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G20, Otan, Europe, Syrie, Iran, ce qui attend François Hollande [Les dossiers du quinquennat]

Daniel Vernet, mis à jour le 08.05.2012 à 15 h 37

Les dossiers internationaux, absents de la campagne électorale, vont plonger immédiatement François Hollande dans le grand bain.

Légionnaire français à Kaboul en 2009. REUTERS/Ahmad Masood

Légionnaire français à Kaboul en 2009. REUTERS/Ahmad Masood

La fin du printemps est traditionnellement chargée en réunions internationales et c’est justement à ce moment-là que, depuis la mort de Georges Pompidou en 1974, a lieu en France l’élection présidentielle.

Le nouveau chef de l’Etat, quand ce n’est pas le sortant qui est réélu, est donc immédiatement confronté à ses collègues des autres puissances et aux problèmes du monde. Il ne les a sans doute pas négligés dans sa préparation personnelle, même s’il n’en a rien, ou si peu, laissé paraitre pendant la campagne électorale.

Trois rendez-vous important attendent le président de la République au cours des semaines qui suivront sa prise de fonction: le G8 à Camp David, près de Washington, le sommet de l’Alliance atlantique à Chicago et le conseil européen à Bruxelles. Réunions auxquelles il convient d’ajouter le sommet de la Terre à Rio qui sera l’occasion de rencontrer les dirigeants des pays émergents.

Des nuances

Dans l’administration, la préparation de ces rencontres ne peut pas attendre le verdict des urnes, dimanche 6 mai. Un haut diplomate du Quai d’Orsay reconnaissait d’ailleurs que les services travaillaient normalement, sans se soucier de l’issue du scrutin présidentiel. Ils ne planchaient pas sur deux hypothèses, ajoutait-il, comme pour souligner la continuité de la politique étrangère de la France.

Dans l’ensemble, il avait raison, même si des nuances étaient apparues entre les positions de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, en particulier en Afghanistan. Nicolas Sarkozy s’en tenait à l’accord qui avait été passé avec les alliés à la suite de la décision du président Obama de retirer le gros des troupes américaines d’Afghanistan en 2014. Après la mort des derniers soldats français –82 victimes depuis 2001—, il avait toutefois décidé que les forces françaises ne participeraient plus à des missions de combat.

François Hollande, pour sa part, a annoncé que s’il était élu, toutes les troupes françaises seraient retirées avant la fin de 2012. Les experts doutent que ce soit possible techniquement, ce qui laisse à penser que le retrait pourrait s’étaler dans le temps, au-delà de la fin 2012. Surtout si François Hollande veut appliquer sa décision sans braquer les alliés, notamment les Américains, dont il attend par ailleurs d’autres concessions.

Pas de changements attendus sur les dossiers iranien et syrien

Les socialistes ont critiqué le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan, décidé par Nicolas Sarkozy, mais un président de la République socialiste ne le remettrait pas en cause. Toutefois pour que cette démarché aide à un renforcement de l’Europe de la défense, François Hollande proposerait la création, au sein de l’Alliance, d’un état-major européen.

C’est une veille proposition à laquelle les Britanniques se sont toujours opposés, si cet état-major devait faire double emploi avec l’Otan, voire entrer en concurrence avec elle. S’il s’agit d’une chaine de commandement européenne, à l’intérieur de l’Otan, la Grande-Bretagne est prête à l’envisager. C’est une concession que les Américains eux-mêmes avaient consentie au Conseil atlantique de Berlin en 1996, mais la décision n’a jamais été vraiment mise en œuvre.

L’adjoint, actuellement un Britannique, au commandant en chef des forces alliées en Europe qui est traditionnellement un Américain, pourrait être nommé à la tête de cet état-major européen.

Au cours de ce sommet, deux sujets d’actualité seront également à l’ordre du jour: l’Iran et la Syrie. Sur le premier point, il est peu probable qu’on assiste rapidement à un infléchissement de la position française défendue par Nicolas Sarkozy. Et ce, bien que ce dernier ait été toujours en pointe dans la condamnation du programme nucléaire iranien et qu’il ait soupçonné Washington de chercher un accommodement.

La récente reprise du dialogue entre les grandes puissances et Téhéran, qui a eu lieu dans un climat plutôt positif, permet d’ajourner les décisions dramatiques.

La Syrie risque de placer le prochain président de la République devant un dilemme: intervenir ou non pour faire cesser la répression menée par Bachar el-Assad contre son peuple. Avec Nicolas Sarkozy, la France s’est beaucoup avancée. Depuis plusieurs mois déjà, la diplomatie française explique que le dictateur syrien, qui a été ménagé par l’Elysée jusqu’en décembre 2010, a perdu toute légitimité.

Renégocier le pacte de stabilité?

Le plan Annan, du nom de l’ancien secrétaire général de l’ONU, qui avait pour but de trouver une solution négociée au face-à-face entre le régime et l’opposition, civile comme armée, est en passe d’échouer, essentiellement à cause de la mauvaise volonté de Bachar el-Assad. Le ministre français des affaires étrangères Alain Juppé a menacé d’un recours à l’article VII de la Charte des Nations unies qui autorise une intervention armée quand la paix est menacée.

Les responsables français répètent que la Syrie n’est pas la Libye mais le prochain président de la République pourrait bien être amené à prendre, peu de temps après son entrée en fonction, une décision sur une participation de la France à une opération de force en Syrie.

Au G8 et plus encore sans doute au conseil européen de juin, la croissance sera à l’ordre du jour. François Hollande veut «renégocier » le pacte fiscal signé en mars dans la zone euro. Il n’est pas jusqu’à Angela Merkel qui ne se soit ralliée à cette idée, à condition, dit-elle, que le pacte fiscal soit ratifié tel quel. Un espace s’est donc ouvert pour la négociation.

Au G8, François Hollande pourra compter sur le soutien, au moins indirect, de Barack Obama. Les Américains s’inquiètent en effet de l’atonie de l’économie européenne. Même les agences de notation et les marchés financiers, si décriés de ce côte-ci de l’Atlantique, craignent que les politiques d’austérité appliquées à l’ensemble des Etats européens ne conduisent au cercle vicieux de la récession et à une aggravation du poids de la dette dans le PIB.

Partager le diagnostic ne veut pas dire être d’accord sur les remèdes. Quand des gouvernements conservateurs européens ou le président de la BCE, Mario Draghi, parlent de relancer la croissance, ils pensent à des réformes de structure, à la libéralisation du marché du travail voire à une nouvelle vague de privatisations. Pas nécessairement à une relance « keynésienne », avec emprunts communautaires et grands travaux européens à l’appui. Si François Hollande est dans la situation de devoir les convaincre, il devra donner des garanties de rigueur et faire des concessions sur les réformes.

Une chose est sûre. L’état de grâce sera très bref. Et François Hollande sera tout de suite plongé dans le grand bain.

Daniel Vernet

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