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Un boulevard pour Hollande

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 03.05.2012 à 17 h 58

A trop chercher les voix du Front national, Nicolas Sarkozy a fait une erreur stratégique que le débat de mercredi, marqué par un président-candidat sur la défensive et un Hollande occupé à contenir les assauts de son adversaire, n'a pas réparée.

François Hollande et Nicolas Sarkozy avant le débat du second tour, le 2 mai 2012. REUTERS/Patrick Kovarik/Pool

François Hollande et Nicolas Sarkozy avant le débat du second tour, le 2 mai 2012. REUTERS/Patrick Kovarik/Pool

Si on veut résumer le débat du 2 mai d'un mot, le voici: ce fut bon pour Hollande*. Par la grâce de Nicolas Sarkozy qui depuis le début de la campagne, persiste dans l'erreur: comme les Républicains outre-Atlantique, il a tout misé sur la disqualification de l'adversaire, voire sur sa sous-estimation.

Cela n'avait pas marché pendant la primaire comme l'avait constaté à ses dépens Martine Aubry. Cela n'a pas marché avant le premier tour. Il y a peu de chance que ce soit efficace au second tour. D'autant que Nicolas Sarkozy s'est montré à la fois agressif et sur la défensive.

Agressif: quand on promet avant le match d'«exploser» quelqu'un, qu'on le décrit comme «nul» et que ce quelqu'un résiste, que non seulement il ne va pas au tapis mais rend coup pour coup, c'est ce quelqu'un qui en sort valorisé.

Défensif: à aucun moment, Nicolas Sarkozy n'a pu faire valoir une proposition d'avenir qui résume son projet, encore moins une perspective. Il était trop occupé à défaire le programme de son adversaire.

François Hollande a en revanche pu longuement insister sur le bilan du quinquennat et remettre en mémoire les différents aspects qui ont nourri l'impopularité du Président, notamment sur le mode d'exercice de la fonction présidentielle.

Nicolas Sarkozy lui a opposé le bilan de l'Espagne! Comme hier avant lui Giscard avait agité le spectre de la Pologne (qui était à l'époque derrière le Rideau de fer) face à François Mitterrand. En appeler aux erreurs prêtées au dernier président socialiste pour tenter d'affaiblir François Hollande, c’était un peu court, même si ledit Hollande s’était composé tout au long de l’émission un buste et une pose mitterrandienne.

Les flous de campagne

Dans le détail, on peut relever que Nicolas Sarkozy a mis en difficulté son rival sur l'immigration, tandis que ce dernier était très convaincant sur l'école.

Mais ni l'un ni l'autre n'ont été explicites sur la réduction nécessaire des déficits. François Hollande restant flou sur la dépense publique et Nicolas Sarkozy cachant soigneusement les hausses d'impôts qui seraient nécessaires puisque sur cinq ans, il prévoit d'augmenter de deux points le niveau des prélèvements obligatoires. S'il perd dimanche, on risque de ne retenir de Nicolas Sarkozy que ce visage tendu, ce discours manquant de hauteur –mauvais perdant en somme.

Mais on retiendra sans doute du débat –outre sa violence– qu'il fut à l'image de la campagne elle-même: un Sarkozy sur la défensive, un Hollande exclusivement préoccupé de contenir les assauts de son adversaire de façon à bouger le moins possible.

Reflet aussi d'une campagne marquée du sceau d'une erreur stratégique. Car Nicolas Sarkozy –qui avait pourtant analysé, décortiqué et admiré la campagne de François Mitterrand en 1988 (le «ni ni»)– a pourtant mis ses pas dans ceux de Jacques Chirac en 1988. Ce dernier avait fait la chasse aux voix lepénistes envoyant en avant-garde Charles Pasqua qui avait alors proclamé qu'il existait entre le RPR et le FN «des valeurs communes».

De la même façon, Nicolas Sarkozy a emprunté aux thèmes de Marine Le Pen, mais au lieu de les équilibrer et de les adoucir, il les a durcis. Pour preuve, son ralliement à cette invraisemblable trouvaille que serait «une présomption de légitime défense» dès lors qu'un policier ferait usage de son arme. Pour preuve également pendant le débat, l'assimilation faite entre immigrés et musulmans.

Droite+extrême droite, le mauvais calcul

1988 donc, droite plus extrême droite font 51% au premier tour, et Mitterrand gagne avec 54% des suffrages. Cherchez l'erreur! Elle est de considérer l'électorat droite plus extrême droite comme un bloc qu'il n'est pas et celui de Marine Le Pen comme homogène là où il y a au contraire hétérogénéité.

Pour un noyau dur de l'électorat frontiste, constitué autour du rejet de l'immigration, s'ajoute des catégories dites populaires (ouvriers, employés) qui ont surtout été sensibles à la thématique sociale de Marine Le Pen. Les premiers devraient voter Sarkozy sans difficultés, mais les seconds peuvent retrouver le chemin de leur famille d'origine, à savoir la gauche.

Cette stratégie a en outre un inconvénient majeur, c'est qu'en cas de défaite, elle laissera la droite dans un incertain idéologique et une problématique –celle de l'attitude qu'il convient d'avoir vis-à-vis de Marine Le Pen– propice à toutes les polémiques et à toutes les divisions.

Quand réformerons-nous la campagne?

Ce face-à-face tant attendu était enfin le reflet de deux défauts majeurs. Le premier est qu'il a consacré le triomphe de la politique spectacle. Des politiques à la remorque d'une règle du jeu imposée par les télévisions qui sont plus à l'aise dans l'organisation d'un spectacle que dans la mise en scène de débats de fond.

La forme de ce rendez-vous est donc certainement à revoir pour obliger à quitter les combats de personnes et à s'affronter sur des projets.

On objectera que c'est partout pareil, mais il y a sûrement des formules neuves à inventer. Comment, en effet, faire l'impasse en court de débat, sur le fact checking? Ce que les habitués de Twitter ont vite compris, puisque ces innombrables courts messages ont constamment repris les approximations et les erreurs. Il faudrait trouver un moyen d'injecter cela dans le cours même d'un débat.

Le second défaut tient à la conception même de nos campagnes présidentielles. On le sait pourtant, il est inutile et dangereux de prétendre livrer au pays des catalogues clé en main avec pour chaque catégorie sociale ou chaque corporation la mesure adéquate, engagement solennel, etc. Tout simplement parce que, dès le lendemain de l'élection, la réalité impose sa loi. Et oblige tout élu, avant toute chose, à s'adapter.

Un débat présidentiel devrait se limiter à l'exposé d'un projet de société, précédé d'une claire vision de la place relative de la France dans le monde et celle de l'Union européenne qui commandera tout le reste. En sachant que selon qu'on est de droite ou de gauche, on privilégiera la justice sociale ou la compétitivité, peu importe. En tous cas, que l'on ait une vision claire des critères idéologiques et politiques qui guideront les décisions; à charge ensuite pour le gouvernement issu des législatives de détailler un programme sur une période plus courte. Mais tant que les candidats prétendront, l'espace d'une campagne, avoir réponse tout, ils prépareront pour celui qui sera élu des lendemains qui déchantent.

Jean-Marie Colombani

* Ce que confirme un sondage LH2/Yahoo! réalisé juste après le débat. François Hollande apparaît comme le candidat que les téléspectateurs ont trouvé le plus sérieux au cours de ce débat (48% contre 44% pour Nicolas Sarkozy). Il est aussi apparu comme le plus sympathique, selon 48% des sondés également. Sur ce point, l’écart avec Nicolas Sarkozy est en revanche plus net: ce dernier a été jugé plus sympathique que son rival socialiste par 26% des personnes interrogées seulement, tandis que 26% des sondés ont répondu «ni l’un ni l’autre». [Sondage réalisé les 2 et 3 mai 2012 avec 498 individus ayant suivi le débat d'entre-deux-tours du 2 mai, recrutés du 27 avril au 2 mai au sein d'un échantillon de 1565 individus représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L'intégralité en PDF] Retourner à l'article

Jean-Marie Colombani
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