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Somatoline: la crème amaigrissante pour les hommes qui sont aussi bêtes que les femmes

Hugues Serraf, mis à jour le 01.05.2012 à 9 h 10

J’ai testé la crème du moment chez les types de mon âge, celle qui fait fondre la bouée abdominale comme un eskimo glacé sur une plaque chauffante. Je ne suis pas épaté.

Inner tubes Ian Ransley Design via FlickrCC License by

Inner tubes Ian Ransley Design via FlickrCC License by

J’avais un peu honte d’en parler, mais j’ai le sentiment de faire avancer la cause du sexe fort en ne restant pas silencieux:

On ne s’en rend pas nécessairement compte parce que j’ai la chance d’avoir un corps athlétique et harmonieux, une véritable publicité ambulante pour la course à pied et la salle de gym, mais je dispose, sous mon T-shirt, au niveau de l’estomac, d’une espèce de bouée qui ne me serait d’aucune utilité en cas de chute dans la Seine. A la limite, elle risquerait plutôt de m’entraîner par le fond...

Elle est assez discrète pour n’être repérée qu’à la plage ou dans un lit, elle ne demande rien à personne et ne m’oblige même pas à changer de taille de pantalon puisqu’elle ne semble pas vouloir déborder de sa ligne de flottaison mais, tout de même, j’aimerais bien m’en débarrasser.

Hélas, trois fois hélas, cinq heures de sport par semaine la laissent absolument indifférente. «C’est l’âge, me dit mon toubib en haussant les épaules. Passé 40 ans, il n’y a rien à faire sauf à perdre tellement de poids qu’elle finirait effectivement par se dégonfler mais vous seriez alors bien trop maigre. Ça vous filerait un autre complexe

En fait, le corps médical propose tout de même une solution, mais elle est assez peu ragoûtante: la liposuccion. C’est dégueulasse (on vous pompe littéralement le gras du bide pour le mettre dans de gros bocaux en plastique), c’est très cher (dans les 5.000 euros) et ça peut mal tourner (infection, douleurs abdominales chroniques...). Très peu pour moi.

Mais voici que l’autre jour, je passe devant une pharmacie en joggant, admirant mon physique avantageux dans la vitrine, souriant d’aise en dépit des avertissements de l’Ecclésiaste («Vanité, tout est vanité»), quand mon regard tombe sur une pub pour le produit miracle qui pourrait parachever la sculpture qu’est mon physique. La vitrine n’est pas très longue et je cours très vite; je n’ai donc pas le temps de lire tout le baratin sous la photo du mannequin sans tête mais au bide irréprochable, mais je suis déterminé.

Après la douche, c’est dit, je reviens lui rendre visite.

«Ça marche, mais le type de la pub est retouché sur Photoshop»...

La fille de la pharmacie a l’air d’y croire, à son produit:

― Ça n’a rien à voir avec les trucs qui existaient jusqu’à présent et tout mes clients en sont contents. Il n’y a rien à faire qu’à vous en appliquer en peu sur le ventre avant d’aller vous coucher chaque soir un mois durant et vous verrez la différence!

― Quoi, je vais devenir comme le type sur la photo?

La nana recule un peu, me regarde de biais comme si elle allait faire mon portrait avec son Bic:

― Euh, peut-être pas exactement comme lui...

Mais elle voit que ça me refroidit et modère:

― Il est complètement retouché à Photoshop. C’est de la pub, on sait bien que c’est bidon.

― Ah d’accord. Bon ben donnez m’en un tube, on verra bien.

― C’est quarante-deux euros pour le 200 ml...

― OK, c’est juste le prix d’un couscous méchoui au Mansouria mais ça m’en fait économiser un, en quelque sorte...

En tous cas, elle m’a mis à l’aise, la nana. J’avais peur qu’elle se moque un peu de moi, mais non. Parfaite. Si un jour j’ai un autre truc un peu embarrassant à acheter dans une pharmacie, je choisirai la sienne...

Bon, mais c’est quoi exactement la Somatoline? D’après la notice, c’est une crème au café, au guarana, aux algues et à un machin qui s’appelle la carnitine et bouffe carrément la graisse (elle ne doit pas avoir peur de grossir, la cartinine, hi hi hi). Les bodybuilders en raffolent. Vous vous tartinez la bouée, ça sent un peu le Vicks (mais rien d’insupportable) et il y a une impression de chaleur qui donne le sentiment qu’il se passe vraiment quelque chose. Vous renouvelez l’opération tous les soirs pendant quatre semaines (d’ailleurs, j’ai dû trop en mettre parce qu’il a fallu que j’achète un nouveau tube en cours de route).

Ah, et vous vous lavez soigneusement les mains avant de vous toucher le zizi (ça c’est moi qui invente, mais on ne sait jamais, avec ces trucs qui font maigrir).

Le deal, c’est que vous devez perdre 2 centimètres de tour de taille d’ici à la fin du traitement. Dans votre for intérieur, vous vous demandez d’ailleurs pourquoi ils ne proposent pas plutôt de perdre 4 centimètres en 8 semaines, ou 8 centimètres en 16, histoire de s’ouvrir à de nouveaux segments de clientèle, mais c’est sans doute qu’ils préfèrent rester sur le créneau des types comme moi: les types avec un corps de rêve et juste un défaut mineur qui se voit à peine mais les fait flipper un peu tout de même.

Eh bien le deal, comme je vous l’expliquais dès le début de cet article au cas où vous n’auriez pas eu le temps de le lire jusqu’au bout (c’est le service express Slate), n’est absolument pas respecté: Somatoline, ça ne marche pas. Et mon tour de taille d’après est exactement le même que celui d’avant ce qui fait je ne me suis même pas donné la peine de vous faire les deux photos traditionnelles pour que vous puissiez en jugez.

Maigrir en dormant, tss... Tu parles! Arrêter de fumer en dormant, ça, ça marche. Mais maigrir... Notez que j’aurais dû m’en douter: depuis le temps que des générations de nanas se font embobiner par les boîtes de cosmétiques, il était temps que ce soit notre tour. Le pire, c’est qu’ils vous préviennent dès l’emballage, qu’ils se fichent de vous:

«Des tests cliniques menés sur 36 hommes présentant des graisses superficielles localisées au niveau de la région abdominale montrent que Somatoline réduit la circonférence de 2 cm en 4 semaines

Le truc est testé sur 36 mecs en tout et pour tout! Et avec une bouée «superficielle» par dessus le marché! Et ils précisent même que c’est juste «une valeur moyenne», ce qui fait qu’avec zéro réduction, je suis peut-être encore dans les tranches basses plutôt que dans les tranches rien du tout... Bah, c’est pas grave. Je garde ma bouée: trop parfait, ça n’irait pas...

Hugues Serraf

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