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Votre coeur va-t-il bientôt lâcher?

Kléber Ducé, mis à jour le 19.05.2009 à 11 h 41

La simple prise du pouls, dans des situation de stress, permet de prédire le risque de mort subite.

Si j'osais, je formulerais l'affaire de manière simple, provocatrice, pour ne pas dire racoleuse. Sur le mode: «Souhaitez-vous savoir si votre cœur va vous lâcher ?». De préférence à : «Etes-vous personnellement exposé à un risque anormalement élevé de «mort subite »?»  Mais, mon Dieu,  faudrait-il  s'indigner du racolage quand, pour une fois, il peut être au service de la santé publique ?

Au delà de la formulation la chose est acquise:  il est désormais possible de savoir - qui plus est de manière gratuite ou presque- si votre cœur pourrait, avant l'heure, cesser brutalement de battre; et ce pour des raisons que la raison explore de mieux en mieux. On doit cette trouvaille à Xavier Jouven et à ses collaborateurs du Centre de recherche cardiovasculaire de Paris (Unité Inserm 970) ; mais aussi aux 7 746 agents de police de la Préfecture de Police de Paris qui ont accepté de subir régulièrement une batterie d'examens médicaux entre 1967 et 1972.

Résumons l'affaire à l'essentiel, tout en précisant que les amateurs et les spécialistes peuvent en découvrir tous les détails dans la prestigieuse revue European Heart Journal. Les chercheurs ont mené leur travail à partir des précieuses données policières colligées dans «l'Enquête Prospective Parisienne I» ; et notamment à partir des épreuves d'effort sur bicyclettes immobiles pratiquées par les 7 746 fonctionnaires de police. La fréquence cardiaque de ces derniers avait été mesurée au repos, puis à nouveau quelques minutes avant l'épreuve.

Ces chercheurs ont postulé qu'à ce moment-là (soit quelques minutes avant de devoir pédaler mais déjà assis sur la selle du vélocipède sur rouleaux)  les policiers fonctionnaires étaient sujets à ce que l'on pourrait dénommer «un léger stress mental» dû à l'appréhension de devoir bientôt user intensément leurs muscles jambiers.  La fréquence cardiaque était ensuite mesurée pendant l'effort ainsi que durant la phase de récupération.

Au fil du temps (soit pendant une période moyenne de vingt-trois ans) les statisticiens ont enregistré dans le groupe 1 516 décès parmi lesquels 81 «morts subites» faisant suite à une crise cardiaque. Or les analyses rétrospectives démontrent aujourd'hui que le risque de  mort subite par arrêt cardiaque était d'autant plus important que l'augmentation de la fréquence cardiaque durant  le «léger stress mental» avait été importante. Aucun biais possible : cette conclusion est formulée en
prenant en compte tous les facteurs trop bien connus de risque cardiovasculaire : consommation de tabac, surchage pondérale, sédentarité, âge, hypercholestérolémie, diabète etc.

Concrètement :  les hommes dont l'augmentation de la fréquence cardiaque avait été la plus importante lors du stress (soit une augmentation de plus de 12 battements par minute) présentaient un risque de mortalité deux fois plus élevé que ceux dont l'augmentation de la fréquence cardiaque avait été la plus faible (augmentation de moins de 4 battements par minute). A l'inverse les fonctionnaires de police dont l'augmentation de la fréquence cardiaque avait été la plus élevée pendant le test d'effort lui-même présentaient un risque de mort subite réduit de plus de la moitié par rapport à ceux dont la fréquence cardiaque avait le moins augmenté pendant le test d'effort.

Ajoutons qu'aucune mort subite par arrêt cardiaque n'a été observée chez les 440 hommes dont la fréquence cardiaque avait à la fois le moins augmenté pendant le léger stress mental et le plus augmenté pendant le test d'effort. Et terminons en précisant que la plus forte proportion de morts subites a été observée chez les hommes dont la fréquence cardiaque avait à la fois le plus augmenté lors du léger stress mental et le moins augmenté pendant l'effort. En clair les auteurs de cette étude expliquent avoir démontré qu'une augmentation importante de la fréquence cardiaque lors d'un léger stress est une variable « fortement prédictive de mort subite ».

En d'autres termes, face à la menace, mieux vaut rester calme. Encore faut-il le pouvoir. Et dans ce domaine rien n'est encore très clair. Les spécialistes évoquent des intercations entre le si bien nommé « nerf vague » (très impliqué les fonctions inconscientes de l'organisme comme les pulsations cardiaque) et l'activation du système gentiment qaulifié de « sympathique » (responsable -entre autre- de l'augmentation de la fréquence cardiaque, de la dilatation/réduction de la lumière des vaisseaux sanguins dans l'ensemble de notre corps).

« Ces résultats pourraient avoir des implications considérables en pratique clinique, estime Xavier Jouven. Peu d'examens médicaux sont aussi simples et économiques à obtenir à grande échelle dans la population que l augmentation de fréquence cardiaque au stress. Prendre le pouls d'une personne est un acte médical pratiqué depuis des milliers d'années dans le cadre de l'examen clinique et notre étude montre à présent qu'il peut être utilisé comme marqueur pronostique. Ces résultats contribueront à une meilleure compréhension des mécanismes de la mort subite. »

Attention: ces données ne sont -pour l'heure- valables que pour les hommes. Rien n'interdit donc à ces derniers de prendre son plus au repos puis de faire de même en situation de « léger stress mental », et Dieu sait si la situation peut, de nos jours, être fréquente, de nos jours. Calculer la différence. Et en fonction du comportement de votre palpitant contactez votre médecin traitant. Vous pouvez aussi directement évoquer le sujet avec votre cardiologue préféré.

La mort subite par arrêt cardiaque est chaque année à l'origine de 40 000 morts prématurées en France. Le bilan est de 486 000 décès dans les 27 pays de l'Union Européenne. Et, malheureusement, moins de 5 % des victimes de crises cardiaques sont, pour diverses raisons (dont le manque criant de défibrillateurs dans les espaces publics) réanimées avec succès.

Kléber Ducé

Photo: Unité de soins intensifs  Reuters

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