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France, Grèce, Serbie: votes en Europe, votes sur l'Europe

Installation d'un drapeau grec flambant neuf sur le toit du Parlement, le 18 avril 2012. REUTERS/Yannis Behrakis

Installation d'un drapeau grec flambant neuf sur le toit du Parlement, le 18 avril 2012. REUTERS/Yannis Behrakis

Ce 6 mai ont lieu des élections majeures en Serbie, en Grèce et en France. Avec l'Europe au cœur du débat.

Dimanche de vote en Europe. D'apparence, les problématiques à aborder en Grèce, en France et en Serbie s’avèrent différentes. Mais chaque élection dessine les contours politiques à venir du continent.

Grèce : le plan de sauvetage européen en question

La Grèce brûle dans le feu des cures d'austérité. Les grèves n'y peuvent rien, la rigueur est imposée  par le Fonds monétaire international et l'Union européenne. Pourtant, les Grecs sont lucides. «Ils sont conscients de leur situation, analyse Corinne Deloy, du Centre d'étude des relations internationales à Science Po Paris. Ils n’accusent ni les banquiers ni l'Europe mais leur classe politique nationale . Au fond, ils savent qu'il y a des efforts à donner mais ne veulent pas souffrir.»

La méfiance à l'égard de cette classe politique a eu plusieurs effets ces derniers mois, parmi lesquels l'éclatement des partis. Nouvelle démocratie (ND, Néa Dimokratía), de centre droit, a ainsi vu quelques-uns de ces membres construire de nouveaux mouvements.

Dora Bakoyannis, ancienne maire d’Athènes et ex-ministre des Affaires étrangères, a fondé l'Alliance démocratique (DS, Dimokratiki Symmachia) tandis que Panos Kammenos, ancien ministre de la Politique maritime et insulaire a créé le Parti des Grecs indépendants.

La première avait été exclue de ND en 2010 pour avoir voté le plan de sauvetage européen du Pasok (Panellínio Sosialistikó Kínima; Parti socialiste de l'ancien premier ministre Georges Papandréou), le deuxième a quitté le parti après son refus d'accorder sa confiance à Lucas Papademos, l'actuel premier ministre grec.... «C'est pour cela qu'une coalition de droite aurait peu de chance de fonctionner à long terme, sauf si ces petits partis viennent à se ranger réellement derrière ND », note Corinne Deloy.

Dans la logique du désir d'un nouveau visage politique en Grèce, c'est Nouvelle démocratie qui semble tirer son épingle du jeu. «Ils ont su mettre de nouveau visage dans leur parti, ce qu'essaye de faire aussi le Pasok, avec moins de succès. Dans un pays où la droite et la gauche ont été représentés par deux familles pendant longtemps, c'est un énorme changement», explique celle qui est aussi rédactrice de l'Observatoire des élections en Europe de la Fondation Robert Schuman.

« Dans tous les cas, pour la stabilité du pays, beaucoup veulent un gouvernement d'union nationale gauche-droite qui puisse sortir le pays de la crise » C'est là que les enjeux de ces élections grecques surgissent plus que jamais. D'un côté, le Pasok de l'ancien ministre des Finances Evangelos Venizelos qui cherche à réformer suivant les ordres du FMI et de l'Union européenne. De l'autre, Nouvelle démocratie d'Antonis Samaras qui promet, lui, de renégocier le plan de sauvetage. (Pour en savoir plus sur la situation générale de la Grèce, il y a notre dossier)

Oui à la Serbie européenne, non au Kosovo indépendant

Plus au nord, la Serbie. Le 1er mars, l'ancienne République yougoslave a obtenu le statut officiel de candidat à l'adhésion à l'Union européenne. Une victoire pour Boris Tadić, l'actuel président du pays, qui se sert de cette étape importante pour légitimer sa reconduite au même poste le 6 mai prochain lors de l'élection présidentielle et pour encourager la réussite de son parti, le Parti démocrate (Demokratska stranka), aux législatives ayant lieu le même jour.

Mais en face, donnés gagnants, les progressistes (Srpska napredna stranka) de Tomislav Nikolić  prennent l'exemple de la Turquie — qui frappe à la porte de l'Europe depuis la fin des années 80 — pour discréditer la position pro-européenne des démocrates.

Pour Rosa Balfour, analyste au sein du think thank EPC (Centre des politiques européennes), «On sait plus ou moins qu'il y aura un gouvernement de coalition, ce qui n'est pas clair, c'est l'orientation de cette coalition. Tous les scénarios sont possibles.» Tadić et les démocrates pourraient de pas sortir vainqueur des scrutins de dimanche mais, se trouver tout même au commande d'un gouvernement — avec l'intégration européenne pour horizon.

Une coalition menée par Tomislav Nikolić serait plus difficile à digérer pour les Européens, même si, comme l'explique Rosa Balfour,  «les partis politiques ont dans l'ensemble compris que l'avenir de la Serbie est en Europe.»

Et Jacques Rupnik, directeur de recherche à Science po, de noter:

«Un gouvernement Nikolić ne serait pas si terrible pour l'Europe, juste plus difficile. Les radicaux sont moins radicaux qu'ils ne l'étaient, ils deviennent progressistes. Plus l’époque Milošević  s'éloigne, plus il devient difficile de faire ressusciter des postures agressives et intransigeantes.»

Les démocrates et les progressistes ont cependant un point d'entente contre l'Union européenne. Ils veulent un Kosovo serbe alors que 22 États membres de l'UE le reconnaissent comme un État indépendant qu'ils intègrent dans le processus d'intégration européenne.

De frontières en règle d'or

Tout au long du cheminement de la campagne française, le thème de l'Europe est parfois apparu important, d'autres moins. Nicolas Sarkozy a eu bien des tendances nationalistes avant le 1er tour, notamment en s'en prenant à l'Espace Schengen. La semaine, dernière, il a résumé son projet en proposant de «remettre les frontières au centre du débat et de la question politique»:

«La frontière est au cœur du problème de l’immigration, au cœur du problème économique, au cœur du problème de la réciprocité, au cœur de la lutte contre les dumpings, au cœur du problème fiscal, au cœur de la lutte contre les trafics.»

Des propositions qui ont déplu : «Nicolas Sarkozy fait une campagne épouvantable. C'est d'autant plus étrange qu'il aurait pu défendre le bilan plutôt bon de sa présidence sur le plan européen », estime Corinne Deloy. En face François Hollande n'est pas en reste.

S'il est élu, il déclare vouloir renégocier le nouveau traité budgétaire qui impose une règle d'or en y incluant plus de mesures pour la croissance. Une renégociation qui fait débat quant à sa réalisation, car certains États ont déjà ratifié ce traité.

En Grèce, l'Union européenne semble être devenue un fait allant de soit malgré l'austérité imposée. En Serbie, les anciens radicaux ont accepté tant bien que mal l’intégration européenne comme une évidence. En France, le président de la République sortant, qui n'a à priori aucune raison d'attaquer l'UE, est celui qui se montre le plus réactionnaire à son égard. Etranges élections…

Maxence Peniguet

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