Life

Existe-t-il une éducation à la française?

Rachael Larimore, mis à jour le 11.05.2012 à 11 h 49

Une maman américaine et un papa français discutent du livre controversé de Pamela Druckerman sur l’éducation. Episode 1.

Mange tes haricots verts! (Green Beans / rpongsaj via FlickrCC Licence by

Mange tes haricots verts! (Green Beans / rpongsaj via FlickrCC Licence by

Cher Jean-Marc,

Je suis maman depuis plus de huit ans à présent et, pour tout avouer, je n’avais jamais vraiment lu jusqu’au bout d’un livre d’éducation. Mais j’ai trouvé irrésistible celui de Pamela Druckerman, intitulé Bringing Up Bébé: One American Mother Discovers the Wisdom of French Parenting (Parlons de bébé: une maman américaine découvre la sagesse de l’éducation à la française), surtout parce que des livres qui assènent aux parents américains qu’ils font tout mal déclenchent à tous les coups une controverse. Je te remercie de prendre part à cette discussion; j’ai hâte de connaître ton point de vue de parent français sur ce livre.

Je me présente: j’ai trois enfants âgés de 2 ans à 8 ans. Lorsque mon mari et moi avons décidé de fonder une famille, j’ai, à l’instar de Pamela Druckerman, amassé une pelletée de livres sur la grossesse et l’éducation.

En revanche, contrairement à elle, je n’ai pas plongé dedans ni retourné en tous sens la question de savoir quel «style éducatif» nous conviendrait le mieux. Nous nous sommes arrangés avec ce que j’aime à appeler la méthode «par tâtonnements».

Nos enfants chipotent à table et ils regardent probablement trop la télévision. Parfois, ils se tiennent mal au restaurant. D’un autre côté, ils sont heureux, travaillent bien à l’école et montrent généralement du respect envers les autres. Sans doute Pamela Druckerman trouverait que mon mari et moi passons trop de temps avec eux. Mais j’aime jouer au Monopoly et lire les livres de Harry Potter, et mon mari adore les Lego, alors nos enfants sont collés à nous pour un moment.

Même si Pamela Druckerman pourrait ne pas approuver entièrement mes méthodes, j’ai trouvé d’admirables choses dans les siennes.

Contrainte d’élever un enfant dans un milieu relativement nouveau pour elle, elle a posé son œil de journaliste sur les parents qui l’entouraient: pourquoi les bébés français sont-ils si calmes comparés au mien? Comment ces mamans françaises font-elles?

Confrontée à la même situation, j’aurais été tentée de me recroqueviller sur mon petit monde ou de commencer à regarder les annonces immobilières pour retourner aux Etats-Unis. Et j’apprécie que Pamela Druckerman fasse part des difficultés qu’elle a rencontrées en essayant d’adopter des techniques d’éducation à la française. Cela épargne au livre un ton trop moralisateur, et humanise son auteur. Elle ne prétend pas avoir découvert un remède miracle à appliquer immédiatement contre les petits garnements.

Il n’empêche que j’ai quelques problèmes avec ce livre (et c’est toujours plus drôle de parler de cela, non?).

Mon plus gros problème est que, pour écrire un livre qui ne fasse pas 800 pages et qui ne soit pas sec comme une trique, Pamela Druckerman généralise à outrance lorsqu’elle définit l’«hyperparenting» comme l’archétype de l’éducation américaine.

Bien sûr certains parents surchargent l’emploi du temps de leurs enfants et sont obnubilés par chacun de leurs progrès, et j’admettrais qu’il existe bien une pression sociale qui pousse à montrer qu’on est un bon parent en faisant passer les moindres besoins de son enfant avant tout. Mais je pense que cette description est plutôt celle des parents citadins de la classe-moyenne-supérieure. Je suis curieuse de connaître tes réactions à son tableau de l’éducation à la française.

Cela dit, j’ai l’impression que Pamela Druckerman est sincère lorsqu’elle tente de convaincre les parents américains qu’en faisant un petit effort dès le commencement, ils pourraient vraiment avoir des enfants plus calmes, en meilleure santé et disposer de plus de temps pour se reposer.

Mais le portrait qu’elle dresse des mamans françaises, qui, sveltes, jolies et bien habillées, élèvent des enfants heureux et sages, tout en travaillant et en improvisant chaque soir des dîners équilibrés est intimidant (même si, comme je le suspecte, c’est trop beau pour être vrai) et plus à même de mettre ses lecteurs sur la défensive que de les aider à changer leurs habitudes.

Jean-Marc, j’attends impatiemment tes observations sur ce livre. Existe-t-il une éducation à la française? Après avoir lu les descriptions que fait Pamela Druckerman des enfants américains, as-tu reporté tes projets de visiter notre grand pays? Et enfin, comment AS-TU FAIT pour que tes enfants mangent leurs haricots verts?

Rachael

Traduit par Florence Boulin

» La réponse de Jean-Marc Proust

Rachael Larimore
Rachael Larimore (4 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte