Monde

Populisme du nord et islamisme du sud se nourrissent l'un l'autre

Daniel Vernet, mis à jour le 22.05.2012 à 9 h 05

De la Finlande à la France, de l’Autriche aux Pays-Bas, la droite extrême prospère sur la dénonciation de l’islam, comme religion et surtout comme culture étrangère aux traditions européennes. En Tunisie, en Egypte, au Maroc, les partis islamistes progressent.

Une jeune femme musulmane prend une photo des fleurs en hommage aux victimes d'Anders Breivik, à Oslo en juillet 2011. REUTERS/Cathal McNaughton

Une jeune femme musulmane prend une photo des fleurs en hommage aux victimes d'Anders Breivik, à Oslo en juillet 2011. REUTERS/Cathal McNaughton

Dans les années 1980, François Mitterrand disait: les fusées sont à l’Est et les pacifistes à l’Ouest. Avec la montée des partis populistes en Europe et le résultat des élections dans les pays arabes, il est tentant de le paraphraser: les islamophobes sont au nord, et les islamistes au sud. Sous-entendu de la Méditerranée.

De la Finlande à la France, de l’Autriche aux Pays-Bas, la droite extrême prospère sur la dénonciation de l’islam, comme religion et surtout comme culture étrangère aux traditions européennes. En Tunisie, en Egypte, au Maroc, les partis islamistes progressent. La chute des dictateurs dans les deux premiers pays et les réformes institutionnelles dans le royaume chérifien ont permis aux tenants d’un islam radical, plus tentés par l’imposition de la charia que préoccupés par le respect des droits humains universels, d’obtenir des succès populaires.

Le «printemps arabe» de 2011 avait porté haut le drapeau de la liberté, voire de la démocratie, même si les manifestants de Tunis ou du Caire prenaient soin de préciser que leur conception de la démocratie n’était pas nécessairement aux couleurs occidentales.

Après le printemps, les islamistes

Les premières élections libres ont donné la victoire aux formations qui dans l’ombre et dans l’opposition aux dictatures avaient tissé des réseaux dans la société et qui étaient en mesure de proposer une idéologie religieuse.

Les «libéraux» ne disposaient ni d’un corps de doctrine audible par les couches populaires, ni d’une organisation capable de mobiliser les électeurs. Sans doute n’en sera-t-il pas toujours ainsi. Dans l’hypothèse d’une stabilisation de la vie politique et de la pérennité des élections libres, l’alternance au pouvoir de forces représentants des courants différents ne peut être exclue.

Surtout si les islamistes qui sont arrivés au pouvoir se montrent incapables de résoudre les problèmes économiques et sociaux qui ont été la cause principale des soulèvements de l’an dernier.

En attendant, c’est avec les islamistes qu’il faut compter de l’autre côté de la Méditerranée. Il est possible de faire la distinction entre les «modérés» –aujourd’hui les Frères musulmans, sous leurs diverses apparitions— et les radicaux, essentiellement les salafistes.

Quelles limites? La charia?

Comme le disait Alain Juppé quand, revenant au ministère des Affaires étrangères, il a défini la nouvelle politique arabe de la France, il est possible de parler avec les islamistes à condition que certaines lignes rouges ne soient pas franchies: respect des droits fondamentaux, respect du choix libre des électeurs, acceptation de l’alternance au pouvoir.

Il n’est pas toujours facile de juger de la pertinence de ces critères et surtout de leur observation. Des débats existent chez les spécialistes de l’islam par exemple à propos de la charia et de son application. Ces débats, les idées reçues et les préjugés nourrissent les craintes de ce côté-ci de la Méditerranée. Les fantasmes concernant l’islam n’ont certes pas besoin de l’islamisme pour fleurir, mais l’islamisme les renforce.

Dans les temps troublés, les périodes de crise, voire simplement les campagnes électorales, l’amalgame entre islam et islamisme est une facilité que ne négligent pas les populistes de droite.

Cette montée parallèle de l’islamophobie au nord et de l’islamisme au sud va compliquer la relance pourtant indispensable de la coopération entre l’Europe et le sud de la Méditerranée. Il y a un an, on aurait pu penser qu’au contraire elle serait rendue plus aisée par le «printemps arabe».

C’était évidemment oublier que les démocraties européennes s’étaient dans le passé accommodées sans trop de peine des dictatures arabes et avaient même élevé les autocrates au rang d’interlocuteurs valables, au nom de la lutte commune contre l’islamisme. Dans l’Union pour la Méditerranée (UPM) lancée en 2008 à grand renfort de publicité, Nicolas Sarkozy avait choisi l’Egyptien Hosni Moubarak pour en partager avec lui la présidence.

L’UPM n’a pas mieux réussi que le «processus de Barcelone» qu’elle était supposée remplacer. En France, la gauche comme la droite s’accordent pour dire qu’elle doit être repensée mais il n’est pas sûr que les conditions soient aujourd’hui meilleures qu’il y a quatre ans. La demande des pays du sud reste la même: investissements et libre circulation des personnes. Cette dernière revendication fait l’effet, au nord, d’un chiffon rouge que la droite extrême agite pour doubler la droite et effrayer la gauche.

Daniel Vernet

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Journaliste
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