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François Hollande, l'autorité tranquille

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 07.05.2012 à 10 h 19

Il n'y aura pas, comme en 1981, une période de lyrisme après la victoire de la gauche. Mais Nicolas Sarkozy a fait un beau cadeau au nouveau président en lui permettant de réconcilier et de rassembler, ce qu'il aime faire.

François Hollande à Tulle le 6 mai 2012. REUTERS/Stéphane Mahé.

François Hollande à Tulle le 6 mai 2012. REUTERS/Stéphane Mahé.

Après François Mitterrand, François Hollande. Pour le nouvel élu, c'est d'abord cela qui est le plus émouvant: avoir été celui qui a renoué le fil d'une histoire, celle de la gauche; celui qui a effacé l'humiliation de 2002; celui qui a d'abord réussi à réconcilier sa propre famille politique jusque-là empêtrée dans les rivalités personnelles et les haines recuites.

On l'a vu dans sa campagne dominée par une constante référence au premier président socialiste de la Vème République, allant parfois jusqu'à l'imitation, et poussée le 6 mai jusqu'au résultat du vote puisque François Hollande fait aussi bien à la virgule près vis-à-vis de Nicolas Sarkozy que François Mitterrand face à Valéry Giscard d'Estaing. Et tout le monde s'est retrouvé à la Bastille…

Le réalisme plus que le lyrisme

Mais la comparaison s'arrête là. 1981 avait été vécu comme une rupture historique et nous avions eu dans le droit fil du Front populaire une grande réforme pour marquer le territoire de la gauche (la retraite à 60 ans) et une tentative de relance économique par la redistribution tous azimuts.

Cette fois, la gravité l'a emporté. La crise a pesé de tout son poids et François Hollande est celui qui inverse la proposition traditionnelle de la gauche. La consolidation budgétaire figure parmi ses principaux objectifs et il n'envisagera de redistribution qu'à la condition que la croissance soit repartie.

En lieu et place d'une grande réforme emblématique, il y aura quelques gestes (allocation de rentrée scolaire, retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé très tôt à travailler) qui n'affectent pas le cœur du dispositif, tourné vers le retour à l'équilibre. Au reste, il a demandé à être jugé sur deux grands objectifs: la justice et la jeunesse. C'est dire qu'il a conscience que dans un premier temps, il lui reviendra au maximum d'apporter une répartition plus équitable de l'effort demandé.

Aussitôt élu d'ailleurs, il sera happé par les échéances internationales et par la nouvelle urgence créée par le résultat des élections en Grèce. Sa première épreuve sera de construire un nouveau consensus européen autour d'une idée qui semble pouvor faire école, celle d'un pacte de croissance.

La permanence du rejet de Nicolas Sarkozy

La campagne électorale a bien montré qui il est, sans comparaison possible avec François Mitterrrand, car le réalisme l'emportera toujours chez lui sur le lyrisme. Pour obtenir sa victoire, il lui fallait des qualités de caractère, d'obstination mais aussi d'intelligence des situations: il a toujours pensé que Nicolas Sarkozy serait battu au terme de son seul mandat et qu'il fallait très vite tenir compte des impasses créées par des politiques limitées à l'austérité.

Bien sûr, il se trouve aujourd'hui face à l'inévitable écart entre ce qui est demandé par les marchés et ce qu'il est possible de faire accepter. D'ou l'importance du sommet social qu'il a promis de réunir et dont l'ampleur pourrait peut-être permettre une sorte de «New Deal» qui remette le pays en même temps sur la voie des grands équilibres et de l'efficacité économique et sociale. En tout cas, il va pouvoir mesurer à la fois le poids politique de la France en Europe et l'attente que notre pays continue de susciter et cette dure réalité: pour la première fois, le président ne pourra décider qu'avec l'accord de ses partenaires. L'homme de synthèse qu'il est va donc trouver très vite à s'employer.

Revenons à la victoire. Ce qui frappe bien sûr, c'est la permanence du rejet de Nicolas Sarkozy, qui s'était structuré au fil du temps dès l'année 2008. On peut donc dire que c'est le premier scrutin présidentiel qui se soit constitué avant même l'échéance.

D'ordinaire, le sprint final est décisif, Nicolas Sarkozy avait d'ailleurs tout misé sur ce constat et avait réussi à provoquer une réelle dynamique en sa faveur mais on peut observer au vu du résultat final que finalement il s'est passé peu de choses dans cette campagne: le rejet n'a pas été remis en cause. Mais en chemin, il est vrai, Nicolas Sarkozy a offert à François Hollande le thème du rassemblement et de la réconciliation.

Cela tombe bien: François Hollande aime réconcilier et rassembler. Et il lui faudra en effet prendre le contrepieds du schéma sarkozyen consistant toujours à rechercher le clivage le plus aiguisé opposant constamment les uns aux autres et allant au plus près des thèmes de Marine Le Pen.

Nicolas Sarkozy, une aventure personnelle

Sa défaite parachève un quinquennat ponctué par des défaites électorales pour son camp. Au fond, Nicolas Sarkzoy a d'abord été l'acteur d'une aventure personnelle. Sa déclaration du 6 mai au soir en témoigne: parfaitement républicaine certes, et comme soudainement apaisée, mais aussi tournée vers lui-même, vers ses propres émotions.

Il laisse la droite aux prises avec un double défi idéologique et de leadership. Il s'est dit fidèle aux «valeurs de la droite». Le problème est qu'il a introduit le doute sur ses valeurs, ayant fait campagne à l'inverse de ce que fut sa pratique présidentielle sur les «frontières», flirtant avec la tentation du repli et privilégiant les thèmes sur lesquels le Front National s'est construit. L'idée politique sous-jacente était que l'on peut agréger vote de droite et vote d'extrême droite. Or jusqu'à aujourd'hui, l'un et l'autre ont toujours été opposés et l'on ne peut pas considérer l'électorat frontiste comme homogène.

L'ouverture des «frontières» par Nicolas Sarkozy entre la droite et l'extrême droite pose donc un problème stratégique majeur à toutes celles et ceux qui veulent continuer de se réclamer d'une droite conservatrice éclairée et modérée. Ce clivage sera certainement mis entre parenthèses pour les législatives. Mais il devrait se traduire par une bataille de personnes entre François Fillon d'un côté, qui a clairement appelé le 6 mai au soir à réunir de nouveau la droite et le centre, et Jean-François Copé de l'autre, qui semble plus enclin à se prévaloir d'une sorte d'orthodoxie sarkozyste.

Les urnes n'ont pas permis de totalement évacuer cette question: la défaite est nette et sans bavure mais elle n'est pas d'une ampleur telle que la ligne Buisson puisse être ipso facto écartée. Il y aura toujours suffisamment de gens pour expliquer que le resserrement des derniers jours de la campagne est exclusivement dû au durcissement de celle-ci par Nicolas Sarkozy, inspiré par son conseiller venu de l'extrême droite et encouragé par Gérard Longuet. Or, c'est pour l'avenir de la droite une bataille décisive.

Un pays profondément sceptique

Pour François Hollande aussi la victoire est nette, elle est digne d'éloges, mais elle ne porte pas en elle-même des instructions automatiques. Un score plus serré eût obligé François Hollande à nommer Martine Aubry à Matignon, comme pour faire bloc avec le Parti socialiste et avec celle qui en porte toujours la légitimité.

Un résultat plus large eût ouvert en grand le champ des possibles à mesure que s'élargissait la marge de manœuvre personnelle du président et nulle doute que dans ses conditions, le choix se fut porté sur Jean-Marc Ayrault, qui est un Pierre Mauroy new look.

Mais quoi qu'il arrive et quel qu'ait été le résultat, il ne faut s'attendre à aucun état de grâce. Parce que la crise est là. Qu'elle frappe un pays déprimé, hanté par la menace du déclin et profondément sceptique. Ainsi, une majorité de nos concitoyens n'attend pas de cette élection qu'elle conduise à une amélioration de la situation relative du pays.

Pourtant, pour François Hollande, c'est un levier possible. De la même façon qu'il avait gagné dans cette campagne à être sous-estimé par ses adversaires, de la même façon, face au scepticisme ambiant, toute amélioration sera perçue comme une grande victoire.

Et une majorité de ceux qui lui ont permis de gagner s'est prononcée de façon positive, seule une minorité expliquant son vote par le rejet du président sortant. C'est le signe que tout au long de la campagne, il a su installer une autorité tranquille. Il lui reste maintenant à en faire le meilleur usage.

Jean-Marie Colombani

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