Monde

Élections américaines: l'Afghanistan entre en campagne

Françoise Chipaux, mis à jour le 04.05.2012 à 12 h 07

Comme le reste de la communauté internationale, Obama cherche à sortir la tête plus ou moins haute de la guerre, le sort des Afghans n'étant pas la priorité.

Barack Obama et les soldats de la base aérienne de Bagram à Kaboul, le 2 mai 2012. REUTERS/Kevin Lamarque

Barack Obama et les soldats de la base aérienne de Bagram à Kaboul, le 2 mai 2012. REUTERS/Kevin Lamarque

L’Afghanistan a fait une entrée fracassante dans la campagne électorale américaine. Un an jour pour jour après la mort d’Oussama Ben Laden, tué au Pakistan par un commando américain, le président Barack Obama est venu dire à ses concitoyens de plus en plus rétifs à ce conflit vieux de dix ans: la guerre se termine et nous avons quasiment atteint notre objectif.

Il a limité celui-ci à la quasi destruction d’Al Qaida, précisant «notre but n’est pas de construire un pays à l’image de l’Amérique ou d’éradiquer chaque vestige des talibans. Ces objectifs demanderaient beaucoup plus de temps, de dollars et de vies américaines».

Pour prouver le succès de l’opération et essayer de démontrer qu’il veut finir cette guerre de façon «responsable», le président Obama a fait une visite nocturne éclair à Kaboul le 2 mai, pour signer avec le président Hamid Karzai un accord de partenariat stratégique qui constituera le cadre des futures  relations entre Washington et Kaboul.

Dix ans après le 11-Septembre, une guerre rejetée

Dix ans après le 11-Septembre, le président Obama n’est pas le seul à vouloir sortir rapidement d’une guerre aujourd’hui rejetée par la quasi-totalité des opinions publiques des pays engagés. La promesse de François Hollande de retirer les troupes françaises dès la fin 2012 fait écho à la décision déjà annoncée du président Nicolas Sarkozy de retirer toutes les troupes combattantes en 2013 au lieu de 2014.

Le Premier ministre australien a adopté le même calendrier et le président Obama a lui aussi réitéré sa volonté de désengager progressivement –mais de façon significative– les troupes américaines.

Transmettre la responsabilité de la sécurité aux forces afghanes est devenu la feuille de vigne derrière laquelle chaque pays s’abrite pour déclarer la «mission accomplie». De l’avis général les forces afghanes sont loin d’être en mesure de répondre efficacement à leur tâche mais ce n’est visiblement pas la préoccupation majeure de leurs partenaires étrangers.

Quel budget, quel statut pour les troupes américaines?

L’accord stratégique signé entre Washington et Kaboul reste d’ailleurs muet sur le nombre et le statut des troupes américaines qui devraient rester sur place. Celles-ci seront à la fois chargés de l’entraînement continu des troupes afghanes et des opérations de contre terrorisme.

Plus important le partenariat ne prévoit aucun budget alors que le président Obama a déclaré que les forces de sécurité afghanes demeureraient 350.000 jusqu’en 2017. Le financement nécessaire sera de 12 milliards de dollars soit 4 milliards par an. Alors que la crise économique frappe durement la planète, et en particulier les pays européens, on peut s’interroger sur la source de ce financement.

De même aucun budget n’est prévu pour la coopération en matière de développement économique et social et pour le renforcement des Institutions afghanes ou pour la gouvernance. L’administration devra chaque année négocier avec le Congrès les montants de toutes ces opérations sans assurance que les chiffres seront à la hauteur des besoins.

Le sort des Afghans n’est pas la priorité

Les milliards de dollars déversés sur l’Afghanistan depuis plus de dix ans n’ont pas abouti, loin s’en faut, à remettre le pays sur les rails. La corruption, le népotisme, l’incapacité des gouvernements afghans successifs n’invitent  pas vraiment à l’optimisme au moment où l’Afghanistan sortira des radars internationaux.

Les engagements pris par Kaboul sur le respect de la loi et de la justice, la bonne gouvernance, le développement du rôle des femmes ressemblent à des vœux pieux.

En fait, l’essentiel pour la communauté internationale est de pouvoir sortir la tête plus ou moins haute d’une guerre dont personne ne veut plus. Le sort des Afghans n’est pas la priorité. Et advienne que pourra.

Les troupes américaines qui resteront sur place n’auront qu’à s’assurer que l’Afghanistan ne redevienne pas un sanctuaire des extrémistes islamistes antioccidentaux. Une fois de plus et pour de multiples raisons –les responsables Afghans et la communauté internationale partagent la responsabilité de cet échec- l’Afghanistan a manqué sa chance.

Françoise Chipaux

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Journaliste
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