Israël se dote d'un gouvernement d'union nationale
L'horizon vient soudain de s'éclaircir pour Benjamin Netanyahou. Le Premier ministre israélien peut désormais se consacrer à faire face à la menace nucléaire iranienne.
- Shaoul Mofaz au mur des lamentation. Il vient de rallier son parti Kadima à Benjamin Netanyahou Ammar Awad / Reuters -
C'est un vrai coup de théâtre. Tandis que la Knesset débattait le 7 mai de sa dissolution et d'anticiper les élections législatives au 4 septembre, l’annonce était faite d’un accord d’union nationale en Israël et de l’entrée du parti centriste Kadima au gouvernement au côté du Likoud de droite. Kadima, était arrivé en tête des élections de 2009 avec 28 sièges contre 27 au Likoud mais son leader Tsipi Livni avait alors refusé de prendre la tête d’une coalition qui comprendrait le parti de droite Likoud et surtout les religieux orthodoxes.
Mais la donne a changé à Kadima. Tsipi Livni a été battue lors des primaires du parti et remplacée par Shaoul Mofaz qui était devenu le 27 mars le chef de l’opposition. Ce dernier s'est rapidement rendu compte qu'il ne serait pas le prochain Premier ministre. Les sondages créditaient son parti de seulement 11 à 13 sièges. Shaoul Mofaz a donc décidé de changer radicalement de stratégie.
La stratégie de Shaoul Mofaz
Plus à droite que Tsipi Livni et plus faucon que colombe, accusé même d’être un cheval de Troie du Likoud au sein de son parti, Shaoul Mofaz avait axé son programme essentiellement sur le volet social. Il avait en particulier attaqué le gouvernement Netanyahou jugé, selon lui, responsable de l’augmentation du coût de la vie: «Le gouvernement parle beaucoup et fait peu, et il paiera ses promesses non tenues lors des prochaines élections». En réponse à ces amabilités, le Likoud l’avait accusé d’être brouillon et de n’avoir: «aucune ligne politique claire et définie».
Et puis quelques semaines plus tard, tandis que Tsipi Livni démissionnait du parti Kadima et de son poste de député, Shaoul Mofaz décidait de rejoindre le gouvernement avec rang de vice-ministre sans portefeuille, membre du cabinet de sécurité composé de sept ministres en charge des décisions importantes du gouvernement.
La carrière de Shaoul Mofaz n'a jamais été une ligne droite et les prises de position et déclarations se succèdent. Son inconstance s’était encore révélée en 2005 à la création du parti Kadima. Membre du Likoud, il avait écrit aux 3.000 membres du Comité Central pour les adjurer de «ne pas quitter la maison» mais il n’hésita pas, par opportunisme quelques jours plus tard, à rallier le dissident Ariel Sharon qui lui avait promis un poste ministériel.
Sa décision de rejoindre la coalition était attendue car il savait qu’il aurait du mal à freiner la perte de vitesse de son parti Kadima qui, selon un sondage du 29 mars, devait être supplanté par le parti travailliste crédité de 18 mandats sur 120 à la Knesset. Il était coincé entre le parti travailliste à gauche, qui s’est refait une santé avec son nouveau leader, Shelly Yachimovich, et le nouveau parti centriste laïc de l’ancien journaliste de télévision Yaïr Lapid. Il avait du mal à définir une stratégie et un programme originaux pour affronter un scrutin anticipé en automne.
Une victoire pour Netanyahou
Mais le grand gagnant de l’opération est évidemment Benjamin Netanyahou qui n’a plus besoin d’élections anticipées pour avoir les mains libres. Il dispose de la majorité absolu avec l’apport du micro parti, Hatzmaout, de Ehud Barak sans avoir besoin des voix du parti religieux orthodoxe Shass ni du parti nationaliste Israël. Shaoul Mofaz qui est un faucon est en fait plus à sa place dans un parti de droite qu’au centre où il devait taire ses convictions extrémistes.
Le Premier ministre a maintenant toute latitude pour prendre la décision la plus difficile de sa carrière d'homme d'Etat sur la menace nucléaire iranienne. Les américains ne semblent plus pressés d’intervenir militairement et ils comptent sur la diplomatie pour obtenir un accord satisfaisant pour les occidentaux. Benjamin Netanyahou fait face à un «quarteron de généraux» opposés à la guerre comprenant Meir Dagan, ancien chef du Mossad, et Youval Diskine, ancien chef du Shabak, le contre-espionnage. Ses propres services restent encore très réticents à toute aventure. Il avait donc besoin de s’entourer d'officiers et d'anciens officiers respectés pour le conseiller. Or Shaoul Mofaz remplit aussi parfaitement ce rôle.
Mofaz, héros de la guerre des six jours
Le fait que Shaoul Mofaz soit d’origine iranienne lui donne encore plus de poids d’autant plus que ses faits d’armes attestent de sa valeur militaire. Héros de la Guerre de Six-Jours de 1967, il a ensuite pris le commandement de la brigade parachutiste pour devenir successivement commandant des régions militaires centre et sud d'Israël. Il a été en 1998 nommé aux fonctions de chef d'État-major durant lesquelles il s’est distingué en étant le maitre d’œuvre de l’écrasement de la seconde intifada (2000-2005).
Ce n'est certainement pas un homme de paix mais un guerrier. Il s’était opposé publiquement aux accords d'Oslo de 1993 sur l'autonomie palestinienne en les qualifiant de «pire erreur jamais commise par Israël». Tout cela renforce la thèse d'une intervention militaire israélienne contre l'Iran et en tout cas renforce la main du Premier ministre avec une parti de l'élite militaire qui s'oppose à une guerre.
L'union nationale pour la guerre ou la paix?
Il n’y a en fait que deux précédents à un gouvernement d’union nationale. Les résultats serrés des élections législatives du 24 juillet 1984 avaient amené le parti travailliste et le Likoud, à former un gouvernement d'union nationale dirigé alternativement dans les deux leaders des partis. Mais le précédent le plus significatif date du 1er juin 1967, à la veille de la Guerre des Six-Jours déclenchée le 5 juin. Un gouvernement d’union nationale avait été formé avec l’entrée dans le cabinet de Moshé Dayan à la Défense et de Menahem Begin chef du parti de droite Hérout, composante la plus importante du parti Likoud.
Le gouvernement d’union nationale a deux stratégies bien distinctes et priorités à définir, l’une militaire qui reste improbable et consiste à attaquer les installations nucléaires iraniennes avant les élections présidentielles américaines de novembre. L’autre fait de l'économie la priorité. Israël jouit de l'un des niveaux de vie les plus élevés de la région mais avec un creusement considérable des inégalités puisque 25% des Israéliens vivent dans la pauvreté.
Les inégalités fortes expliquent la révolte sociale contre la vie chère qui a éclaté en 2011. Netanyahou a reçu du FMI le conseil de s'attaquer au problème de l'intégration sociale et économique des minorités arabes et religieuses. Il a donc besoin d’un consensus pour imposer des mesures délicates comme la suppression de l’exemption du service militaire des étudiants des écoles talmudiques, le changement du mode de scrutin et les réformes sur le statut civil des Israéliens. Il a jusqu’en 2013 pour convaincre avant les élections législatives.
Jacques Benillouche
Mis à jour le 08/05/2012 à 11h40


















































C'est une excellente nouvelle dans un contexte de montée en puissance de la menace nucléaire iranienne avec un environnement international hostile à Israël -- hormis quelques exceptions, de poids il est vrai.
La gauche est en déliquescence, le parti de Barak a fait un flop. Une union nationale pourrait bien être une excellente solution, et une grande force de centre-droit pourrait faire taire les imbéciles et sordides attaques sur le thème « le gouvernement israélien d'extrême droite ».
Encore faudrait-il que Mofaz amende au plus vite sa versatilité et son opportunisme politique.
Cher monsieur Benillouche,
Je n'en reviens pas : après nous avoir expliqué, il y a tout juste quatre jours, qu'Israël se préparait à des élections anticipées, voilà qu'aujourd'hui vous nous annoncez que Netanyahou va former un gouvernement d'Union nationale, et renoncer aux élections.
Le responsable de cette volte-face c'est Shaoul Mofaz qui, un peu comme notre Bayrou n'a "aucune ligne politique bien définie".
Si Netanyahou gagne les élections de 2013, malgré la présence de cet hurluberlu dans sa coalition, toute la classe politique s'accordera pour le congratuler. Mais gare à lui, s'il les perd. Il sera cloué au pilori pour avoir choisi la mauvaise stratégie.
Très cordialement.
Quand les gens d'Euro-Falastine se permettent d'évaluer les stratégies sécuritaires de l'État-nation d'Israël, il faut tenir compte de leur avis. Car chacun sait que les Falastiniens sont experts en matière de terrorisme.
Et quand les mêmes s'autorisent sans rire à juger du fonctionnement de la démocratie Israélienne à la Knesset, on ne peut qu'admirer leur clairvoyance, tant la démocratie est exemplaire et respectée à Gaza et Ramallah.
Merci à Jacques Benillouche pour ces éclaircissements sur la situation gouvernementale chaotique d’Israël. Mais on comprend mal (ai-je mal compris ?) comment l’arrivée d’un homme comme Shaoul Mofaz, soldat vaillant certes mais opportuniste flagrant politiquement parlant, va aider à briser l’impasse actuelle à Tel Aviv.
Netanyahou serait renforcé par cette adhésion ? Pour assurer quoi? Une attaque contre Iran ou pour trouver des raisons pour ne pas le faire ? La girouette qui est Shaoul Mofaz décidera sans doute le jour venu en fonction des vents qui soufflent ! Et il y en a déjà beaucoup !
L’Israël ne serait pas, bien sûr, le premier pays dans l’histoire qui aurait agi militairement pour détourner l’attention de son peuple et le monde en générale des vrais problèmes du pays. Et le temps presse. Obama attend sa deuxième élection à la présidence de son pays pour terminer le job qu’il s’est donné au Moyen Orient.
Que ferait Netanyahou sans ce conflit pérenne ? Il n’a montré, après tout aucun des talents qu’un pays normal demande de ses leaders – justice sociale, gestion économique, accueil sur la scène politique mondiale. C’est comme si le pouvoir seul lui suffit.
Jacques Benillouche décrit normalement avec précision les va et vient de son pays. Mais depuis quand une politique de girouette peut-elle être considérée comme une « stratégie » ? Et comment un potage de partis politiques, chacun avec ses dizaines de sièges, peut-il être considéré comme une « union nationale » ?
Israël, si fort et si intelligent dans tant de domaines, n’est en tant que démocratie parlementaire qu’un chaos indescriptible et sans fin.
Mon post du 8 était censé suivre le vôtre, mystère de l'informatique. Ça ne change rien à l'argumentaire.