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Sarkozy-Hollande, de Roland-Garros à l'Elysée

Yannick Cochennec

Après avoir noté les candidats à la présidentielle, Yannick Cochennec analyse le duel comme s'il s'agissait de la finale du tournoi français.

Montage grossier réalisé à partir de la remise de la coupe de l'Open de Monte-Carlo 2012 (REUTERS/Olivier Anrigo). Image des candidats Reuters/Régis Duvigneau

Montage grossier réalisé à partir de la remise de la coupe de l'Open de Monte-Carlo 2012 (REUTERS/Olivier Anrigo). Image des candidats Reuters/Régis Duvigneau

Ce n’est pas la finale de Roland-Garros, mais ça y ressemble tant cette campagne électorale, très longue, aura ressemblé à un épuisant match au meilleur des cinq sets sur une terre battue souvent lourde (sans compter les mauvais rebonds).

Nicolas Sarkozy-François Hollande en guise de bouquet final de cet Elysée 2012, c’est un peu comme un affrontement prévisible entre Novak Djokovic et Rafael Nadal. Tout le monde anticipait que ça se terminerait par ce duel-là, à l’image des deux meilleurs mondiaux du circuit ATP opposés lors des trois dernières finales du Grand Chelem et qui viennent encore d’en découdre à Monte-Carlo.

Comme nous l’avions fait en octobre dernier lors des primaires socialistes, où nous avions jaugé les qualités «raquette en main» de François Hollande et Martine Aubry en finale à Solferino, nous avons évalué les coups des deux «champions» de cette présidentielle en les notant.

Si Nicolas Sarkozy a semblé perdre la première manche, dimanche 22 avril, il n’a pas joué petit bras —doux euphémisme— jusqu’au vendredi 4 mai, terme de la campagne officielle. Deux styles de jeu radicalement opposés se sont affrontés dans une lutte sans merci. Les voici exposés et détaillés…

FRANÇOIS HOLLANDE

Service: 7,5

Un adepte de la «première-deuxième» balle. Comme Rafael Nadal, il mise sur son pourcentage élevé de premières balles sans risques excessifs. L’essentiel est d’assurer. Mais c’est une mise en jeu très travaillée (et depuis longtemps) avec des variations et des effets liftés tantôt à gauche, tantôt à droite. Sait également servir sur le ventre de son adversaire quand il le faut.

Retour: 8,5

Utilise des prises très fermées qu’il ne change que très rarement. Possède une excellente philosophie en matière de retours. Il peut prendre des risques ou jouer en sécurité que ce soit en coupant, en recouvrant ou en bloquant. Est capable d’utiliser le retour-volée à l’occasion. Ne panique pas. Très bon contreur.

Coup droit et revers: 7

Très bonne technique générale, avec une bonne sécurité en coup droit et en revers qu’il joue, bien sûr, à deux mains pour plus de contrôle. Beaucoup de relâchement et de fluidité dans ses frappes. Est capable de neutraliser le jeu en faisant des ronds avec son coup droit, mais aussi d’évoluer à des cadences très élevées lorsque le rythme s’accélère. Jeu à l’espagnol qui manque de folie, même s’il possède le sens de l’amortie et du lob. Il lui arrive d’être gêné sur les balles basses en revers, sur sa gauche.

Volée: 5,5

Ce n’est pas son point fort tout simplement parce qu’il monte rarement au filet –ce n’est pas son jeu. Mais lorsqu’il y est contraint, il possède une bonne finition. Au centre, en revanche, quand la volée est plus difficile et sous tension, il est plus en danger. Allonge correcte à gauche comme à droite. Smash de qualité. Du toucher de manière générale. Technique sobre et juste, mais rien de spectaculaire.

Physique: 7

Longtemps son point faible. Ne semblait pas avoir la «caisse» pour aller au bout. Traînait un petit bedon à la Leconte. Heureusement, il a fini par s’assécher au terme d’une longue préparation. Se révèle plus endurant qu’on l’imaginait. Ne possède pas une puissance hors du commun, mais il est agile et vif. Bon jeu de jambes relativement économique. Il est plus rapide que son apparente nonchalance peut le laisser croire.

Mental: 6,5

N’a pas toujours eu le sens de la gagne chevillé au cœur. A dû faire de gros efforts sur lui-même pour trouver cette confiance en lui nécessaire dans les moments les plus importants. Self-control, simplicité des choix techniques et tactiques, détermination et courage figurent néanmoins parmi ses premières qualités. Reste la grande question de sa fébrilité lorsque vien(nen)t la (ou les) balle(s) de match. Tendance à la passivité lors des instants décisifs comme Andy Murray.

Tactique: 7,5

Utilise des schémas simples et efficaces quitte à paraître trop «lisible» pour l’adversaire même si ce dernier se laisse souvent piéger par les balles cotonneuses au centre du terrain du Corrézien. Il y a du Chang chez ce Hollande où l’intelligence de jeu paraît supérieure à son bagage technique. Il ne faut pas compter sur lui pour faire le jeu.

NICOLAS SARKOZY

Service: 8,5

Prise de risque maximale si bien qu’il le paye par un nombre parfois élevé de doubles fautes. Mais il reste l’un des serveurs les plus puissants du circuit où, comme l’on dit, il envoie souvent du bois (quel kick à droite!). Il arrive à cumuler rythme, souplesse et puissance et il varie énormément les effets et les angles. Sa deuxième balle est exceptionnelle d’audace.

Retour: 7,5

Son temps de réaction est très rapide et il sait parfaitement retourner dans les pieds grâce à des petits slices très vicieux. Il est souvent en difficulté quand on lui sert haut sur le revers. Gros esprit d’entreprise en se montrant particulièrement incisif en retour-volée qu’il peut utiliser de manière un peu trop systématique. La sécurité n’est pas son fort: il préfère tenter le coup de force d’entrée.

Coup droit et revers: 6,5

Dans l’ensemble, son jeu est très percutant et très porté vers l’attaque. En passing-shot, grâce à son agressivité et à sa combativité, il surprend souvent ses adversaires en bout de course où il n’est jamais meilleur. Mais sa technique est à hauts risques. Il gagnerait à temporiser et à utiliser davantage de nuances. Joue trop à plat. Il paye un jeu de jambes qui manque de légèreté. Son revers à contre-pied reste redoutable.

Volée: 8

Il possède la volée longue, la volée courte, la volée en force et la volée amortie dans la plus pure tradition australienne. Sa couverture du filet est exceptionnelle. Il y est véritablement «chez lui». Peut abuser du plongeon pour aller notamment cher les balles les plus lointaines sur son coup droit. Dommage que par excès de précipitation et manque de coordination, le smash parte souvent dans les décors. Il prend des risques en permanence.

Physique: 6,5

C’est un bagarreur généreux. Il aime sauter, courir et faire des efforts. Sa débauche d’énergie peut néanmoins l’handicaper dans la simplicité et l’économie de son jeu de jambes. Son déplacement est également trop heurté. S’use dans des gauches-droites incessants qu’il pourrait davantage éviter si ses choix tactiques étaient plus clairs.

Mental: 7

Il a extrêmement confiance dans ses forces et ne semble jamais douter de lui-même. Il ose en permanence. Sur tous les fronts. Ne marine jamais dans des pensées négatives. Il sait très bien «bluffer» au service et lorsqu’il monte au filet «en chaussettes». Il croit en lui et il fonce. Mais ses émotions prennent encore trop le dessus. Quelques prises de bec agaçantes avec les arbitres. Il en veut beaucoup. Trop parfois.

Tactique: 5

Joueur souvent brouillon dont on se demande fréquemment quel est le schéma tactique même si rester sur sa ligne de fond de court n’est clairement pas son genre de beauté. Parce qu’il aime jouer en trois ou quatre coups de raquette, il est plus à l’aise sur surfaces rapides que sur terre battue où sa concentration volatile peut être prise en défaut. Gros talent d’improvisation, mais peut perdre très vite son timing.

***

Soit un léger avantage pour l'outsider contre le tenant du titre... Balle de match, dimanche à 20h.

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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