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Chômage: Sarkozy mise tout sur le 5, c’est le 10 qui sort

Gérard Horny, mis à jour le 03.05.2012 à 11 h 19

Le président-candidat avait un bilan à défendre, mercredi soir. Or sur l'emploi, le public a en mémoire ses promesses de 2007.

Nicolas Sarkozy, le 2 mai 2012, lors du débat avec François Hollande. REUTERS

Nicolas Sarkozy, le 2 mai 2012, lors du débat avec François Hollande. REUTERS

La bataille de chiffres à laquelle viennent de se livrer Nicolas Sarkozy et François Hollande dans leur grand débat télévisé a donné lieu à quelques dérapages. Nous en avons relevé quelques-uns, le plus important concernant l’emploi. Faut-il pour autant s’en offusquer?

Premier point: il n’est pas surprenant que chaque candidat à la présidentielle utilise les séries statistiques qui lui sont le plus favorables ou procède aux arrondis dans le sens qui lui convient. C’est de bonne guerre. D’ailleurs, il ne faut pas donner à ces chiffres une importance qu’ils n’ont pas: on n’est pas ici dans un débat académique à la recherche de la vérité scientifique; le chiffre est d’abord une arme que l’on balance à la tête de l’adversaire. Il est rare que le chiffre tue ou fasse vraiment mal, mais il est important de montrer qu’on a des munitions et qu’on est prêt à s’en servir; cela fait partie du spectacle.

Deuxième point: dans le débat du 2 mai, il était normal que Nicolas Sarkozy soit celui qui utilise le plus les chiffres et, au besoin, les «travaille» le plus. A la différence de François Hollande, qui n’avait à défendre que son projet, il devait, lui, défendre aussi un bilan, et la partie n’était pas gagnée d’avance…

Trop de chiffres ne sert à rien

Troisième point: même si ce recours aux chiffres est considéré comme un passage obligé, les candidats devraient résister davantage à la tentation d’en user. Trop de chiffres lasse et ne sert à rien.

Si les chiffres avancés concernent une réalité trop abstraite (comme les prélèvements obligatoires en pourcentage du PIB) ou trop éloignée, ils ne permettent pas de marquer des points.

Prenons l’exemple des chiffres du chômage à l’étranger: Nicolas Sarkozy avait raison de vouloir montrer que, dans la crise, la France ne s’était pas trop mal comportée en comparaison avec d’autres pays, mais il ne faut pas qu’il se fasse d’illusions. Les Français ne lui sauront pas gré d’avoir un chômage qui a moins augmenté qu’en Grèce ou en Espagne. Non seulement ils estiment que c’est la moindre des choses d’avoir obtenu ces résultats, mais le malheur des autres ne les console pas des leurs. Les comparaisons internationales ont une limite: ce qui intéresse les électeurs, c’est ce qui se passe chez eux.

Et, sur ce point, les chiffres ne sont pas d’une grande utilité. Les conseillers de Nicolas Sarkozy ont pu s’évertuer à chercher dans les statistiques établies selon les normes du Bureau international du travail des motifs d’une relative satisfaction, cela n’a convaincu que ceux qui avaient envie de l’être.

Le chômage est une réalité trop présente, trop proche du vécu des gens pour qu’il puisse être possible de l’enjoliver par des chiffres: ceux qui ne sont pas au chômage peuvent voir des chômeurs dans leur famille, leur voisinage, etc. On ne peut pas leur raconter d’histoires.

Pas mauvais sur la crise, mais...

De surcroît, dans le cas précis de cette élection, ce n’est pas réellement le bilan du président sortant qui pose un problème, mais l’écart entre la réalité économique en ce printemps 2012 et ce qui avait été annoncé à grand fracas en 2007.

La gestion de la crise par Nicolas Sarkozy, si l’on veut bien être honnête et juger les choses objectivement, n’a pas été mauvaise, même si le taux de chômage est remonté très près du seuil de 10% de la population active. Il n’est pas du tout sûr qu’un président de gauche aurait obtenu de meilleurs résultats en termes d’emploi et de pouvoir d’achat.

Là où le bât blesse, c’est que le candidat Sarkozy avait fanfaronné en promettant une baisse du taux de chômage à 5% en cinq ans et en invitant les électeurs à en tirer les conséquences s’il n’y parvenait pas. Il a ainsi posé un piège qui risque de se refermer sur lui: promettre 5% et obtenir 10%, cela se paie.

Mais il y a eu la crise, disent le principal intéressé et ses supporters. Certes, mais un candidat à l’élection présidentielle doit savoir, surtout quand il a été auparavant ministre de l’Economie, que, dans une économie ouverte, le niveau de l’emploi dépend d’abord de la conjoncture internationale, ensuite seulement de la politique menée à l’intérieur du pays et qu’une crise est toujours possible. S’engager cinq ans à l’avance sur un taux de chômage est une pure folie.

Nicolas Sarkozy a joué son avenir politique comme on joue à la roulette. Il a tout misé sur le 5 et c’est le 10 qui est sorti. Il a pris des risques, il doit l’assumer et ne pas trop s’étonner si, le 6 mai, les électeurs lui signifient qu’il doit quitter la table de jeu.

Gérard Horny

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Journaliste
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