Monde

Israël: des élections anticipées pour faire face à l'iran

Jacques Benillouche, mis à jour le 04.05.2012 à 6 h 57

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, veut transformer les élections législatives anticipées en plébiscite et avoir ainsi une plus légitimité pour agir face à la menace nucléaire iranienne.

Benjamin Netanyahou Ronen Zvulun / Reuters

Benjamin Netanyahou Ronen Zvulun / Reuters

Tous les dirigeants israéliens, à l’exception des religieux orthodoxes du parti Shass, sont aujourd'hui d’accord pour avancer la date des élections législatives, prévues en 2013, certainement au 4 septembre 2012. La proportionnelle intégrale s’applique encore à ce scrutin malgré les promesses non tenues de la modifier.

Seul le parti Shass refuse car il est convaincu de laisser des plumes dans le nouveau scrutin. Les sondages le créditent de 8 mandats au lieu des 11 dont il dispose aujourd’hui. Il est dans la tourmente. Un de ses députés, le rabbin Haïm Amsallem, a fait scission et se représente sur une liste indépendante après avoir critiqué le parasitisme des jeunes des écoles talmudiques qui ne travaillent pas et refusent d’accomplir le service militaire. Enfin, Arieh Dheri, l’ancien chef du parti, qui vient de purger sa peine de prison pour malversation, en conflit ouvert avec le chef du parti, le ministre de l’intérieur Eli Ishaï, envisage de ramener à lui ses anciens partisans dans une liste dissidente.

Tsipi Livni et Kadima sur la touche

Autre changement dans le paysage politique israélien, le parti centriste Kadima qui était arrivé en tête aux élections de 2009 avec 28 députés vient de perdre son chef de file Tsipi Livni remplacée par l’ancien chef d’État-Major Shaoul Mofaz. Ce dernier s’est donné comme objectif ambitieux de battre la coalition actuelle et d’être le futur premier ministre. Un peu contesté au sein de son propre parti, il veut profiter des nouvelles élections pour raffermir et crédibiliser sa position. Le départ pour d’autres horizons de Tsipi Livni, qui vient de démissionner du parti et de son poste de député, l‘affaiblit et il ne peut compter que sur la réélection de 11 à 13 députés.

Le retour des travaillistes

Le parti travailliste, éclaté après le départ d’Ehoud Barak qui a choisi l’alliance gouvernementale avec la droite, avait été réduit à la portion congrue avec quelques 8 députés. La nouvelle secrétaire générale, Shelly Yachimovich, a dynamisé ses troupes, défini un programme et orienté son parti pour s’opposer à la coalition actuelle. Elle est créditée de 15 sièges. Le grand perdant serait Ehoud Barak qui verrait son micro parti, Hatsmaout, disparaitre de l’échiquier politique.

Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Israël Beiteinou, maintiendra son potentiel avec 15 députés. Phagocyté depuis qu’il est entré au gouvernemental et converti au pragmatisme, il cherche à exister en menaçant le chef du gouvernement actuel: «Nos obligations vis-à-vis de la coalition ont pris fin». Son parti, qui garderait le même nombre de députés, sera le trublion d'extrême droite de la coalition.

Un nouveau venu dans la compétition, Yaïr Lapid, journaliste vedette de télévision, veut rééditer l’exploit de son père qui avait créé un parti centriste, «Changement», et qui compte surfer sur des thèses strictement laïques et anti religieuses. Tsipi Livni pourrait être tentée de le rejoindre et lui apporterait sa caution et son expérience gouvernementale.

Le Likoud devant

Evidemment si Benjamin Netanyahou, le premier ministre, appelle de ses vœux des élections anticipées, c'est que les sondages placent son parti, le Likoud, en tête avec 31 mandats sur 120, donc loin devant Israël Beiteinou à 15, les travaillistes à 15, Kadima à 12, Lapid à 11 et Shass à 8. Arrivé deuxième en 2009, Benjamin Netanyahou avait été nommé premier ministre par défaut après le refus de Tsipi Livni de conduire la coalition. Un succès électoral lui donnerait évidemment plus d'autorité.

D’autres raisons  l’incitent à avancer le scrutin car il doit faire face à la grogne de trois anciens généraux qui ont figuré à des postes importants et ont manifesté chacun leur désir d’entrer en politique et pourraient lui faire de l'ombre. Il s'gait de Meir Dagan a dirigé le Mossad pendant plus de 10 ans, de Gabi Eshkénazi qui a été l’avant dernier chef d’État-Major et de Youval Diskine a occupé le poste de chef du contre-espionnage. Ils sont sollicités par le parti travailliste et le nouveau centre de Yaïr Lapid qui ont besoin de généraux s’ils veulent être crédibles sur les thèmes sécuritaires indispensables à tout parti de gouvernement en Israël. Ces généraux sont tenus, par la loi, à un délai de carence de deux ans avant d’entrer en politique. En avançant la date des élections, Benjamin Netanyahou élimine de fait des concurrents sérieux.

Contourner Obama

Benjamin Netanyahou n’est évidemment pas motivé par les seuls problèmes politiques internes. Ces nouveaux visages entrés en politique contestent la position du gouvernement sur une éventuelle frappe militaire contre l’Iran. Ils sont opposés à une démarche alarmiste qui tend à inquiéter la population et sur la position va-t-en-guerre du gouvernement. Ils comptent sur l’expérience acquise aux postes où ils détenaient les informations les plus sensibles et les plus secrètes. L'ancien chef du Shin Bet, Yuval Diskine, a lancé à la radio une critique sans appel des volontés guerrières de Benjamin Netanyahou: «Je n'accorde aucun crédit à des dirigeants qui fondent leurs décisions sur des sentiments messianiques.» Il estime même que Benjamin Netanyahou et Ehoud Barak ne sont pas «qualifiés» pour gérer la menace iranienne.

Les journaux étrangers glosent sur «la révolte des généraux israéliens» qui se montrent plus que réservés sur une attaque contre l’Iran. Ces contestataires sont accusés de n’avoir jamais fait état de leur point de vue lorsqu’ils étaient en fonction et de n’avoir pas démissionné de leur poste pour marquer leurs divergences. Ces propos très sévères sur Benyamin Netanyahou et Ehoud Barak succèdent à une déclaration du chef d'État-Major israélien Benny Gantz, qui a estimé que «les dirigeants iraniens sont très rationnels et qu’ils ne décideront pas de franchir le dernier pas pour la production d'armes nucléaires».

Répondant aux rumeurs qui circulent sur un possible raid aérien contre des installations nucléaires iraniennes pour empêcher l’Iran de se doter de l'arme atomique, l'ancien patron du Mossad, Meïr Dagan, avait pour sa part tourné en dérision l'idée de frappes contre l'Iran en les qualifiant de «stupide». Selon lui, «le moment n’est pas venu d’attaquer le programme nucléaire iranien. Le régime en Iran est rationnel. Leur rationalité est différente de la manière occidentale de la pensée mais les iraniens envisagent toutes les implications de leurs actions»

Le clan des pro-américains devient à présent très actif. L’ancien premier ministre Ehud Olmert vient de déclarer à New-York que: «les israéliens sont persuadés qu’un Iran nucléaire met en péril leur existence. Nous devons tout faire pour nous défendre contre ce péril. Mais cela est déjà fait par la communauté internationale sous la direction des États-Unis».

Le problème d’une action unilatérale d’Israël contre l’Iran est ainsi posé et la dépendance vis-à-vis de l’administration américaine sera au centre des débats des élections législatives. Le premier ministre attend un plébiscite de ces élections pour être en position de force face à un Barack Obama en pleine campagne présidentielle. Il tient à être le seul à décider d’une attaque contre l’Iran et veut effacer l’image qu’il a le dos au mur contre un «quarteron de généraux». Les américains craignent qu’une victoire éclatante de Benjamin Netanyahou l’incite à lancer une attaque solitaire que depuis plusieurs mois ils tentent d'empêcher pour favoriser une solution diplomatique. Les élections législatives en Israël seront bien plus liées aux questions de sécurité et de politique internationale qu'aux problèmes économiques.

Jacques Benillouche

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Journaliste
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