L'économie du bonheur, une décroissance séduisante
Dans le monde anglo-saxon, nulle place pour la sinistre décroissance. Pourtant, les chercheurs se penchent sur d'autres modèles économiques qui ressemblent à s'y méprendre aux théories de la décroissance.
- Un garçon lors de la fête des couleurs (Holi) à Kolkata, en mars 2012. REUTERS/Rupak De Chowdhuri -
Préférez-vous l'économie du bonheur, ou celle de la décroissance? A moins d'être un rien masochiste, le choix est vite fait: car pourquoi décroître –comme nous y engagent un ombre croissant de penseurs, notamment en France– si le bonheur est à portée de système économique, comme a tenté de le démontrer une conférence organisée à Berkeley, en Californie, du 23 au 25 mars 2012 et modestement baptisée «l'économie du bonheur»?
Et pourtant: entre la décroissance française et l'économie du bonheur à la mode anglo-saxonne, les différences sont au fond bien ténues. Là-bas, comme ici, on est persuadé que le système économique actuel mène le monde à sa perte, écologiquement bien sûr, mais aussi socialement. Et l'on milite sans relâche pour relocaliser les économies, remettre le citoyen –et non le consommateur– au centre des préoccupations, inventer une société plus lente, plus respectueuse de l'environnement et où les valeurs humaines prendraient le pas sur les valeurs marchandes. Des thèmes bien connus dans l'Hexagone, portés, entre autres, par l'économiste Serge Latouche, le fondateur des Casseurs de Pub Bruno Clémentin, ou encore par le promoteur de l'agro-écologie, Pierre Rabhi.
Un autre modèle est possible
Mais c'est incontestable: les anglo-saxons, même alternatifs, maîtrisent bien mieux l'art du marketing et de la séduction que leurs collègues européens. Le «bonheur» est sans nul doute bien plus séduisant que la «décroissance», même heureuse et conviviale comme veillent toujours à la qualifier ses partisans. Du reste, dans le monde anglo-saxon, le terme de décroissance est toujours soigneusement évité: on parle «de nouveau rêve américain», de «nouvelle économie», et, à l'extrême limite de «steady state economy» (autrement dit, d'une économie stable). Avec l'espoir, pourquoi pas, de séduire un nombre croissant d'«indignés».
Mais au-delà des termes et des éventuelles différences d'approches, cette récente conférence témoigne que dans le monde anglo-saxon aussi, le modèle de croissance actuel est de plus en plus sérieusement contesté. Et, plus intéressant encore, que les recherches fleurissent pour lui trouver, et lui construire, de nouvelles alternatives.
Ainsi, le «transition network», qui regroupe des «territoires en transition» vers l'après-pétrole, fondé par le Britannique Rob Hopkings est incontestablement LE mouvement à la mode chez les déçus de la seule écologie politique. Sans doute parce qu'il émanait d'un chercheur «officiel», réputé sérieux et pragmatique, le rapport du Britannique Tim Jacskson, «prosperity without growth» (prospérité sans croissance), est aussi devenu un véritable best-seller internationalement respecté.
Et si la recherche européenne sur les indicateurs alternatifs au seul PIB (produit intérieur brut) est vivace, les économistes britanniques et américains ne sont pas en reste.
Par exemple les chercheurs du «new economics institute» et de la «new economics foundation» réfléchissent à construire l'économie de demain et multiplient les programmes de recherches. Certains se sont carrément attelés à la construction de modèles macro-économiques testant la viabilité d'une économie en décroissance, pardon, orientée vers le bonheur. Ainsi le Canadien Peter Victor est-il sans doute l'un des premiers à avoir testé la viabilité d'une telle équation.
En France, ce travail de modélisation existe aussi. Mais, paradoxe, il se fait largement en dehors des mouvements décroissants, dont la majorité s'oppose à cette vision mathématique de l'économie et de la société. La très sérieuse OFCE par exemple travaille sur la construction de nouvelles représentations de l'économie où l'on testerait une croissance ramenée à presque rien. Un premier pas pour voir à quelles conditions et avec quelle organisation une société peut se passer de croissance.
Cette floraison d'initiatives et de recherches est en tous cas bienvenue: écologistes, indignés, ou laissés pour compte de la «croissance» ont besoin d'alternatives constructives et non de simples critiques.
Catherine Bernard
Mis à jour le 12/05/2012 à 15h17
















































@ l'auteur.
Tout d'abord, merci pour ce billet qui contraste agréablement avec la soupe ambiante, véritable entreprise de propagande, de conditionnement et de décérébration, entièrement centrée sur l'absence d'alternative et la célébration du chiffre.
La sémantique a en effet son importance: le mot "décroissance" résonne d'une manière négative, "punition" habituelle de nos sociétés axées sur le devoir (mais vis-à-vis de qui?), l'auto flagellation, voire la soumission.
Le mot "bonheur" véhicule évidemment des notions positives et ouvre d'autres perspectives humainement plus intéressantes pour des gens libres.
La question est:
Comment définir (même a minima) le bonheur?
Et aussi:
Comment dominer et contraindre efficacement des populations heureuses?
La croissance n'est pas un monstre hideux qui se nourrit de Mère Nature et de l'Humanité. Une pomme de terre bio se vend en général plus chère qu'une qui ne l'est pas, sa valeur est supérieur. Donc produire une patate bio augmente la production comparé à une patate OGM bourré d'insectidice. PIB = Produit Intérieur Brut. Produire que des aliments bio augmenterait le PIB donc il y aurait de la croissance, bien sûr cela nécessiterait plus de monde, ça tombe bien le taux chômage flirte avec les 10%.
Cet exemple est certes simpliste mais c'est pour dire que la croissance ne découle pas de la polution et de l'esclavage (salariale ou pas) mais de la technologie (je pourrais vous l'expliqué avec un autre exemple du même style).
Donc stop les idées reçus et clichés bien pensants, c'est bien beau de s'indigné mais il faut chercher des solutions et non des catalyseurs d'indignation et frustation ( Mélenchon, Lepen ).
Sur une planète qui a des limites, quelle aberration de se projeter sur la croissance infinie. Consommer toujours plus (Bio ou pas), faire avancer la technologie avec des énergies et des matériaux qui s'épuisent, vouloir aller toujours plus vite... quel intérêt ? quel avenir ? aucun.
La croissance n'a pas d'avenir mais étant donné que la décroissance ou la promotion du bonheur ne vont pas rapporter un sous à ceux qui en ont dejà trop, je doute que le monde se dirige vers cette solution. Les chercheurs peuvent encore s'arracher les cheveux longtemps, tant que l'Homme ne sera pas capable de se contenter de ce qu'il a (pouvoir, argent, durée de vie dans de bonnes conditions) rien n'est réellement envisageable.
@ Ataraxe :
Je ne pense pas que l'agriculture Bio créerait plus de croissance économique que l'agriculture ''chimique'' traditionnelle.
Il est bien vrai qu'une patate bio se vendra plus chère. Mais on aura moins de patates à l'hectare, d'où un chiffre d'affaires équivalent ou inférieur par hectare de patates.
C'est vrai aussi qu'une ferme en agriculture Bio crée plus d'emplois directs qu'une exploitation traditionnelle. Mais un ferme traditionnelle achète des engrais, des pesticides, des tracteurs puissants, des charrues et autres matériels lourds de travail du sol. Tous ces biens il faut les produire quelque part et les acheminer.
L'agriculture traditionnelle est également très gourmande en énergie. Certaines machines automotrices de récolte (maïs) consomment 100 litres de fioul à l'heure ! L'agriculture chimique produit moins de calories alimentaires qu'elle n'en consomme pour les produire (engrais, pesticides, carburants...).
Tout cela crée de la croissance (camions sur les routes, emplois dans les coopératives, chez les revendeurs et les constructeurs de matériel agricole...).
Et même, si on veut creuser un peu : la pollution crée par cette agriculture chimique engendre aussi de la croissance par la pollution de l'eau qu'il faut ensuite dépolluer, par les algues vertes qu'il faut retirer des plages, par les problèmes sanitaires engendrés (vente de médicaments, chimio-thérapies contre les cancers...), accidents de la route...
Ce n'est que mon avis.
Si vous avez d'autres arguments, je suis près à en discuter.
L'énergie peut être produit de manière écologique et renouvelable. Un autre exemple du même genre, on prend deux cartes ou puces électroniques, sur la première un ingénieur créer un logiciel "vite fait" et sur la deuxième une équipe entière de programmateurs font un logiciel génial. L'un sera évidement plus chère que l'autre avec la même quantité de matériaux. De la même manière un massage ne polue pas etc.. Tout ça pour dire que on n'est de moins en moins dans un monde de quantité mais de plus en plus de qualité. Je ne pense pas que la question soit comme faire pour instaurer la décroissance mais où dirigé la croissance pollution/dépollution ou développement durable.
Je pense également qu'il n'y a pas de corrélation en bonheur et croissance à comprendre dans les deux sens on peut vivre d'amour et d'eau fraiche ou dans le luxe et être heureux dans les deux cas. Mais qu'il provient plus de l'Homme et c'est sur ça que devrait se pencher nos réflexions, entre autre une certaine quête de la "vérité" au lieu de penser par raisonnement tout tracé. C'est mon point de vue bien entendu et sa me ferai plaisir continuer à débattre avec vous.
Quelques éléments pour mieux comprendre pourquoi utiliser un tel mot dit repoussoir :
https://vimeo.com/35156418
Au source de la Décroissance : https://vimeo.com/35416027
Et sur l'internationalisation et la Décroissance dans le monde anglo-saxon : Quand la Décroissance décolonise le monde académique : www.partipourladecroissance.net/?p=6675
Merci pour cet article.
VL
Ca fait tellement longtemps que j'attends que les citoyens et non les consommateurs refassent surface. J'ai déja bossé sur le sujet. Si vous voulez en savoir un peu plus:
- "Zeitgeist addendum" est un film à vision hegelienne (le Geist de hegel) et qui vous rapellera peut être Kant en ce sens que l'homme doit d'abord chercher à se connaitre le mieux possible.
- "Histoire universelle du point de vue cosmopolitique" est un écrit de Kant en 12 ou 13 propositions et qui donne sa vision d'une "nature humaine" et d'un possible développement de l'histoire.
- La nouvelle Héloise de JJ Rousseau. Evidemment un grand classique où celui qui dit: "ceci est à moi" en premier provoque la guerre.
Enfin, une expérience d'un monde en autarcie a des fins de test de nouveau modèle de société (ou "paradigme"). Cela s'appelle "les phalanstères de Fourrier".
Si déja vous regardez ça et que vous trouvez le moyen de changer de système sans basculer dans la barbarie ou tout autre folie, n'hesitez pas à me donner des nouvelles!
Cette conversation n'est pas vaine, c'est le début d'autre chose... mais quoi?
L'idée perverse est que la "croissance" est une quantité économiquement quantifiable (il existe bien un tel concept économique mais nous ne sommes pas des économistes nous sommes une espèce vivante).
Pourtant rien ne le prouve, la croissance ou même le "progrés" du point de vue de l'humanité, ne sont et ne peuvent être que partiellement économiques avec des finalités qui elles ne le sont pas.
C'est ce que nous propose aujourd'hui la "pensée économique" prendre les contingences pour la réalité. notre expansion démographique pour de la croissance.
Pourtant Ce qui fait de nous des hommes n'est ni le confort, ni la médecine, ni la vitesse, ni la police, ni le coût de la vie... Sans quoi l'être humain ne serait jamais sorti de la vie sauvage.
Ce qui fait de nous cette espèce unique et fascinante, c'est notre imaginaire commun, notre capacité à le partager, à le transmettre. Nous sommes des créatures abstraites pour l'essentiel, notre monde est (de plus en plus) fait d'abstractions. En nous attachant à privilégier le mesurable et le quantifiable, nous oublions le qualifiable, la diversité, l'altérité.
Les abstractions qui nous gouvernent perdent leur valeur imaginaire, elles ne sont plus l'émanation de notre "croissance" d'êtres pensants, qui nous permettrait de continuer à progresser en tant que tels, mais des aliènations produites et entretenues par l'économie toute puissante. Des fossiles d'idées, qui ne vivent plus en nous, mais se dressent en dehors de nous comme des vestiges de nos idéaux livrés à l'érosion.
Soit la conscience de l'homme est un leurre, un simple avantage évolutif qui à fini d'être fructueux, auquel cas notre espèce va bientôt disparaître, soit c'est cette conscience qui doit continuer à croître et à progresser, là est la richesse.
L'essentiel disait Coubertin est de participer. La lutte pour l'efficacité économique dans laquelle certains s'investissent n'est pas un mauvais terrain de jeu à condition qu'il ne soit pas le seul; trop de perdants, si peu de vainqueurs ?
Tous les talents méritent de s'exprimer, chaque être humain en à au moins un peu. Que le plus riche soit celui qui donne; le plus fort celui qui pardonne; que le plus heureux soit le plus détaché; le plus intelligent celui qui nous fait réfléchir et comprendre; le plus aimé celui qui nous fait nous aimer nous même.
Le vingt et unième siècle sera imaginaire ou il ne sera pas !