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L'évolution de Barack Obama sur le mariage gay est celle des homosexuels américains

Temps de lecture : 3 min

Les homosexuels se reconnaissent dans le président américain et dans sa progression par rapport au mariage de personnes du même sexe.

 Marche pour l'égalité, à Washington DC  / Talk Radio News Service via FlickrCC Licence by
Marche pour l'égalité, à Washington DC / Talk Radio News Service via FlickrCC Licence by

Depuis le début de son mandat, le président Barack Obama a soutenu l’abolition du «Don’t ask, don’t tell», a ajouté l’orientation et l’identité sexuelles à la liste des motifs de crimes de haine punis par la loi, a fait passer une loi fédérale pour interdire la discrimination anti-homosexuels à l’emploi et a rejeté le Defense of Marriage Act (loi de protection du mariage, DOMA). Pourquoi alors est-il donc si important qu’il ait déclaré le 9 mai à ABC être en faveur du droit au mariage pour les personnes de même sexe? Etait-ce le signe que les homosexuels attendaient tant?

La prise de position d’Obama sur l’acceptation morale du mariage entre personnes de même sexe ne l’engage pas vraiment par principe. La réglementation sur le mariage est généralement l’affaire des provinces et non celle de Washington et le président a déjà demandé à ses magistrats de rejeter la DOMA. Ses croyances personnelles n’affectent pas directement les droits et les vies des homosexuels qui souhaitent se marier.

Mais, bien entendu, au final, tout cela n’est qu’un détail. L’influence du président est sans doute l’aspect le plus important de sa fonction: ce qu’il croit et dit influe sur les pensées et les comportements des Américains moyens, ainsi que les lois qu’ils sont disposés à accepter. Les quelques mots prononcés aujourd’hui par Obama ont poussé bon nombre de défenseurs des LGBT à annoncer immédiatement qu’ils allaient faire leur maximum pour financer sa campagne de réélection (mon ami et moi-même y sommes aussi allés de notre contribution).

Sans doute pensent-ils que la déclaration d’Obama va accélérer l’égalité des droits, mais surtout, l’annonce d’Obama est en soi une forme d’affirmation. Et, pour notre plus grande surprise, cela est peut-être en train de devenir de plus en plus important pour la communauté LGBT.

Le droit à l'égalité

Des décennies durant, le mouvement pour les droits des homosexuels s’est battu afin de préserver un certain droit à la vie privée, faire en sorte que le gouvernement nous laisse libres d’avoir des mœurs que beaucoup réprouvent. Nous ne demandions rien d’autre qu’un peu de tolérance. De toutes façons, qui avait besoin de l’autorisation de l’Etat pour s’aimer? Un essai très influent publié en 1989 par la célèbre juriste lesbienne Paula Ettelbrick avait pour titre «Depuis quand le mariage est-il la voie de la libération?».

Taxés d’immoralité, fuis comme des pestiférés, considérés comme frivoles, nos demandes de législation pour l’égalité étaient encore qualifiées de «facétieuses» par la Cour suprême en 1986. Il n’y a rien d’étonnant à ce que nous ayons eu pour objectif principal que l’on nous laisse tranquilles.

Toutefois, ce droit à la vie privée n’était pas suffisant. Il ne pouvait pas l’être. Tout comme les afro-américains qui boycottaient les bus pour protester contre les lois allant à l’encontre de leur dignité, les Américains LGBT en sont venus à considérer tout ce qui les tenait à distance de l’espace occupé par les autres Américains comme une inégalité flagrante. C’est pourquoi l’évolution d’Obama est importante.

L’attachement au terme même de «mariage» a parfois été qualifié de symbolique, mais il s’agit en fait d’un combat pour l’égalité la plus basique. Obama affirmait autrefois qu’il était pour donner aux couples homosexuels exactement les mêmes droits qu’aux hétérosexuels, mais sans appeler leur union «mariage». Cela n’avait aucun sens. L’égalité, c’est le partage du mot. Nous ne pouvons avoir les mêmes droits et devoirs par rapport au mariage si nous n’occupons pas la même place que les autres Américains.

L'évolution d'Obama sur le mariage gay

Nous étions impatients de voir le président changer d’avis à propos du mariage gay, mais il ne faut pas oublier que cette évolution fait, à bien des égards, écho au mouvement LGBT même. Et certains d’entre nous continuent à évoluer: nous ne sommes pas tous bien certains de vouloir, à la lumière de l’histoire, accorder de l’importance à l’approbation morale des autres.

Il faut comprendre une chose: Obama a pris un risque politique. Pour nous et pour ce qu’il pense être juste. Il a fait preuve de courage moral. Certes, cela n’a pas été sans calcul au moment de choisir (du moins, peut-être, pour Joe Biden). Et peut-être pensait-il aussi autant à séduire les républicains modérés, qui aiment l’idée que l’on se batte pour des principes, qu’à ce qui lui semblait juste.

Il sera plus facile pour Obama de reprocher à Mitt Romney son manque de sens moral s’il ne joue pas lui-même les girouettes. En outre, incarner l’avenir plutôt que le passé est un atout certain dans une campagne politique. D’un seul coup, Mitt Romney ressemble à un homme de Neandertal avec son amendement constitutionnel visant à interdire les mariages entre personnes du même sexe.

Les choses auraient pu être bien différentes si, au lieu d’être un simple chantre de la tolérance, Obama avait tout de suite été ce qu’il est devenu aujourd’hui: le partisan d’une vraie égalité. Mais, une fois de plus, il en va de même pour les LGBT eux-mêmes. C’est sans doute ce qui explique pourquoi les homosexuels se soucient autant de l’évolution du président –elle nous renvoie à la nôtre. Nous nous retrouvons en lui.

Nathaniel Frank

Traduit par Yann Champion

Nathaniel Frank Directeur du WhatWe Know Project de la Columbia Law School

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