Economie

La fin de la récession?

Oriane Claire, mis à jour le 19.05.2009 à 9 h 59

Les économistes du privé sont en général plus optimistes que les autres. Pourquoi?

Les économistes, on en a besoin, d'accord, mais pourquoi au juste? Si on tape sur google la question, «à quoi servent les économistes?», une page entière de liens apparaît. Nombreux  sont donc ceux à se le demander. En revanche, les réponses ne sont guère complaisantes à l'égard de ces experts et on lit clairement quelques arguments en leur défaveur : «À quoi servent donc  des gens qui ne savent qu'expliquer le lendemain ce qu'ils n'ont pas su prévoir la veille. Des médecins qui ne voient pas venir la maladie et qui ensuite ne savent pas comment la soigner sont-ils réellement utiles ?».

En filigrane, on retrouve l'idée que « leurs prévisions sont loin d'être fiables, qu'ils sont capables de dire tout et son contraire ». Bref, qu'ils sont mauvais. La preuve : ils n'avaient même pas prévu la crise...

Pour autant, il est difficile de vivre sans prévision, les projets ont besoin de visibilité pour être mis en place. Avec un taux de croissance du PIB (Produit intérieur brut) en recul de 4,6% sur la zone euro en un an et un rythme de contraction record en France de -1.2% sur le premier trimestre, il y a de quoi se montrer inquiet. Alors pour ceux qui considèrent que les prévisions des économistes ont une probabilité d'occurrence bien trop aléatoire, quelle alternative leur restent-ils dans ce monde où l'incertitude n'a jamais été aussi vivace, et les inquiétudes plus que jamais justifiées?

Hormis faire appel à l'éclairage d'un astrologue ou d'un voyant difficile d'entrevoir d'autres solutions. Les sciences occultes sont, du reste, fréquemment utilisées par les grands dirigeants de ce monde, preuve de leur utilité dans les prises de décisions... rien ne sert donc de se moquer. C'est d'ailleurs là où les modèles économiques pèchent,  il leur manque cette dose d'irrationnel, de psychologique, d'intuition, pour pouvoir prévoir dans un environnement aussi complexe et volatil que le nôtre. Leurs hypothèses sont trop restrictives pour définir des modèles à l'image de la réalité économique. C'est pourquoi leurs résultats sont bien loin d'être infaillibles. D'ailleurs, les économistes le savent, et ils l'admettent volontiers (dès qu'ils se trompent).

L'économie, nous dit-on, est une science «molle», qui doit s'apprécier en tendance. Et les anticipations rationnelles dans un univers pur et parfait n'existent pas. Ainsi pour celui qui tente de répondre à la question : Quand sortira-t-on de cette crise ? Deux courants de pensée s'affrontent. Il y a ceux qui expliquent que ce que nous vivons est plus grave encore que la dépression des années 30 et les autres que le pire est dernière nous, avec une sortie de crise prévue pour bientôt. Ainsi, il apparaît que les économistes qui travaillent pour des organismes privés, en particulier dans les banques ou les compagnies d'assurances, ont tendance à voir la fin du pire très prochainement. Et pour l'économiste isolé ou rattaché à une entité à but non lucratif  (un universitaire par exemple), une vision beaucoup plus noire prédomine.

Vendre l'apocalypse

Comment expliquer cette divergence ? Peut-être parce que l'économiste du privé reste un salarié qui se doit d'éloigner le spectre du pire pour que les clients de sa banque ou de sa société d'assurance se sentent de nouveau en confiance pour investir. En revanche l'analyste isolé, lui, aura plus de chance d'être entendu et repris par les médias s'il se distingue et vend l'apocalypse. C'est une question de stratégie et de marketing in fine. L'indépendance n'existe pas plus chez les économistes qu'ailleurs. Pour vivre, ils doivent être entendus ou plaire à leur direction.

C'est pourquoi, chez les économistes du privé (à l'exception de BNP Paribas pour l'instant) on entend actuellement que les États ont fait ce qu'il fallait pour empêcher le système financier de sombrer. Et qu'après les pertes épongées, la croissance reprendra ses droits. Du côté des universitaires, c'est un discours plus pessimiste. Les craintes pour l'avenir prévalent, et la pérennité de notre système largement remise en cause.

Sortie de crise aux Etats-Unis fin 2009 et en Europe en 2010

Mais, on voit que l'ensemble de ces experts envisagent en moyenne une sortie de crise pour fin 2009 aux Etats-Unis et début 2010 en Europe. C'est peut-être d'ailleurs ce qu'il faut retenir. Rien ne sert de miser sur une seule vision, la tendance est peut-être ce qu'il y a de plus éclairant. Cela dit, la fin de la récession ne signifie pas la fin des problèmes. C'est là que les prévisions divergent. Mais, économistes ou pas, on peut intuitivement se dire que tous ces plans de relance auront un coût à payer. Et de reprendre une expression chère à Milton Friedman, en matière de politique économique : «there is no free lunch» (Il n'y a pas de déjeuner gratuit).

Oriane Claire

Photo: Le jour se lève  Reuters

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