Y avait-il des obèses il y a 35 000 ans?
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Les chercheurs disent que la statuette «Vénus», trouvée en 2008 dans le sud de l'Allemagne, vieille d'environ 35 000 ans, serait la plus ancienne sculpture jamais trouvée. C'est une statuette sexuellement suggestive - large poitrine, large croupe - qui serait censée représenter la fertilité. Mais, à l'évidence, elle est aussi extrêmement grasse. Y avait-il des obèses dans les temps préhistoriques ?
Très peu, voire aucun. L'obésité est définie par un indice de masse corporelle supérieur à 30 - peser 100kg quand on mesure 1,55 m, par exemple. Le meilleur indice relatif aux silhouettes des peuples préhistoriques se trouve dans les sociétés actuelles dont le style de vie est comparable - c'est-à-dire les chasseurs-cueilleurs. Des San du Botswana aux Pygmées de l'Afrique centrale, en passant par les Batek de Malaisie, les groupes appartenant à cette catégorie sont en général petits et très maigres. Les Bakas du Cameroun, par exemple, font en moyenne 1,52m pour 47 kg environ, ce qui leur fait un IMC aux alentours de 20. Les chasseurs-cueilleurs sont en général minces parce qu'ils se nourrissent très largement de fruits et de légumes, de tubercules du sous-sol et, dans certaines régions d'Afrique, de miel. Ils puisent aussi des calories dans la viande des animaux et quelques-uns de leurs régimes sont particulièrement riches en poisson. Mais de nombreuses tribus insistent sur le partage équitable de la viande et il y en a rarement assez pour qu'un individu puisse en profiter pour grossir. Les chasseurs-cueilleurs restent aussi minces, et ce n'est pas étonnant, parce que leur mode de vie est en général actif.
Les fossiles ne nous aident pas trop pour savoir quelle était la forme physique des humains de l'âge de pierre puisque, pour la plupart, les os d'un homme de 68 kg sont identiques à ceux d'un homme de 113 kg. Beaucoup de vieux squelettes présentent des marques de fractures ou des signes d'arthrose, mais il est difficile de dire si ces stigmates de dégradation sont dus à l'obésité. Les hommes de Neandertal, voici 200 000 ans, étaient plus petits et plus massifs que nous, mais, là encore, aucune preuve pour attester de leur obésité.
Selon toute vraisemblance l'obésité a commencé avec les débuts de l'agriculture, il y a 12 000 ans. Les surplus de nourriture et le mode de vie relativement sédentaire des villages rendaient la surconsommation possible pour la première fois dans l'histoire humaine. Un autre facteur fut l'avènement des aliments industriels, avec l'invention des meules à rouleau en acier à la fin du XIXème siècle, et la possibilité de les commercialiser à grande échelle. Les graines et autres glucides réduits en farine sont plus faciles à digérer. Ce qui fait que vous avez faim plus vite. Selon les théories de certains scientifiques, si jadis les gens étaient plus minces, c'est aussi parce qu'ils étaient plus exposés aux infections. (Si vous mangez des carottes que vous avez sorties de terre - et non pas d'un film plastique -, vous avez plus de chances de subir constamment de mineures attaques parasitaires). Quand vous combattez une infection, la température de votre corps grimpe, et vous brûlez plus de calories.
Certaines femmes des sociétés de chasseurs-cueilleurs ont des fesses anormalement larges, un trait appelé stéatopygie. C'est particulièrement répandu chez les Khoïkhoï d'Afrique du sud et les tribus des îles Andaman. Et parfois considéré comme un signe de beauté ayant pu inspirer certaines anciennes statuettes des plus voluptueuses. L'exemple le plus célèbre de stéatopygie a été la Vénus Hottentote, une femme khoïkhoï dont les caractéristiques physiques l'ont transformée en phénomène de foire dans l'Europe du XIXème siècle.
Christopher Beam
Article traduit par Peggy Sastre.
Photo: Danseurs déguisés en hommes des cavernes lors du carnaval de Rio Reuters
Mis à jour le 22/05/2009 à 10h52














































Les scènes dans l'espace du film d'animation Wall-E en disent long sur notre futur mode de vie sédentaire et oisif...
D’accord avec les remarques de l’auteur, j’aimerais ajouter quelques points pour enrichir le débat. L’obésité est la conséquence d’une interaction gène/environnement pervertie. Certains sujets ayant une susceptibilité génétique à devenir obèses vont la voir révélée dans notre environnement moderne. Une théorie interprétative a été proposée depuis plusieurs années (Neel J. (1962). Diabetes mellitus : a "thrifty" genotype rendered detrimental by progress? Am J Human Genet 14, 353-362.). Une autre interprétation a été avancée plus récemment pour expliquer la prédisposition génétique à l’obésité, il s’agit de la « Predation release hypothesis » qui mérite également réflexion (Speakman JR. (2007). A nonadaptive scenario explaining the genetic predisposition to obesity: the "predation release" hypothesis. Cell metabolism 6, 5-12.). Elle mérite réflexion.
Les transitions économique et comportementale essentielle qui caractérisent la transition du statut de chasseur-cueilleur à celui du sédentaire agriculteur a certainement été un grand pas vers le premier risque de déséquilibre énergétique et d’obésité. Les derniers chasseurs cueilleurs que l’on croise sur la terre sont loin d’être obèses. Une des constantes de leur mode de vie est la persistance d’une activité physique intense avec une alimentation sobre et aléatoire. Nous affrontons une autre mutation majeure de nos modes de vie : l’abondance de la nourriture bon marché à forte densité énergétique par le plus grand nombre (dans les sociétés nanties, bien sûr), la mécanisation de toutes les tâches difficiles, la sédentarisation renforcée, la protection thermique prolongée viennent aggraver la situation.
Il faut bien remarquer qu’une des constantes de nos sociétés se caractérise par la chute vertigineuse de l’activité physique qui affecte la plupart de celles qui accèdent au sacro-saint mode de vie occidentalisé. Pour parfaire l’affaire, on va scotcher les gens devant des écrans afin de parfaire leur sédentarisation. De plus, la prévention de tout stress thermique, la généralisation du transport motorisé, la mécanisation de tous nos actes même les plus simples (volets roulants, télécommandes) vont parfaire le tout. Je n’évoque même pas la consommation régulière du « junk food » qui envahit notre espace vital car je pense avec A. Prentice que c’est l’inactivité physique qui est la pire des choses (Prentice AM & Jebb SA. (1995). Obesity in Britain : Gluttony or sloth? BMJ 311, 437-439). Il va falloir avoir de bons gènes pour éviter la catastrophe.
Dernière remarque pour enrichir la réflexion sur la graisse et l’obésité. Le développement du tissu adipeux est une garantie de survie du petit homme ; il limite le risque de mortalité précoce (transition naissance/lactation) et pendant les périodes turbulentes de la petite enfance (sevrage, infections). L’homme diffère de la plupart des mammifères, incluant les primates évolués, par le fait qu’il accumule des quantités notables de graisse in utero. Le nouveau-né humain est un des nouveau-nés des plus gras à la naissance. Cette accumulation importante de graisse n’est pas totalement comprise. Pour certains cet avantage, d’un point de vue évolutif serait à mettre en relation avec la taille du cerveau, gros consommateur d’énergie. Cette réserve d’énergie précoce permettrait d’assumer un minimum d’apport énergétique au cerveau du nouveau-né lorsqu’il y a défaillance d’apport de la mère ou des personnes assurant sa survie. Ne pas oublier que les réserves graisseuses sont mobilisées pendant les infections et donnent des chances de survie prolongée.