. C'est se moquer de la France qui l'a à chaque étape autorisée et c'est se moquer de N. Sarkozy qui a laissé faire ça durant sa présidence de l'Union ! Et, subsidiairement, c'est se moquer des électeurs français et de la Turquie, réduite hélas au rôle peu reluisant d'épouvantail à électeur.
François Hollande
Photo: Nicolas Sarkozy et François Fillon Reuters
Mis à jour le 22/05/2009 à 19h44








































La question de la Turquie est une question symptomatique majeure pour l'Europe. C'est la conception même du projet européen qui est en jeu, son Sens. J'ai exprimé ma position à plusieurs reprises dans différents commentaires associant différentes conceptions de l'Europe avec, en conséquence la position vis-à-vis de la Turquie.
Pour le meilleur, la vocation de l'Europe, son Sens du bien commun, en fait un modèle communautaire de nations, de régions, de peuples et de cultures qui ne se définit pas par des frontières, pourquoi pas la Turquie. Chaque pays d'ailleurs peut faire partie de plusieurs communautés. Mutation de civilisation que de remettre en question les modèles formels antérieurs. De ce fait la question kurde n'est plus non plus une question de frontières, celle de la Belgique non plus et d'autres encore qui s'en trouveraient soulagées, la question méditerranéenne pourrait être vue autrement.
Une Europe majeure qui connaîtrait sa vocation à l'échelle de l'histoire serait capable de faire communauté avec la Turquie comme avec d'autres qui en assument le Sens du bien commun.
Vous faites de cette question une question ancillaire à la hauteur de vos chicayas de basse cour et de vos manoeuvres électoralistes (2012 bien sur). Vous n'avez pas compris encore que faire de Nicolas Sarkozy une tête de turc est contre productif mais, pour être productif, il faudrait se colleter avec des problèmes bien complexes d'un autre ordre sans faire de l'Europe l'espace d'expansion de vos jeux de pouvoir mais au contraire en dégager d'autres perspectives plus enthousiasmantes, qui aideront la France à sortir de son carcan idéologique.
On pourrait réecrire ce texte en mettant "le Parti Socialiste" à la place de "Nicolas Sarkozy" et "Nicolas Sarkozy" à la place de "la Turquie" car si la Turquie est l'épouvantail à électeur de Nicolas Sarkozy, Nicolas Sarkozy est bel et bien l'épouvantail à électeur du Parti Socialiste
Pour revenir à l'autre sujet de l'article, je ne sais pas si l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne s'impose aujourd'hui.
Il y a sûrement d'autres priorités, la réforme des institutions notamment. Il reste encore beaucoup de choses à faire pour intégrer pleinement les derniers entrants dans l'Union (l'euro?), et la Comission devrait peut être se concentrer sur cet objectif, mais je pense tout de même que la Turquie a vocation à faire partie du projet Européen (après tout, c'est une démocratie, ils ont eux aussi fait la guerre en Europe et l'économie turque est forte) tel qu'il se dessine à l'heure actuelle avec des élargissements plus importants au cours des dernières années que pendant toute l'existence de l'Union.
Il faut donc savoir quand. Avant la réforme des institutions? Après? mais dans ce cas il faudra garder à l'esprit qu'un élargissement est possible. Et à quelle échéance?
Le partenariat privilégié n'aurait de sens qu'en impliquant d'autres pays (l'Union Méditerranéenne?) et en cas de resserremment des liens entre les membres actuels. Créer un statut un peu bâtard pour un seul pays alors que l'union entre les autres membres n'est pas si forte que ça constituerait à la fois une mise à l'écart de la Turquie et un désaveu pour une Europe qui ne saurait pas où se situer et jusqu'où pousser son intégration.
En politique, surtout étrangère, il y a toujours une chèvre et un chou. Nicolas Sarkozy maîtrise avec maestria l'art de les ménager tous deux, d'une part en confortant sa base de réactionnaires (pardon pour ce mot mais je n'en vois pas d'autres), d'autre part en ne freinant pas le processus d'adhésion de la Turquie, ce qui serait totalement contre-productif pour l'Europe étant donné les énormes progrès effectués des deux côtés depuis le début des discussions sur l'entrée de la Turquie en Europe.
Tout comme l'inclusion des pays de l'Est, celle de la Turquie est inévitable, mais pas à n'importe quelle condition, certes.
Il serait parfois intéressant que la France arrête de se regarder le nombril et montre un peu d'empathie. Que savons-nous de l'opinion des turcs sur l'entrée de leur pays en Europe? Que savons-nous de l'image de la France véhiculée par son président dans ce qui deviendra un jour la nation la plus peuplée d'Europe? Le Français se gausse des déclarations nationalistes du président turc, mais le Turc reçoit les mêmes messages venus de France. Les turcs ne sont pas majoritairement favorables à leur entrée dans l'Union Européenne, car ils craignent de perdre beaucoup de leur identité culturelle et de leurs traditions. Qui en France songe à tenter de comprendre cet aspect de l'adhésion de la Turquie??
La chèvre et le chou turcs sont pour finir de même nature que la chèvre et le chou français. Au bout du compte, il reste, là, tout à l'est de l'Europe, un pays qui a toujours fidèlement servi les intérêts de l'OTAN et sur lequel le président américain a parfaitement raison de compter d'un point de vue stratégique. Isoler la Turquie entre l'Est et l'Ouest serait une grave erreur. Les réformes administratives engagées en Turquie se poursuivent régulièrement pour moderniser les infrastructures d'un pays jeune et fier, aux contrastes admirables, qu'il est totalement réducteur et dénué de toute empathie de regarder par le seul bout de la lorgnette des déclarations politiques fracassantes.
Je n'ai pas encore lu un seul article dans les journaux français qui traite du travail en profondeur des réformes des institutions en Turquie en vue de son adhésion en Europe, ni le moindre article qui s'intéresse à ce qu'en pense la population turque qui n'est pas du tout la même que celle que nous croisons au Kebab du coin.
Espérons que l'année 2010, qui verra Istanbul devenir capitale européenne de la culture, permettra d'ouvrir un peu les esprits sur la véritable question turque, celle qui se vit dans un pays totalement différent des habituels clichés, qu'il ferait bon de découvrir au lieu de constamment rabaisser au rang d'épouvantail à lecteur, merci M. François Hollande (je ne suis pourtant d'habitude pas grand fan de vos déclarations si vous me permettez cette franchise *sourire) d'utiliser cette intéressante expression qui en dit long et que je trouve tout à fait à propos, depuis ici, la Turquie où je vis entouré de gens extraordinaires et souvent bien plus ouverts que bon nombre de Français malheureusement.
"Les hommes oublient plus vite la mort de leur père que la perte de leur patrimoine", écrivait Machiavel. Demandons-nous parfois tout ce que la Turquie peut avoir à perdre en entrant dans l'Europe. Un Sarkozy n'en sera jamais moins un prince-centaure qu'un Erdogan (prononcez Erdohan).
http://www.lefigaro.fr/politique/2009/05/22/01002-20090522ARTFIG00004-ps-la-strategie-de-hollande-pour-2012-.php
Edifiant article sur notre très cher chroniqueur François Hollande ou quand le Grand Sabordeur du PS s'imagine Président de la Republique.
Cordialement,
Il ne sera jamais président mais il ne dit pas que des bétises votre François Hollande. La Turquie, il le sait, sera un jour membre de l'EU - ou un membre tellement incontournable d'une alliance régionale équivalente qu'il faudrait bien composer avec elle. Personnellement je préfère qu'elle soit membre de notre club qu'un concurrent dans un autre! Mais ceci dit, M. Hollande n'hésite pas avant des élections, tout comme votre président, à chercher à gagner quelques points chez les cathos, les souveraintistes et les pauvres nonists de gauche qui, si on leur donnait la possibilité, voteraient contre tout agrandissement de l'EU à un pays important, préoccupant et surtout non chrétien comme la Turquie. M. Hollande pose la question si, oui ou non, il était opportun d'entamer des négotiatons avec ce grand pays. Il y a beaucoup d'hypocrisie dans tout ça et il le sait. Qui s'est inquiété de l'adhésion du Chypre - géographiquement plus à l'est de l'EU que la moitié de la Turquie? Qui pose des questions sur l'adhésion de la Croatie - pays récemment fasciste et coupable de génocide dans les guerres des Balkans? Qui sera contre si l'Islande où le Groenland demandent l'adhésion? Ce n'est pas là la question pour nos politiciens : le Turc, comme vous dites si bien en français, est une tête de turc - si commode, si proche, mais ouf! encore à nos frontières. Qu'on en profite pour taper dessus quand on peut pour gratter quelques petits points dans les sondages! L'Histoire elle décidera autrement. La Turquie sera dans l'EU et tous les politiciens sérieux le savent bien.
Aurais-je commis un crime de lèse-majesté (déjà) contre monsieur Hollande pour que vous n'acceptiez pas la petite leçon de Français que ce grand homme avait bien méritée ?
J'ai noté toutefois que vous aviez pris la liberté de changer le COIT en COI !
Pour le reste, ça peut attendre qu'il reçoive son mail, sans doute.
Avant de prétendre à se faire élire Président de la République, qu'il prenne des cours de Français ou choisisse une "super-plume", pour éviter des bourdes comme celles d'aujourd'hui.
Très cordialement,
La perle.
Et zut ! Encore un commentateur qui passe sous silence la réalité des autres Etats membres de l'Union.
Pas un mot pour constater le rapport de forces qui s'est établi : Contre l'adhésion : La droite conservatrice dans 3 pays (France, Allemagne, Autriche) ; Expectative : 2 pays ( Pays-Bas, Danemark); Pour: 22 autres pays membres de l'Ûnion.
Et ces 22 pays-là se placent déjà résolument dans la perspective d'une adhésion réussie et qui soit bénéficiaire pour tous les partenaires du nouvel ensemble ainsi constitué.
Ou, pour le dire autrement : s'opposant à l'adhésion, la droite conservatrice en France fait du tort non à la Turquie mais à -au moins- 22 autres pays membres qui s'engagent d'ores et déjà dans des partenariats forts, utiles et fructueux avec la Turquie.
Pour rappel : le SPD, partenaire de Mme Merkel dans la coalition au pouvoir, est résolument favorable à l'adhésion. Il a fait de la poursuite des négociations d'adhésion un point du programme de gıouvernement. Et les entreprises allemandes sont actives et présentes en Turquie. Dernier exemple en date et qui n'a rien de secondaire en Turquie : le contrôle technique des véhicules automobiles est confié à une entreprise allemande dans un contrat à long terme. Méthode allemande, matériel allemand, rigueur allemande - les Turcs ont commencé par râler un peu mais ils apprécient la fiabilité et la fin des petits arrangements. C'est ça aussi l'élargissement.
Et moi, électeur et citoyen européen vivant en Turquie, j'apprécie.
sans commentaire:
"Initialement hésitante, l'opinion européenne s'oriente vers un rejet de cette candidature. Dans un sondage publié en 200420, l'idée d'une adhésion de la Turquie était rejetée par 68% des Français et 63% des Allemands, mais 78% des Espagnols et 67% des Italiens y étaient favorables.
Dans le baromètre d'opinion européenne de 200621 61% des sondés européens considèrent que « les différences culturelles entre Turquie et UE sont trop importantes pour permettre une adhésion. » Cette opinion est majoritaire dans tous les pays, à l'exception du Portugal (49%) et du Royaume-Uni (47%). C'est également l'opinion majoritaire en Turquie (avec 55% d'approbation).
En 2008, une nette majorité d'Européens (67%) s'oppose à une éventuelle entrée de la Turquie dans l'Union européenne22, et le rejet de l'adhésion est majoritaire dans tous les pays sondés. Même en Espagne, où le « oui » atteignait 78% en 2004, le « non » devient majoritaire (51%) en 2008."
On voit que la réponse des sondés évolue selon le lieu et selon le temps. Pourquoi? Mais au fait quelle était la question précise, dans quel contexte. Le sondage d'opinion publique fait-il autre chose que d'être un baromètre d'émotion publique? On sait à quelles influences médiatiques elle est due avec les interventions médiatisées de différentes autorités, politiques ou non. Si les évolutions sont possibles elles le sont dans tous les Sens.
Cependant l'idée que se font les sondés de l'Europe et son projet, ce qui est en principe le référentiel à partir duquel porter un jugement, qu'en sait-on? Le flou et la confusion sont certainement les instruments de jugement de l'opinion publique lorsque le projet Européen et le Sens de l'Europe ne sont pas posés, portés, promus. On l'a vu en 2005 où les seules certitudes étaient celles assénées par les manipulateurs d'opinion, les autres n'avaient pas grand chose à dire.
C'est peut-être pour cela qu'il faudrait refonder l'Europe, comme le reste, ne serait-ce que pour donner un fond aux opinions publiques et les débarrasser des seuls jugements émotionnels ou pseudo rationnels qui leurs sont prêtés.
Pas de position prise sur le Sens du projet européen, pas d'évaluation pertinente d'un quelconque mouvement d'opinion publique mais surtout pas de réponse aux questions politiques ou stratégiques européennes ni à l'avenir d'un projet multiséculaire.
Je me souviens de mon professeur de troisième qui attribuait deux notes à nos dissertations (ça existe encore aujourd'hui avec les SMS ?).
La première pour le fond (idées originales) et la seconde pour la forme (fautes de français). On devrait faire pareil pour nos chroniqueurs. J'avais trouvé "mon nègre" (en échange de BD ou de devoirs de maths!) qui m'avait permis d'avoir la meilleure note pour la forme. Mais j'étais nul sur le fond au désespoir de mon prof.
Je crains que si on applique le processus à nos Enarques qui manquent déjà d'idées, ils n'auraient aucune note sur laquelle s'accrocher pour ne pas paraitre nuls à moins qu'ils n'embauchent Marianne comme rédactrice.
Cher Jean,
Vous vous moquez gentiment de moi et vous me reprochez, à demi-mot, mon intransigeance au sujet du Français.
Or, je pense que nous devrions tous l'être, intransigeants.
Il est inadmissible que des hommes politiques, surtout issus de nos plus grandes écoles, surtout lorsqu'ils briguent la place de premier des Français, écrivent dans une langue approximative.
Car de négligence en négligence, l'idée du discours se perd comme dans des sables mouvants.
Un texte qui n'est pas solidement arrimé à la langue, on peut lui faire dire ce qu'on veut.
Très cordialement.
Le débat n'avance toujours pas avec les pauvres arguments de François Hollande qui nous dit qu'être contre l'entrée de la Turquie en Europe, c'est être contre l'islam, c'est être démagogue, c'est être populiste. Et évidemment qui est visé? Nicolas Sarkozy, bien sûr! Ce même président de la République qui accepte que l'UE continue de discuter des conditions d'adhésion d'Ankara, alors qu'il pense que c'est une erreur, peut-on occuper les plus hautes fonctions de l'État et ne pas être sûr de détenir toute la Vérité? Ce ne semble pas être le cas pour Mr Hollande.
Comme toujours, on passe à côté de l'essentiel: les frontières de l'Union Européenne. Est-il légitime de penser que l''UE doive avoir a priori une limite? Si oui, laquelle? Si non, après la Turquie, quels autres pays envisager? un élargissement indéfini ne risque-t-il pas de diluer une volonté et une action européennes fortes? Mais là, nous sommes bien loin de la politique franco-française qui seule intéresse François Hollande.
Je suis intrigué par la campagne de Ms. ARNAUD au sujet du bon usage de votre langue. Mais on m'a toujours appris que la langue de la France s'écrit 'français' et non 'Français'. Les choses ont évolué?
Non monsieur, vous avez tout à fait raison et je vous en demande excuse.
Mais maintenant que je sais que vous êtes un spécialiste de notre langue, souvenez vous de l'histoire de la paille et de la poutre.
Et pour commencer il faut dire : Les choses ont-elles évolué ?
La championne vous salue bien.
SLATE est un journal d'assez haute tenue, et les commentaires des lecteurs montrent qu'il y a une certaine exigence et une volonté de dialoguer de leur part. J'aurais voulu que FH en tire parti:
On aurait pu s'attendre à un article circonstancié et engagé titré quelque chose comme "Pourquoi je suis pour l'adhésion de la Turquie". On aurait pu en discuter (je suis également pour) et s'intéresser au fond des choses. Il y a quand même pas mal d'arguments pour et pas mal d'arguments contre.
Au lieu de ça, FH choisit de cogner dur et, pour paraphraser sa conclusion, subsidiairement, c'est se moquer des électeurs français, la position de NS étant réduite hélas au rôle peu reluisant d'épouvantail à électeur.
En fait, je me suis demandé: Cet article est il une version recyclée à la va vite d'un discours de campagne, ou bien est il vraiment l'élaboration d'une pensée personnelle, ou bien encore, un réflexe irrépressible issu d'une vision surannée de la vie politique (je cogne, donc je suis)? Je serais intéressé d'avoir la réponse.
J'invoque les actes posés dans la perspective de l'adhésion et vous me répondez par des sondages qui reflètent des opinions. Quel sondé sait que le Bade-Wurtemberg a ouvert un bureau à Istanbul pour soutenir les partenariats engagés par les entreprises allemandes en Turquie ? Quel électeur français sait que la Grande-Bretagne a initié un programme destiné aux femmes turques créatrices d'entreprise ? Quel journal français a indiqué que le port d'Ancona a obtenu le soutien de sa région pour établir une ligne de navigation RO-Ro (Roll-on, Roll-off) vers Antakia ?
Bah ! Qui s'intéresse en France à l'avance prise, en Turquie, par les autres Etats-membres dans le processus d'élargissement?
Cet argument me semble bien faible. En effet, on pourrait citer bien des aides de la France en faveur de pays Africains comme le Congo, le Centrafrique, où bien d'autres pays européens sont absents, sans que pour cela ces pays du continent noir aient la moindre chance de rentrer dans l'UE. Ce n'est donc pas parce que certains pays de l'UE investissent en Turquie qu'il prennent de l'avance dans le processus d'élargissement. Je crois que si l'Allemagne ou la Grande-Bretagne sont des investisseurs ou des partenaires en Turquie, c'est que ces pays y ont intérêt comme ils ont intérêt à prendre des positions en Afrique du Sud ou au Nigéria. Si on regarde l'ensemble de ces investissements, on constate que l'UE y joue un rôle modeste et souvent à long terme, mais rarement décisif.
Différents commentaires montrent en effet l'intérêt porté à la question et le désappointement d'en faire un prétexte à chicane politicienne. On peut se demander s'il n'en serait pas de même des lecteurs de Slate et si un débat entre commentateurs ne serait pas enrichissant comme on l'a vu pour d'autres sujets. Il faudrait trouver alors une modalité d'animation ad-hoc. Les chroniqueurs pourraient à leur tour y trouver quelqu'intérêt au-delà de leur horizon quelquefois un peu bouché.
Il faut, me semble-t-il, en revenir aux "fondamentaux", comme l'on dit en économie :
1° La Turquie est, pour la quasi totalité de son territoire, en Asie mineure. C'est une simple constatation géographique, mais elle me paraît tout de même difficile à écarter. Certes, on peut évoquer les îles lointaines qui appartiennent à l'Europe, mais il me semble qu'en la matière, comparaison n'est pas raison.
2° Effectivement, comme l'indique un lecteur, l'adhésion récente de certains États comme la Croatie peut poser problème. Peut-être aurait-il fallu être moins pressé, plus circonspect, avant de les admettre dans l'Union. Si la Turquie pose vraiment problème, c'est peut-être justement parce que c'est un grand pays, original par bien des aspects, doté d'une grande culture et d'un grand peuple. Mais c'est justement ça qui pose problème à nos concitoyens. Les Turcs sont trop... turcs pour devenir vraiment Européens, du moins pour le moment : le crime d'honneur existe toujours sur 90% du territoire turc, même si des lois jamais appliquées l'interdisent. C'est aussi sans doute l'avis, maladroitement exprimé, de la majorité des Français. Et en démocratie, c'est l'avis de la majorité qui doit l'emporter.
Puisqu'il veut 'revenir aux fondamentaux', il faut rappeler à Cyril78 que la Croatie n'est pas membre encore de l'EU mais candidate et que seule la partie orthodoxe du Chypre est membre - une adhésion contestée par personne en l'occurence. Mais passons. Il a raison, comme d'autres, de soulever les difficultés concernant la demande d'adhésion de ce grand (trop grand?) pays qui est la Turquie à notre communauté mais discutons la question sans hypocrisie SVP. On ne peut pas refuser davantage aux Turcs leur adhésion à l'EU parce qu'ils sont trop turcs qu'on pourrait accuser, non sans cause, aux Anglais d'être trop insulaires ou aux Polonais d'être trop Cathos. Les questions à poser à un pays candidat sont 1. Partagez-vous les valeurs communes des pays EU? (démocracie, égalité de tous les citoyens et citoyennes, condamnation de la peine de mort, l'euro, bon sens budgétaire ...) 2. Que pouvez-vous apporter à la communauté? 3. Qu'attendez-vous d'elle? Pan-européen convaincu moi-même, je suis prêt à faire poser ces questions à l'ensemble de nos voisins - aux pays des Balkans, à l'Ukraine, à la Bélorussie et à la Russie même, sans oublié à l'ouest l'Islande et la Groenlande. En fonction des réponses, on jugera. Non pas par referendum (un referendum en Europe aujourd'hui sur la peine de mort verrait son retour dans nos pays...!) mais par un parlement européen réellement réprésentatif de la majorité des citoyens de l'EU. Peut-être arriverions-nous ainsi à créer un ensemble capable de défendre nos valeurs et notre niveau de vie face aux Chinois, aux Indiens et aux Braziliens qui très naturellement ne pensent qu'à défendre les intérêts de leurs énormes pays.
Monsieur Hollande,
je n'ai rien contre vous et je ne suis pas partisan de la gauche. Je suis ici car je suis turc d'origine et de nationalité française (née en france) et je tenais à faire partager mon point de vue sur la Turquie.
Tout d'abord, vous avez très bien souligné que le locataire de l'Élysée n'a pas mis son véto (bonne déduction) et qu'il pavoise avec assez d'invective que la Turquie n'est pas européenne. Soit, mais alors, il y a quelque chose qui m'échappe chez le pompier pyromane.
Donc, n'est il pas temps pour vous de vous démarquer sur ce sujet et enfin le pousser dans les cordes. Peut être, êtes vous trop timoré ? Je vous rappelle, qu'il a les mains liées avec la visite et la déclaration de Barack, contexte géopolitique : rapprochement des russes avec la Turquie, etc... (je ne vais pas faire un dessin).
De quoi avez vous peur au PS, des sondages...
Allez, il est temps d'activer les lumières européennes, c'est à dire que ce projet (Europe) n'est pas la construction d'un bloc identitaire au désarroi des cagots (ex-colonialiste) mais bien un projet qui permet la paix entre les peuples. Et oui, il faut le dire que la paix coûte très chère, bien que certains souhaiterais une bonne guerre pour réactiver leur économie.
Donc la voie est ouverte, mettez le sur le pied du mur... quitte à ce qu'il rompt les négociations (il parlait de rupture à ce que je sache), je pense que la Turquie sera gagnante et vous aussi (enfin le PS). Et moi surtout, car j'en ai plus que marre d'être traité comme un ancien colonisé (dans l'histoire ce ne fût jamais le cas).
Pour finir, je crois que vous avez l'os pour le ridiculiser et ce sera pour le bien de la France. Pour ce qui est des arguments, voyez Michel Rocard qui a compris l'enjeu.
Cordialement
Erdal
A lire l'ensemble des commentaires, j'ai l'impression que l'UE manque d'une définition a priori de ses valeurs et de ses buts, mais surtout de son contenu: géographique, politique, stratégique, social, judiciaire... En effet, l'UE négocie pour savoir si un pays comme la Turquie peut entrer, mais ne se pose jamais la question : Un pays, répondant à tous les critères d'entrée, peut-il être refusé parce que ce n'est pas l'intérêt des états membres? Je pense par exemple à Israël très proche de l'organisation des principaux pays occidentaux(démocratie, pluralisme, droit de l'homme...), l'intérêt de l'UE serait-il de favoriser son entrée(problème diplomatique avec le monde arabe, soutien à un état-membre en guerre, entrée des palestiniens dans l'UE,...)? Je sais qu'il peut paraître assez cynique de raisonner en termes d'intérêt mais il me semble que, si on veut une Europe durable, on ne peut se dispenser de réfléchir sur le long terme.
Actuellement on est sous la pression des pays qui veulent légitimement rentrer dans l'UE. On construit la ville UE comme les villes champignons. De nouveaux quartiers naissent mais il n'y a pas les réseaux pas de route. A la moindre tempête tout peut s'écrouler.
En effet, Michel Rocard qui n'a pas grand chose à perdre a écrit toutes sortes de choses intelligentes sur l'entrée de la Turquie et les conditions sous lesquelles elle pourrait se faire. Malheureusement, qui écoute Michel Rocard?