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Sarkozy et Hollande, les Janus de la politique française

Eric Le Boucher, mis à jour le 02.05.2012 à 18 h 42

Le président-candidat est-il libéral? Etatiste? Dépensier? Vertueux germanique? Nationaliste-protectionniste? Et Hollande? La finance est-elle son ennemi? Ou rend-il hommage à celui qui a libéralisé la Bourse en France?

Des affiches de campagne de François Hollande et Nicolas Sarkozy. REUTERS/Philippe Wojazer

Des affiches de campagne de François Hollande et Nicolas Sarkozy. REUTERS/Philippe Wojazer

Pour qui allez-vous voter? Non, ma question n’est pas de vous demander pour lequel des deux. Mais savez-vous qui sont vraiment ces deux candidats? La campagne nous laisse dans une grande ignorance de ce que feront vraiment l’un ou l’autre s’il est élu. Que sera Sarkozy 2? Le libéral (affiché) de 2007 s’est-il transformé en nationaliste-protectionniste en 2012? Le dépensier de 2007 serait-il devenu un vertueux germanique en 2012? Et François Hollande? Il ne promet pas grand-chose, mais entre la City et le peuple de gauche comment choisira-t-il?

Espérons que le débat télévisé de mercredi 2 mai va clarifier le paysage. Parce qu’il en a bien besoin. La journée du 1er mai illustre l’ ambiguïté des politiques à la caricature. Nicolas Sarkozy au Trocadéro et François Hollande à Nevers, deux discours qui soulèvent la question: mais qui sont-ils vraiment?

Commençons par Nicolas Sarkozy au Trocadéro. Le voilà qui cite dans la foulée, Chateaubriand et Hugo, lisant un texte visiblement préparé par l’éternel Henri Guaino. Le but, a expliqué à la presse cet esprit sympathique mais rocambolesque, est de tracer le grand fil de l’héritage de la France éternelle.

Que nous dit Sarkozy?

Roulements de tambour et grand tralala tricolore: s’agit de montrer ses muscles droits aux électeurs du FN. Mais quand même, l’histoire ne mérite pas ce mélange. Rappelons que le Trocadéro est la victoire d’un corps expéditionnaire français négocié avec la Sainte-Alliance à Louis XVIII contre les révolutionnaires espagnols. Chateaubriand était en effet ministre des Affaires étrangères du roi restauré, mais Victor Hugo n’aurait sûrement pas apprécié d’être cité à son côté. Qu’importe. Notre Sarko n’est pas à ça près, il a mis aussi Jaurès et De Gaulle dans le même paquet. L’essentiel est que ça fasse «français», ça madame!

Mais quand il s’agit, un peu plus loin dans le discours, de nous annoncer «un nouveau modèle social français» [PDF], on reste interloqué. Nouveau, vraiment? Ou traditionnel dans le grand fil de l’histoire? Et quel est ce modèle? J’ai lu et relu et je cherche encore.

Le modèle libéral? Peut-être, puisque le président-candidat a vanté «la réussite» comme exemple. Il l’a opposée à «la jalousie socialiste». Peut-être, puisqu’il veut replacer les négociations sociales au sein des entreprises, c’est une des mesures importantes de son projet.

Mais est-ce si clair? Nicolas Sarkozy libéral? Qui le croit encore? Il a dit toute la semaine beaucoup de mal des syndicats, ces «corps intermédiaires» décriés, mais au Trocadéro,  il a rappelé «le rôle décisif» qu’ils ont joué après-guerre. Allez comprendre! Il a attaqué à nouveau les 35 heures. Mais que ne les a-t-il supprimées comme président? Le «libéral» est surtout foncièrement étatiste. C’est toute l’ambiguïté de sa politique passée, ambiguïté qu’on a retrouvée dans son discours du 1er mai.

Que nous dit Hollande?

Et François Hollande à Nevers sur la tombe de Pierre Bérégovoy? L’ambiguïté est aussi à son comble. Le candidat socialiste a la finance «comme ennemi principal», cette finance sans visage! Et bien, si elle a un visage en France cette finance, c’est celui de Pierre Bérégovoy justement! Ministre des Finances puis Premier ministre sous François Mitterrand, il a été l’homme qui a libéralisé la Bourse et la finance en France. C’est lui qui a facilité l’internationalisation de la dette française, qui a fait sauté les régulations des banques. Quel culot!

Sans doute François Hollande voulait-il rendre hommage à un homme modeste, un ouvrier, un syndicaliste devenu Premier ministre. Ce n’est pas injustifié. Pierre Bérégovoy a été très utile à la France et son suicide, pour un prêt d’un million de francs par un ami qu’on découvrira affairiste, prouve son honnêteté. Il méritait un hommage. Mais quand même, voilà un salut dirigé vers un libéral de gauche, on dit aujourd’hui ultra-libéral.

Toute l’idéologie de l’époque Jospin a été construite en partie contre Bérégovoy. François Hollande était alors premier secrétaire du PS. Alors que comprendre? François Hollande nous indique-t-il par cette visite à Nevers sa vraie direction? Allez savoir.

Comme pour Sarkozy, je cherche où ces candidats vont vraiment nous emmener. En saurons-nous plus à l’issue du débat?

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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