Monde

Israël se dote d'un gouvernement d'union nationale

Jacques Benillouche, mis à jour le 08.05.2012 à 11 h 40

L'horizon vient soudain de s'éclaircir pour Benjamin Netanyahou. Le Premier ministre israélien peut désormais se consacrer à faire face à la menace nucléaire iranienne.

Shaoul Mofaz au mur des lamentation. Il vient de rallier son parti Kadima à Benjamin Netanyahou Ammar Awad / Reuters

Shaoul Mofaz au mur des lamentation. Il vient de rallier son parti Kadima à Benjamin Netanyahou Ammar Awad / Reuters

C'est un vrai coup de théâtre. Tandis que la Knesset débattait le 7 mai de sa dissolution et d'anticiper les élections législatives au 4 septembre, l’annonce était faite d’un accord d’union nationale en Israël et de l’entrée du parti centriste Kadima au gouvernement au côté du Likoud de droite. Kadima, était arrivé en tête des élections de 2009 avec 28 sièges contre 27 au Likoud mais son leader Tsipi Livni avait alors refusé de prendre la tête d’une coalition qui comprendrait le parti de droite Likoud et surtout les religieux orthodoxes.

Mais la donne a changé à Kadima. Tsipi Livni a été battue lors des primaires du parti et remplacée par Shaoul Mofaz qui était devenu le 27 mars le chef de l’opposition. Ce dernier s'est rapidement rendu compte qu'il ne serait pas le prochain Premier ministre. Les sondages créditaient son parti de seulement 11 à 13 sièges. Shaoul Mofaz a donc décidé de changer radicalement de stratégie.

La stratégie de Shaoul Mofaz

Plus à droite que Tsipi Livni et plus faucon que colombe, accusé même d’être un cheval de Troie du Likoud au sein de son parti, Shaoul Mofaz avait axé son programme essentiellement sur le volet social. Il avait en particulier attaqué le gouvernement Netanyahou jugé, selon lui, responsable de l’augmentation du coût de la vie: «Le gouvernement parle beaucoup et fait peu, et il paiera ses promesses non tenues lors des prochaines élections». En réponse à ces amabilités, le Likoud l’avait accusé d’être brouillon et de n’avoir: «aucune ligne politique claire et définie».

Et puis quelques semaines plus tard, tandis que Tsipi Livni démissionnait du parti Kadima et de son poste de député, Shaoul Mofaz décidait de rejoindre le gouvernement avec rang de vice-ministre sans portefeuille, membre du cabinet de sécurité composé de sept ministres en charge des décisions importantes du gouvernement.

La carrière de Shaoul Mofaz n'a jamais été une ligne droite et  les prises de position et déclarations se succèdent. Son inconstance s’était encore révélée en 2005 à la création du parti Kadima. Membre du Likoud, il avait écrit aux 3.000 membres du Comité Central pour les adjurer de «ne pas quitter la maison» mais il n’hésita pas, par opportunisme quelques jours plus tard, à rallier le dissident Ariel Sharon qui lui avait promis un poste ministériel.

Sa décision de rejoindre la coalition était attendue car il savait qu’il aurait du mal à freiner la perte de vitesse de son parti Kadima qui, selon un sondage du 29 mars, devait être supplanté par le parti travailliste crédité de 18 mandats sur 120 à la Knesset. Il était coincé entre le parti travailliste à gauche, qui s’est refait une santé avec son nouveau leader, Shelly Yachimovich, et le nouveau parti centriste laïc de l’ancien journaliste de télévision Yaïr Lapid. Il avait du mal à définir une stratégie et un programme originaux pour affronter un scrutin anticipé en automne.

Une victoire pour Netanyahou

Mais le grand gagnant de l’opération est évidemment Benjamin Netanyahou qui n’a plus besoin d’élections anticipées pour avoir les mains libres. Il dispose de la majorité absolu avec l’apport du micro parti, Hatzmaout, de Ehud Barak sans avoir besoin des voix du parti religieux orthodoxe Shass ni du parti nationaliste Israël. Shaoul Mofaz qui est un faucon est en fait plus à sa place dans un parti de droite qu’au centre où il devait taire ses convictions extrémistes.

Le Premier ministre a maintenant toute latitude pour prendre la décision la plus difficile de sa carrière d'homme d'Etat sur la menace nucléaire iranienne. Les américains ne semblent plus pressés d’intervenir militairement et ils comptent sur la diplomatie pour obtenir un accord satisfaisant pour les occidentaux. Benjamin Netanyahou fait face à un «quarteron de généraux» opposés à la guerre comprenant Meir Dagan, ancien chef du Mossad, et Youval Diskine, ancien chef du Shabak, le contre-espionnage. Ses propres services restent encore très réticents à toute aventure. Il avait donc besoin de s’entourer d'officiers et d'anciens officiers respectés pour le conseiller. Or Shaoul Mofaz remplit aussi parfaitement ce rôle.

Mofaz, héros de la guerre des six jours

Le fait que Shaoul Mofaz soit d’origine iranienne lui donne encore plus de poids d’autant plus que ses faits d’armes attestent de sa valeur militaire. Héros de la Guerre de Six-Jours de 1967, il a ensuite pris le commandement de la brigade parachutiste pour devenir successivement commandant des régions militaires centre et sud d'Israël. Il a été en 1998 nommé aux fonctions de chef d'État-major durant lesquelles il s’est distingué en étant le maitre d’œuvre de l’écrasement de la seconde intifada (2000-2005).

Ce n'est certainement pas un homme de paix mais un guerrier. Il s’était opposé publiquement aux accords d'Oslo de 1993 sur l'autonomie palestinienne en les qualifiant de «pire erreur jamais commise par Israël». Tout cela renforce la thèse d'une intervention militaire israélienne contre l'Iran et en tout cas renforce la main du Premier ministre avec une parti de l'élite militaire qui s'oppose à une guerre.  

L'union nationale pour la guerre ou la paix?

 Il n’y a en fait que deux précédents à un gouvernement d’union nationale. Les résultats serrés des élections législatives du 24 juillet 1984 avaient amené le parti travailliste et le Likoud, à former un gouvernement d'union nationale dirigé alternativement dans les deux leaders des partis. Mais le précédent le plus significatif date du 1er juin 1967, à la veille de la Guerre des Six-Jours déclenchée le 5 juin. Un gouvernement d’union nationale avait été formé avec l’entrée dans le cabinet de Moshé Dayan à la Défense et de Menahem Begin chef du parti de droite Hérout, composante la plus importante du parti Likoud.

Le gouvernement d’union nationale a deux stratégies bien distinctes et priorités à définir, l’une militaire qui reste improbable et consiste à attaquer les installations nucléaires iraniennes avant les élections présidentielles américaines de novembre. L’autre fait de l'économie la priorité. Israël jouit de l'un des niveaux de vie les plus élevés de la région mais avec un creusement considérable des inégalités puisque 25% des Israéliens vivent dans la pauvreté.

Les inégalités fortes expliquent la révolte sociale contre la vie chère qui a éclaté en 2011. Netanyahou a reçu du FMI le conseil de s'attaquer au problème de l'intégration sociale et économique des minorités arabes et religieuses. Il a donc besoin d’un consensus pour imposer des mesures délicates comme la suppression de l’exemption du service militaire des étudiants des écoles talmudiques, le changement du mode de scrutin et les réformes sur le statut civil des Israéliens. Il a jusqu’en 2013 pour convaincre avant les élections législatives.

Jacques Benillouche

 

 

 

 

 

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