Life

Oreille, Ô désespoir!

Hugues Serraf, mis à jour le 12.05.2012 à 12 h 07

L'âge venant, l'homme prend du poil de la bête. De partout.

Hairy ears. Bill Harrison via Flickr CC License by

Hairy ears. Bill Harrison via Flickr CC License by

En vieillissant, l’homme perd en cheveux mais gagne en poils. C’est sans doute un processus biologique normal et bien documenté, une question de testostérone ou de patrimoine génétique (je n’y connais rien, à ces histoires, et je n’ai même pas envie de m’informer parce qu’en vieillissant, l’homme devient aussi moins curieux), mais c’est terriblement paradoxal tout de même...

Après tout, un poil de tête ou un poil de dos, c’est toujours un poil, une bête fibre de kératine (OK, je me suis tout de même renseigné un petit peu) et si ça se met à pousser ici, ça devrait continuer à pousser dans un monde cohérent et bien ordonné. Mais non.

Ainsi, moi, depuis quelques années, je deviens chauve mais j'attrape des poils un peu partout. Sur les épaules, le dos et la poitrine ―ce qui ne semble pas outrageusement scandaleux et passe même pour séduisant dans certains cercles― mais aussi en des endroits plus étranges, comme le dessus des orteils ou l'intérieur des oreilles.

Si si. C’est dingue, mais c’est comme ça.

La seule horreur pileuse à laquelle j’échappe en rendant grâce au Tout-Puissant de ne pas m’infliger un truc pareil, c’est le poil sur le nez. Pas le poil dans le nez, hein, qui est utile au sens darwinien puisqu’il filtre les gaz d’échappement et ralentit les écoulements de mucus lorsque vous n’avez pas de kleenex dans le métro, que tout le monde vous regarde et que c’est hyper-gênant, mais bien le poil sur le nez...

Inspectez discrètement le pif des quadras et plus ―surtout celui des bruns parce les blonds s’en tirent mieux comme souvent, les salopards―, et vous verrez qu’ils sont bien rares à y couper (ha ha!). Peut-on d’ailleurs imaginer quoi que ce soit de plus disgracieux que ces trois ou quatre fibres sombres qui se dressent sur le bout d’un nez?

Sur le bout d’un nez qui se voit, comment dire, comme le nez au milieu de la figure?

Un non-sujet

Je le disais, les poils du dos ou de la poitrine, no problemo. D’abord, et au moins dans mon cas, ce n’est pas exactement une invasion, la bande-annonce d’une transformation inexorable en quelque chose de nettement moins humain comme Jeff Goldblum dans La Mouche. Non, juste la densification et l’élargissement d’une petite zone velue à laquelle j’ai tout de même eu le temps de m’habituer sur la durée. Je sais qu’il y a des hommes qui les rasent ou les épilent, mais je n’ai pas beaucoup de respect pour eux: ils filent un mauvais coton, en viendront un jour à s’acheter des crèmes qui font maigrir et ce sera vraiment la fin du mâle as we know it.

Tiens, il y a même des hommes qui s’épilent les gonades pour ressembler à des acteurs pornos mais là, c’est carrément le comble du mauvais goût.

Et puis ça doit faire très mal.

La poitrine velue, de toute manière, c’est juste une affaire de mode et il suffit que George Clooney arrête de se tondre la moquette ou que Johnny Depp se passe les pectoraux à la cire pour que la tendance s’inverse (notez que je ne mentionne pas Brad Pitt, qui est blond et compte pour du beurre dans ces histoires comme on l’a vu). Le poil de poitrine, c’est un non-sujet.

Le poil dans les oreilles, c’est différent: il faut s’en occuper. Oh, il y a des types que ça n’a pas l’air de déranger plus que ça et qui donnent le sentiment qu’ils n’ont même pas remarqué que leurs esgourdes s’étaient mises à ressembler à un bout de jardin mal entretenu, mais c’est sans doute qu’ils ont abandonné la partie et ne font plus attention à rien de toute manière. Des dépressifs. Je me demande si ce n’est pas un signe avant-coureur du suicide, en fait. Dans le doute, je vais peut-être me mettre à être plus sympa avec les mecs qui se laissent pousser les poils des oreilles parce que c’est manifestement un appel au secours

On trouve d’ailleurs des petites tondeuses spéciales chez Darty, ce qui montre que l’industrie du gadget s’est aperçue qu’il y avait encore du pognon à faire, même si tous les métrosexuels ont déjà un iPhone dans la poche et un Tom-Tom sur le tableau de bord. Personnellement, je préfère la bonne vieille pince à épiler, que je dois renouveler fréquemment parce que ma fille me la pique, mais que je suis obligé de planquer parce que j’ai le sens du ridicule et que je n’ai pas envie de me disputer sur un sujet pareil ―surtout s’il y a du monde.

Bon sang, y en a marre, on m'a encore piqué ma pince à épiler! Rends-moi ma pince à épiler!

Ta pince à épiler? Tu as une pince à épiler?

Euh, non non, bien sûr… Je voulais dire ma perceuse à percussion…

D’un autre côté, elle me fauche mon rasoir pour se faire les jambes et là, je n’hésite pas à réclamer: c’est bien la preuve que le poil d’oreille n’est toujours pas un sujet avec lequel l'homme est à l'aise. En parler, c'est encore trop comme se mettre à poil.

Hugues Serraf

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