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Vivre avec deux dollars par jour

Brian Palmer, mis à jour le 21.05.2009 à 10 h 43

Les deux-tiers des Indiens vivent avec moins de 2 dollars par jour et ne sont pas considérés comme pauvres par leur gouvernement.

En Inde, jusqu'où iriez-vous avec deux dollars? Pas très loin à Bombay, mais dans les villages, c'est assez pour vivre. Ceux qui arrivent à s'en sortir avec moins de 2 dollars ne sont d'ailleurs pas qualifiés de pauvres, selon la propre définition du gouvernement indien. (Le seuil national de pauvreté est fixé à un peu moins d'un dollar par jour et concerne 27% de la population). Le chiffre, provenant d'un standard développé par la Banque Mondiale servant à mesurer le développement global, ne dit pas grand chose sur les conditions de vie d'un individu donné dans un lieu donné.

L'Inde, comme les États-Unis, utilise une approche par «panier de biens de consommation courante» pour définir le seuil de pauvreté. Le coût d'un régime alimentaire adéquat et minimum est multiplié par une somme donnée afin d'évaluer le prix de la nourriture et autres produits nécessaires. (Les États-Unis multiplient par trois, parce que la famille américaine moyenne dépense le tiers de ses revenus, après impôts, en alimentation). L'Union Européenne utilise une autre méthode, fondée sur un revenu relatif : le seuil de pauvreté est défini comme un certain pourcentage du revenu médian.

Aucune de ces méthodes ne fonctionne néanmoins à un niveau mondial, ce qui explique pourquoi la Banque Mondiale possède son propre système. L'approche «panier de biens» peut porter à confusion, vu que chaque pays a des biens différents dans son panier, fondé sur des habitudes alimentaires locales. (Le riz représente 31% de la ration calorique indienne, par exemple, contre seulement 2% aux États-Unis.) L'approche par revenu relatif tend à sous-estimer l'indigence dans les pays pauvres, où recevoir 60% du revenu médian consiste toujours à vivre une existence misérable. De même, cette méthode sur-estime la pauvreté au Luxembourg.

Voici 20 ans environ, la Banque mondiale établissait deux standards internationaux de pauvreté : un point de référence à 1 dollar pour définir l'extrême pauvreté (représentant la moyenne des 10 seuils de pauvreté les plus bas au monde) et un niveau à 2 dollars signifiant une vie « proche de la pauvreté » dans les pays en voie de développement, et pauvreté totale partout ailleurs.

Bien que les standards de la Banque mondiale puissent servir comme référence d'un progrès - si moins de gens ont aujourd'hui 2$ pour vivre par jour qu'il y a 10 ans, c'est formidable -, ils n'offrent donc pas un reflet exact de la pauvreté pour un pays en particulier. Par exemple, près de 70% des Indiens vivent toujours dans des villages, la plupart dans des maisons ancestrales, sans loyer. S'ils ne pourront pas s'acheter bientôt un iPod nano, ils parviennent aisément à se nourrir et à s'habiller, ainsi que leur famille. Leurs préoccupations principales - des écoles délabrées, une eau polluée et un accès limité aux soins médicaux -, ne sont pas forcément résolues par une petite augmentation de salaire. Au contraire, un travailleur gagnant 2$ par jour à Bombay dépensera pratiquement toute sa paye pour vivre dans un taudis situé dans un des bidonvilles de la capitale.

Conscient de cette différence, le gouvernement indien utilise un seuil de pauvreté flexible qui varie selon les lieux de résidence. Ceux qui vivent dans les régions rurales sont considérés comment pauvres s'ils gagnent moins de 66 cents par jour, seuil qui est de 83 cents pour les citadins. L'Inde ajuste aussi ce statut en tenant compte de ceux qui, s'ils n'ont aucune liquidité, profitent tout de même de possessions familiales, telles une maison ou une terre cultivable. 

Brian Palmer

Traduit par Peggy Sastre

Photo: Dans un bidonville de Mumbai   Reuters

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