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Où en sont les Relais & Châteaux?

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 29.04.2012 à 8 h 37

Malgré les ennuis judiciaires de son ancien président, la chaîne se porte bien.

Hôtel 4 étoiles dans la Drôme

Hôtel 4 étoiles dans la Drôme

A la fin 2011, les Relais & Châteaux, chaîne présidée par l’Andorran Jaume Tapiès a connu une sorte de tsunami affairiste. Régis Bulot, l’ancien président durant dix-sept années, constamment plébiscité, a été écroué à Strasbourg pour fraudes et détournement de fonds à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros. L’ex-numéro 1 des Relais se faisait remettre par l’imprimeur allemand du guide annuel des enveloppes remplies d’euros… La manœuvre durait depuis des années, le fisc allemand a fini par mettre à jour le pot aux roses, tandis que le jovial Bulot, excellent président, attend de passer devant les tribunaux. Une histoire d'autant plus relayée dans la presse que le nom de Dominique de Villepin y est associé.

Au sein de l’état-major actuel des Relais, motus. Silence radio. Les affiliés de la chaîne n’ont pas le droit d’exprimer leur point de vue. Les langues se délieront à l’heure du procès.

Quelles conséquences sur l’image et la gouvernance des Relais? Négligeable, un chiffre est avancé: 0,4% d’impact. En 2012, la croissance de la clientèle s’élève à plus de 10%. Dans les bureaux parisiens, 60 rue de Prony 75017, le moral est au beau fixe, les Américains reviennent en France et le président Tapiès, partout respecté, tient bon la barre.

La prestigieuse chaîne d’hôtels et restaurants a admis 50 nouveaux établissements dans son guide annuel, un million d’exemplaires, traduit en cinq langues. Depuis un quart de siècle, sur l’impulsion des trois présidents élus, Joseph Olivereau, Régis Bulot et Jaume Tapiès, le PDG actuel, l’objectif a été l’internationalisation et le développement hors des frontières, ce qui est le but premier de Jean-François Ferret, nouveau directeur général.

La chaîne compte actuellement 518 hôteliers et restaurateurs (dans le monde entier) qui paient une cotisation calculée sur leur chiffre d’affaires et acceptent les règles et obligations fixées par le conseil d’administration: achat de fournitures siglées, de vins, champagnes et eaux-de-vie, participation aux réunions ou congrès et, surtout, le respect constant de la charte inventée par l’hôtelier tourangeau Joseph Olivereau, l’âme des débuts, à l’époque de la «Route du bonheur» –une poignée d’hôteliers de province avait imaginé un ensemble cohérent d’étapes en France dont l’Hôtel La Cardinale à Baix, l’Oustau de Beaumanière aux Baux-de-Provence, l’Auberge des Templiers aux Bézards, la Tortinière à Montbazon près de Tours, l’Hostellerie du Bas-Bréau à Barbizon, l’Auberge de Noves…, le tout reposant sur une entraide amicale entre les membres affiliés.

La charte des 5 «C»

La devise des Relais –«Partout dans le monde, unique au monde»– s'applique aujourd'hui à 60 pays. En 2012, la France, mère de la chaîne, revendique 149 établissements dont quatre nouveaux restaurateurs «grands chefs», dont le brillant Jacques Decoret à Vichy. Aux Etats-Unis et au Canada 65 adresses sélectionnées, en Italie 45, au Japon 12, en Chine 6, en Grande-Bretagne 32, en Espagne 26, en Allemagne 26… La progression hors de France est continue. Pour un hôtelier indépendant, intégrer la chaîne, c'est la promesse de 30% à 50% de clients en plus.

Ce qui unit les membres, par-delà les continents, c’est la charte commune des cinq «C»: Caractère, Charme, Calme, Courtoisie et Cuisine. Ces normes, ces spécificités bien particulières permettent l’adhésion à la chaîne et forment une ligne de conduite permanente pour s’y maintenir. Tous les hôtels et restaurants sont visités, inspectés, testés (les plats de la carte) par des inspecteurs anonymes délégués par la direction des Relais. Dans chaque région (la Méditerranée, le Lyonnais et la Savoie, le Centre, la Bretagne, le Sud-Ouest), un hôtelier ou un restaurateur désigné par la chaîne a pour mission de veiller à la bonne tenue, à la qualité des prestations, du respect des cinq «C», et doit informer le conseil à Paris des manquements ou des progrès: une étoile au Michelin, un nouveau chef, un spa ouvert, des animations, la mise en vente du Relais…

Partout, la chaîne s’autocontrôle et veille au bon standing –l’accueil personnalisé, une exigence. Un Relais est le contraire d’un Ibis ou d’un Sofitel. Le client, traité comme un ami, est accompagné dans sa chambre, appelé par son nom, reçoit des objets d’accueil, du champagne au mieux, bref, c’est l’humain, la convivialité, l’écoute de l’autre qui sont mis en avant. En cela, la chaîne dite «la plus belle du monde» par Régis Bulot, alors hôtelier à Brantôme (Dordogne), a fait accomplir d’énormes progrès à la bonne hôtellerie internationale, celle pour qui le client n’est pas qu’un numéro de chambre ou de table au restaurant.

Il faut le dire, la chaîne a étendu partout ses ramifications, son aura, son efficacité réelle à attirer de la clientèle chic grâce à l’extension du tourisme mondial: l’art de voyager, de découvrir des destinations nouvelles, insolites, lointaine, d’être bien traité, soigné (les spas), bichonné (thermes marins). Elle s’est modifiée, améliorée grâce à la dynamique des Relais & Châteaux, l’élite des très bonnes adresses sur terre. Les Relais ont été et restent des marchands de bonheur. L’exclusion est grave, perturbante et tenue secrète.

De plus, l’effet «Relais» joue à plein pour faire venir la clientèle huppée qui accepte des additions corsées si les prestations, le site, la beauté du lieu (la mer), le charme de l’hébergement, la bonne chère sont au rendez-vous.

Côté cuisine, la chaîne en France compte 350 étoiles Michelin, un palmarès unique –le pays de Rabelais, de Brillat-Savarin, de Joël Robuchon est celui des voluptés de bouche, des vins fins, des paysages de rêve, une destination leader pour n’importe quel voyageur.

Nombre d’établissements trois et deux étoiles figurent dans le guide: Troisgros à Roanne, la Côte Saint-Jacques à Joigny (Yonne), le Relais Bernard Loiseau à Saulieu, le Véfour à Paris, les Crayères à Reims, ce superbe château des Polignac acquis par les Gardinier en 1980, longtemps considéré comme le meilleur Relais & Châteaux de France, hébergement royal, environnement bucolique, élégante cuisine deux étoiles et le champagne du petit déjeuner au souper –que de la félicité, du bien-être, de la joie de vivre.

Pour Jean-François Ferret, ancien de Thomas Cook et de Hertz, aux commandes «day to day» depuis janvier 2012, la chaîne doit axer son action ainsi:

  • Accroître le sens de l’amitié entre ses membres.
  • Cultiver l’esprit d’aubergiste.
  • Eviter le luxe ostentatoire et privilégier l’émotion.
  • Accentuer la notion de terroir en France: les Landes et ses ressources (truffes), la Bretagne et ses mystères, la Bourgogne et ses vins, la Méditerranée et ses sortilèges…
  • Célébrer les cinq sens et l’expérience de la bonne vie dans les Relais.
  • Encourager les visiteurs à aller d’un Relais à un autre: une façon habile de se mouvoir en France et ailleurs, des vignes de la Napa Valley aux châteaux de la Loire, des plages de Saint-Tropez aux réserves d’Afrique du Sud, des ryokan nippons aux Prés d’Eugénie les Bains, l’amoureux de la chaîne doit s’y complaire avec passion. Séduisant programme.

Il demeure que les clients en veulent toujours plus: manger, dormir, se balader, se baigner dans la piscine, jouer au tennis ou aux boules, tout cela ne suffit plus. Les écoles de cuisine font florès presque partout, les clients imitent les chefs de la maison, s’imprègnent d’un savoir-faire spécifique, lié aux produits du terroir: le bar de petite pêche en Bretagne, les rougets à Marseille, les fruits rouges en Avignon…

Il s’agit d’occuper les hôtes. Dans chaque Relais sont nées des activités spécifiques: la tauromachie dans le Gers, l’œnotourisme à Cahors, la dégustation de vins à Pauillac, le putting aux Crayères, et l’équitation, la pêche, la montgolfière, le canyoning, les déjeuners débats… de quoi meubler le temps libre s’il n’y a pas de spa, d’hydro-massages, de sauna, de séances de gymnastique et de conseils de beauté –la forme physique, une obsession.

Au farniente, sous le soleil de l’été, il faut d’autres plaisirs. C’est pourquoi le spa, vécu comme une nécessité par les récents propriétaires de Relais, est recommandé aux affiliés de la chaîne. A Vonnas (Ain), Georges Blanc offre un institut superbe et une deuxième piscine chauffée dans la Bresse des volailles.

Et la concurrence? Alain Ducasse, rival déterminé des Relais, a repris au début du XXIe siècle la chaîne Châteaux Hôtels Collection, plus de 600 adresses en France et à l’étranger, de prix moins élevés, plus abordables que ceux des Relais. Il y a là un gisement de clientèle très important: une famille de cinq personnes ne peut s’offrir un séjour de vacances dans un Relais du Var où la nuit est facturée 300 euros sans les repas.

 

Dans la chaîne menée par Ducasse et dans son guide (600.000 exemplaires à 10 euros), vous trouvez près de Nice des hôtels et auberges à 60 euros-100 euros la nuit avec piscine et restaurant. Quant aux sites Internet de voyages et de vacances, il y a pléthore d’hôtels modestes et maisons d’hôtes à 60 euros la nuit et des forfaits canon (Expedia, Lastminute, Govoyages). Les Relais ne sont plus seuls sur ce créneau du tourisme choisi, ils ont l’antériorité pour eux –cinquante ans en 2014. Et l’expérience ajoutée à la notoriété de la marque! 

Nicolas de Rabaudy 

Les nouveaux Relais français dans le guide 2012

Le Saint-James à Paris

Un élégant château hôtel de 48 chambres et suites, dans un parc, en lisière de l’avenue Foch. Terrasse, massages aux pierres chaudes. Cuisine gourmande.

  • 43 avenue Bugeaud 75016. Tél.: 01 44 05 81 81.

Anne de Bretagne à La Plaine-sur-Mer

Une villa contemporaine sur le littoral, 11 chambres, 8 suites dans le parc. Cuisine recherchée de Philippe Vételé, chef deux étoiles, les vins choisis par son épouse.

  • Port de la Gravette 44770 La Plaine/Mer. Tél.: 02 40 21 54 72.

Restaurant Guy Lassausaie à Chasselay

Aux portes du Beaujolais, l’excellence culinaire du grand chef patron entre tradition et innovation, un «must» près de Lyon.

  • 1 rue de Belle Cise 69380 Chasselay. Tél.: 04 78 47 62 59.

La Bastide de Barbotan-les-Thermes

Une superbe chartreuse dans la terre gasconne, menée par Éléonore Guérard, la fille du chef trois étoiles d’Eugénie et de son épouse Christine, 13 chambres. Cures recommandées. Menus.

  • Avenue des Thermes. Tél.: 05 62 08 31 00.

Hôtel au Cœur du Village à La Clusaz

Dans le domaine skiable des Aravis, spa, piscine, hammam et sauna. Cuisine du terroir local, 7 chambres, 50 suites.

  • 26 Montée du Château 74220 La Clusaz. Tél.: 04 50 01 50 01.

Maison Decoret à Vichy

En lisière du parc des Sources, un chalet Napoléon III, 5 chambres et la cuisine innovante, personnalisée du grand chef qui attire les foodistes, épris de sensations. Ecole de cuisine haut de gamme.

  • 15 rue du Parc 03200 Vichy. Tél.: 04 70 97 65 06.
Nicolas de Rabaudy
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