Voyager autrement
«Tu fais quoi, toi, pendant les vacances?»
- -
Loin des classiques agences de voyage, nous avons parcouru les sentiers battus afin de dénicher les nouvelles manières de voyager, alternatives aux tours opérateurs traditionnels. Il en existe des centaines.
Les mots redondants sur leurs sites envoûtants: dépaysement, sens, rencontre, proximité, engagement, population, utile, indépendance, échange, solidaire, équitable, découverte, aventure, dépassement de soi etc. Faire du touriste un voyageur, un autre regard sur le monde, donner un sens au voyage, ces petites phrases sont témoins d'une attente réelle, d'un retour à des valeurs simples, profondes et liantes.
Dans les miroirs des professionnels du tourisme, il n'est pas difficile d'observer le sens donné aux voyages. Une quête infinie qui se décline en mille saveurs, en voici un petit condensé:
Voyage en solidaire, un pari équitable
«Marier le tourisme classique avec un ancrage sur la réalité des pays, rencontrer les acteurs du développement, et devenir soi-même acteur, c'est ce que propose notre agence Voyager Autrement», explique Marianne Didierjean. Une agence touristique qui se veut responsable et solidaire. C'est-à-dire?
Une destination (souvent un pays en voie de développement) et des objectifs: ponctuer le séjour par des rencontres avec des associations locales œuvrant pour le pays, partir en petits groupes et partager des valeurs communes, s'intéresser à la vie des autres, avoir un contact privilégié avec les populations. Bref, un cocktail de proximité dans l'espoir d'échanger et de mieux comprendre.
La concurrence est rude. Chacun son filon, chacun sa destination, chacun sa déclinaison de thèmes, mais une envie commune: lier les attentes des voyageurs et les modes de vie des populations. La plupart des agences de voyage ou des associations dites «solidaires» et «équitables» travaillent en collaboration avec des prestataires locaux et reversent une partie de leur budget à des micros projets ou des associations locales. «Notre premier engagement est de rémunérer le travail des populations locales à leur juste valeur» précise Claire Minvielle de l'association La Route des Sens, membre de la fédération du tourisme équitable et solidaire (ATES). Le public est particulièrement éclectique: étudiants, jeunes couples, familles, retraités... Tous recherchent des contacts privilégiés avec les populations.
La vie en vert
Un voyage aux contours de la planète. A l'heure où les enjeux environnementaux sont de la plus haute importance, l'alternative «écologique» se décline sur les voyages. L'objectif répond aux attentes des intéressés: renouement avec la nature, respect de l'environnement, dépaysement total. Il reste sans doute peu d'endroits sur Terre où l'homme n'a pas foulé le sol de ses pas. Pourtant, ils se comptent en milliers, à préserver.
Depuis 40 ans, la petite agence de trekking, Hommes et Montagnes allie protection de l'environnement et randonnées dans le désert et dans les montagnes. Des vacances écologiques organisées au plus près de la nature. Florence nous raconte par exemple, qu'au Maroc, les journées des marcheurs sont rythmées en fonction des horaires du soleil: levée à l'aube, sieste aux heures chaudes, marche vers le coucher du soleil.
Chaque thématique de voyage a pour volonté de limiter au maximum l'impact écologique: au programme, bivouac, bougies, repas au feu de bois... La demande est en pleine progression.
Je rêve de dormir...
Dans les arbres. Moi Tarzan, je grimpe à l'échelle, j'allume ma lampe à pétrole, j'admire le paysage du haut de mon perchoir, je suis réveillé aux aurores par les animaux de la forêt, je tire le panier en poulie de mon petit-déjeuner...et j'ai l'impression, d'être le roi du monde. La cabane dans les arbres, douillette, écolo, boisée, un concept en vogue, où grimper, absolument.
Dans un lit au pré. Le principe: une tente aménagée au milieu d'un pré, accolée à un corps de ferme. 45 m2 tout équipé pour un citadin classique transformé en robinson chic.
Dans une grotte troglodyte. Chambrettes nichées dans la pierre. Petits recoins et roches à même le mur, une manière d'imaginer en conforté, les sensations de nos ancêtres préhistoriques...
Dans une roulotte. Plongez-vous dans l'univers de la famille Tant Mieux (lointaine bibliothèque rose...) Découverte de la campagne française, roulotte en bois d'antan, feu follet chantant au son de la guitare, une aventure bohême, apparemment.
Lieux incongrus, confondus avec la nature, les idées se multiplient d'années en années. Des concepts souvent simples et vendeurs, tout droit sortis de l'imagination des enfants...
Le voyage expérimental
Entre curiosité, voyeurisme et sensations fortes, le voyage alternatif se compose aussi d'expériences hors normes, dont le prix est à payer:
700 dollars pour devenir moine. Une initiation au bouddhisme proposée par une petite ONG appelée Monk for Month.
A partir de 1500 euros, pour découvrir la vie sur les rails. Le transsibérien propose une aventure sur près de la moitié de la terre.
15 000 dollars pour une croisière à bord d'un paquebot japonais. La société Peaceboat embarque pour trois mois, 800 passagers à la rencontre des populations de pays en conflit.
Les propositions ne cessent de multiplier autour du tourisme de guerre, au programme visite des favelas de Rio de Janeiro, périple de quelque jours au Kurdistan au nord de l'Irak...
Bus, train, bateau, avion, vélo, mobylette. Isolement de la brousse, frénésie de la ville, lit douillet, matelas à même le sol. Le voyage prend sens à la carte de chacun.«Il est à lui tout seul un mode de vie» confie Franck Chauvery un membre de l'association l'Aventure du bout du Monde. Classique ou alternatif, solidaire ou solitaire, adepte du changement, déclinaison des genres, force de rencontres, le voyage, dans tous les cas, mène une quête infinie sur les chemins de la liberté.
Charlotte Duperray
Crédit photo: globe terrestre ancien, Toastyken, Creative Commons, FLICKR
Mis à jour le 20/05/2009 à 18h30










































Et si plutôt que d'avoir recours à des agences qui mâchent le travail vous découvriez le plaisir de voyager par vous même ?
Déjà avant le départ la recherche des sites, moyens de transports, hébergements, vous oblige à faire connaissance avec le pays et ses habitants, vous êtes déjà parti le soir dans votre fauteuil ou sur internet.
A l'arrivée, le fait d'être peu nombreux au lieu d'être dans un groupe facilité les contacts et tous les petits avatars d'un voyage ne font que renforcer cette rencontre alors qu'avec une agence tout est prévu et sans aléa et s'il s'en trouve, vous râlez car vous estimez que l'agence n'a pas fait son boulot.
Un dernier conseil déplacement à pied ou en bus ça facilite encore plus les rencontres.
Votre article est une belle déclinaison de possibilités pour voyager même autrement et inciter le quidam à s'échapper !
S'échapper de quoi et pourquoi ? L'aventure encore et toujours d'autant que nous vivons une période de récession et que la France vit depuis deux mois au rythme des vacances scolaires et des ponts à rallonge.
Votre article est très intéressant car il montre quelque part que le Français a besoin d'ailleurs mais pas seul, mais pas chez lui ! Non, loin et si possible original car il ne faut pas s'ennuyer.
Cela relève un peu de la psychiatrie : pourquoi un peuple a-t-il besoin de manière compulsive à s'aérer l'esprit ? Le bonheur est-il toujours ailleurs, plus loin, plus cher et pas très écolo ?
Toujours est-il que les grandes vacances se font sentir et le challenge, cette année de crise, est de susciter l'envie pour ne pas mécontenter toute la filière du tourisme ....
Et le pouvoir d'achat dans tout cela ?
Le tourisme nous renseigne sur l'évolution du monde et particulièrement les rapports que nous entretenons les uns avec les autres et avec nous-mêmes. Personne ne contestera l'importance du tourisme pour de très nombreux pays y compris ceux qui cherchent à s'ouvrir à d'autres ressources.
Seulement le tourisme est lieu de contradictions, de logiques antagonistes.
Par exemple il y a un tourisme d'évasion où c'est de soi qu'il s'agit de s'évader, se distraire, et par suite se mettre en « vacance ». Cette vacuité, reposante certes, n'est pas disponible à la rencontre de l'autre mais à la consommation de satisfactions exotiques bien calibrées et sécurisées.
A l'inverse il y a un tourisme d'implication qui va à la rencontre d'autres, dans les richesses et modes de vie qui sont les leurs. Pas n'importe lesquels mais ceux dont on a envie de partager les valeurs, avec qui on aime créer des liens familiers, avec lesquels on peut en venir à partager des enjeux.
C'est bien de cela qu'il est question dans cet article, en contrepoint des stéréotypes du tourisme de l'ère industrielle dont il fallait pouvoir s'évader, une certaine conception du travail aussi. Tourisme de masse ou de niches, tourisme de régression, de consommation. Toute une indutrie du tourisme a été construite là-dessus.
Le tourisme de rencontre ou tourisme des valeurs se met à la découverte d'un Sens du bien commun qui est celui d'autres communautés, d'autres cultures, d'autres modes de vie, et d'autres engagements bien souvent.
Cependant il reste une ambiguïté trop souvent inaperçue qui est celle de l'exportation d'une bonne conscience qui se soucie surtout de se valoriser par ses propres valeurs, imposées aux autres. Un néo-colonialisme manifeste, un individualisme idéologique qui méconnait les valeurs des autres a forgé un type de touriste, nomade ou agent de développement des autres. Les pays hôtes s'en méfient ou en exploitent le filon.
Par contre le tourisme des valeurs est pour chaque communauté d'accueil un vecteur de développement. D'une part par la mise en valeur d'une identité et des potentiels culturels propres et d'autre part par l'attractivité qui en découle et permet de nouer des liens d'enrichissement mutuels avec des touristes, c'est-à-dire des partenaires extérieurs. Façon d'élargir la communauté.
Alors pour apprécier les nouvelles formes de tourisme il est important de se demander sur quelles valeurs il se déploie, celles des hôtes ou celles des touristes. Le commerce des valeurs pourrait-il devenir un commerce équitable? Pour en savoir plus, voir : Le tourisme des valeurs.