Monde

La Grèce ingouvernable: Athènes année Zéro

Daniel Vernet, mis à jour le 07.05.2012 à 15 h 18

La défaite des partis de gouvernement aux législatives de dimanche, l'arrivée en force d'un parti d'extrême gauche et l'entrée de néo-nazis va forcer les Européens à abandonner la Grèce à son sort ou à proposer une nouvelle orientation économique et sociale durable.

Meeting du chef de la Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, le 2 mai 2012, à Athènes. REUTERS/Grigoris Siamidis

Meeting du chef de la Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, le 2 mai 2012, à Athènes. REUTERS/Grigoris Siamidis

Le système politique grec en place depuis près de quarante ans a volé en éclats lors des élections législatives du 6 mai. Une forme de bipartisme, tempéré par la présence de petits partis à gauche et à droite, existait depuis la chute des colonels, en 1974. La Nouvelle démocratie, représentant la droite modérée, et le Pasok, parti socialiste aux accents parfois populistes, alternaient au pouvoir. La première avait conduit la Grèce dans la Communauté européenne, le second dans l’euro.

Aux élections de dimanche, ces deux partis ont subi un cuisant échec. Avec 19,06% des voix, la Nouvelle démocratie est certes arrivée en tête mais, avec 109 sièges sur 300, loin de la majorité absolue qui lui permettrait de gouverner. Quant au Pasok, il a été laminé. Il n’obtient que 13,31% des suffrages contre 43,9% au scrutin de 2009. Le nouveau chef du parti, Evangelos Venizelos, n’a pas réussi à compenser la perte de popularité provoquée par le gouvernement de Georges Papandréou.

En fait, les deux grands partis paient la politique d’austérité imposée par la troïka (Banque centrale européenne, Commission et FMI) qui ont placé la Grèce sous tutelle. La Nouvelle démocratie avait bien essayé, un temps, de se démarquer de la ligne suivie par le gouvernement du Pasok mais elle a été obligée de se railler au plan de sauvetage de l’UE, sous peine de perdre toute crédibilité.

Les grands vainqueurs: une coalition de gauche anti austérité pro euro...

Aux côtés des socialistes, elle a participé au gouvernement «technique» dirigé par Lukas Papademos, ancien vice-président de la BCE, qui avait succédé à Georges Papandréou.

Les grands vainqueurs du scrutin de dimanche est la coalition dite Syriza (Radical), un mélange d’anciens communistes réformateurs (par opposition au parti communiste KKE qui est resté lié jusqu’au bout à l’Urss), d’écologistes et de gauchistes pro-européens. Syriza obtient 16,66 %, (contre à peine 4% en 2009), soit 51 députés. Cette coalition a fait campagne contre le programme d’austérité mais en faveur de l’euro.

Enfin, l’extrême droite fascisante et xénophobe, Chryssi Avghu (Aube dorée) fait son entrée au Parlement avec 21 députés.

Dans ces conditions, il sera très difficile de former un gouvernement ayant une majorité au Parlement. Il faudrait 151 députés (sur 300). Il manque une voix aux deux grands partis qui n’ont jamais formé une grande coalition, étrangère à la tradition grecque.

Réussirait-il à s’entendre que ce serait la coalition des vaincus, des politiciens qui ont été désavoués par leurs concitoyens (moins d’un tiers des voix à eux deux contre 77% en 2009). On voit mal comment ils pourraient gouverner longtemps face à une opposition qui se fera entendre non seulement au Parlement mais aussi dans la rue.

... et un parti néo-nazi

Le scrutin de dimanche signe la faillite du système clientéliste qui a amené la Grèce dans l’impasse où elle se trouve aujourd’hui: une dette énorme malgré 75% de décote, une économie en récession depuis trois ans, avec une baisse de 20% du produit intérieur brut, un déficit budgétaire qui reste élevé malgré les coupes sombres effectuées dans les dépenses sociales, avec la diminution des retraites et des salaires.

Les Grecs étaient schizophrènes. Ils critiquaient ce système mais en profitaient à tous les niveaux de la société, parce que c’était pour beaucoup le seul moyen de s’en sortir. Pour sauver la Grèce, la garder dans l’euro et éviter que la théorie des dominos ne s’applique à l’Union européenne, la troïka lui a imposé une potion amère.

Comme s’il était possible en deux ou trois ans de réparer les dégâts provoqués par des décennies d’incurie, de népotisme et de laisser-aller.

Le vieux système s’est écroulé mais aucun autre ne semble émerger. Au plus fort de la crise, certains observateurs grecs se demandaient si Lukas Papademos serait en mesure de construire une force politique centriste, agglomérant autour des éléments les plus modérés des deux grands partis des modernistes soucieux de sortir le pays du marasme économique et de reconstruire l’Etat. Mais le Premier ministre de transition n’était pas un homme politique, c’est un technocrate honnête mais sans charisme.

L'alternative

Si le chef de la Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, n’est pas en mesure de former un gouvernement, les Grecs seront appelés à revoter. Mais on voit mal un nouveau scrutin mettre fin à l’éparpillement du paysage politique. L’hypothèse la plus probable est une longue période d’instabilité politique, avec tous les risques de dérapage qu’elle comporte.

Les autres Européens sont placés devant une alternative: ou abandonner la Grèce à son sort ou proposer une nouvelle orientation économique et sociale qui tienne compte à la fois des impératifs d’assainissement et d’une vision à long terme. Si c’est ce second choix qui est fait, la Grèce se retrouvera en bonne compagnie.

Daniel Vernet

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Journaliste
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