«Au fond, la gauche pense que les électeurs du FN sont stupides»
Contre le mythe d’une grande «moyennisation», le géographe Christophe Guilluy décrit depuis dix ans la précarisation d’une France périphérique majoritaire, confrontée à la brutalité de la mondialisation et très préoccupée par les questions d’immigration. Il nous livre son analyse sur le vote FN, les classes populaires et la gauche.
- 3 stades de l'habitat péri-urbain / jfgornet via Flickr CC Licence By -
Géographe, consultant pour des collectivités, Christophe Guilluy s’est concentré depuis quinze ans sur la description d’une France périphérique, espace de fragilité sociale situé au-delà des grandes métropoles françaises et de leurs banlieues immédiates.
A la fin de son ouvrage Fractures françaises, décrivant longuement la montée inexorable d’un séparatisme entre classes populaires blanches et classes populaires d’immigration récente, Christophe Guilluy faisait un constat inquiétant: avec un vote de banlieue allant majoritairement à Ségolène Royal et un vote pavillonnaire acquis au candidat Nicolas Sarkozy, les classes populaires votaient, en fonction de leur lieu de vie et de leur origine, différemment pour la première fois. «Tout se passe comme si le lent processus de séparation territoriale débouchait aujourd’hui sur l’expression politique d’un séparatisme culturel», écrivait-il.
La montée du FN et l’omniprésence des thématiques liées à l’immigration dans la campagne nous donnent l’occasion de revenir sur sa grille de lecture du malaise des classes populaires.
Depuis le 22 avril au soir, on reparle beaucoup d'une «France invisible» rurale, industrielle et périurbaine que Marine Le Pen aurait séduit pour parvenir à 17,9%, une population que vous avez décrite dans vos travaux...
Oui, les médias m’appellent car ils cherchent tous du pavillonnaire, surtout en région parisienne. Mais bon, la région parisienne est atypique et les départements pavillonnaires y sont plutôt riches, sauf la Seine-et-Marne… Il faut aller jusqu’aux départements limitrophes de la région, comme dans l’Oise, l’Yonne ou l’Eure-et-Loir pour voir des «prolos».
Quelle est cette «nouvelle géographie sociale» que vous décrivez?
En écrivant avec Christophe Noyé L’Atlas des nouvelles fractures sociales en France en 2004, on a remarqué à travers des indicateurs de fragilité sociale (taux de chômage, proportion d'employés et d'ouvriers, taux de propriétaires précaires...) qu’il se passait quelque chose au-delà des grandes métropoles qui avaient réussi leur intégration dans l’économie mondialisée (selon nos calculs 40% de la population vit dans les 25 plus grandes métropoles les plus actives). Plutôt que de constater comme l’Insee que 95% de la population française vit sous influence urbaine, ce qui ne veut rien dire, je préfère opposer une France métropolitaine à une France périphérique, c’est-à-dire tout le reste.
On ne peut pas résumer ce schéma à des cercles concentriques partant des villes puis passant par les banlieues jusqu’aux zones périurbaines, pavillonnaires et précaires. Cette segmentation marche autour des métropoles les plus actives et les plus mondialisées: Paris, Grenoble, Lyon, Lille, Nantes, mais de nombreuses villes ne sont pas dans cette logique de" métropolisation".
Le reste de cette France périphérique inclut des zones rurales, des petites villes et des villes moyennes. Perpignan fait partie de la France périphérique, comme Charleville-Mézières. On remarque donc que les «quartiers populaires» ne sont en fait qu'une petite partie du populaire.

Quel a été l’accueil de vos travaux ?
On nous a dit qu’on se trompait, parce qu’on parlait de territoires où il n’y aurait que des classes moyennes et des paysans… On ne collait pas avec le discours qui était focalisé sur la banlieue et l’image du pavillon correspondait à celle de la classe moyenne.
Or, ce qui a explosé, c’est que les catégories qu’on croyait être des classes moyennes ne le sont plus. Il s’agit plutôt d’une population qui a pris en pleine gueule la mondialisation, mais concrètement. C’est-à-dire avec une déflation salariale, la précarisation sociale, la paupérisation et la fin de l’ascension sociale pour les enfants, d’où le vote des jeunes prolétaires pour Marine Le Pen.
Marine Le Pen exprime un discours de protection sociale (contrairement à son père) tout en promettant la préférence pour les autochtones. Pourquoi cela fonctionne-t-il?
Je pars d’en bas, c’est-à-dire des classes populaires. Or en partant d’en bas, on croise forcément la question identitaire. Soit on part en courant parce que quelqu’un vous a dit qu’il n’aimait pas les immigrés, soit on essaie de comprendre…
Or la gauche pense que si les gens votent FN, c’est parce qu’ils sont vraiment cons. Quand les experts disent par exemple que ce sont des gens non diplômés, disons les choses clairement: ça veut dire qu’au fond s’ils étaient allés à l’école, avaient réfléchi et qu’ils avaient eu un diplôme, ils voteraient socialiste.
C’est une condescendance que j’ai souvent trouvée en discutant avec le PS. Pourtant au XXIème siècle, qui est le siècle de l'accélération de la mondialisation et de l’émergence des sociétés multiculturelles, on ne peut plus aborder la question sociale sans évoquer la question identitaire.
La gauche est pourtant forte en 2012, y compris chez les classes populaires…
Heureusement. On vient d’une époque où la majorité de l’électorat populaire votait à gauche. Les gens vont voter pour Hollande par rejet de Sarkozy. Mais il y a quand même une fracture sociale importante, par exemple chez les jeunes entre les diplômés des grandes villes et les jeunes prolétaires. Et l’ouvrier de base a compris qu’Hollande n’allait pas changer sa vie, ça ne sera pas vraiment un vote d’adhésion.
Regardons le socle électoral de Marine Le Pen: des actifs de 20 ans à 55 ans, des jeunes, et socialement très majoritairement des ouvriers et des employés. C’est-à-dire la sociologie de la gauche. Si c'est pas une forme de lutte des classes, alors qu’est-ce que c’est? Elle a en plus capté pas mal de voix de femmes, donc on peut avoir une femme caissière et un homme ouvrier qui sont dans le même trip, avec un vote très rationnel par rapport à leurs conditions de vie.
Quant au «J’entends ce cri de colère» lancé par la gauche, c’est la même chose depuis 20 ans, ils ont l’air de découvrir que les ouvriers votent FN. C’est un peu surjoué. Après les élections, ça sera terminé et tout rentrera dans l’ordre. On reparlera des classes moyennes, des banlieues…
Et Mélenchon?
Il est encore au XXe siècle voire au XIXe. C’est plutôt La Bête Humaine et Jean Gabin, il aurait dû mettre une gapette pour aller jusqu’au bout. Il ne manquait plus que l’accordéon.
C’était certes sympa. Je ne dirais pas ça s’il avait obtenu 15% à 20%. Mais à 10, on peut s’interroger. Qu’est-ce qui fait que malgré une offre sociale géniale, un discours fantastique de tribun, les classes populaires ne l’ont pas choisi? Alors qu’il était sur le papier ce qu’il y avait de mieux.
On dit toujours que les classes populaires sont parties du PS parce qu’il n’était pas assez à gauche. Là pour le coup on avait la possibilité de voter bien à gauche. Donc il faut prendre en compte ce constat, mais la gauche refuse malgré tout de le faire.
Que pensez-vous des analyses expertes du vote FN qui défilent depuis dimanche?
On finit toujours pas la même conclusion: ces gens sont trop stupides. On décrit ces gens comme s’ils n’étaient jamais allés à la ville du coin. On peut habiter dans un village d’Alsace et être allé à Strasbourg, ou avoir un cousin qui y vit, c’est de l’ordre du possible! La mobilité et la capacité d'analyse ça peut exister même en milieu populaire! Pour les gens, le rural ce sont des paysans et des retraités, alors que ce sont d’abord des actifs ouvriers et employés.
On est encore dans la condescendance, comme quand on dit «Ben c’est parce qu’ils regardent trop TF1». Après il ne faut pas écarter le racisme, on ne peut pas le nier. Mais il faut quand même réfléchir à ce que sont les flux migratoires et ce que ça suggère comme instabilité culturelle.
Idem sur la question des préoccupations lors de l’élection présidentielle. Même quand on est ouvrier, on peut penser à deux trucs à la fois. Comme vouloir bouffer, se loger, nourrir ses enfants mais comme on a un cerveau, on peut aussi avoir un avis sur l’immigration. Or les flux migratoires ont un impact sur la vie des gens, surtout s’ils sont dans une vision où ils peuvent devenir minoritaires.
On a beaucoup parlé de la gauche… Mais c’est la droite qui semble prendre votre analyse le plus au sérieux. Ca vous fait quoi d’être un homme de gauche lu par la droite?
Je me suis dit que ça allait m’attirer plein d’ennuis... Mais c’est d’abord au PS que j’ai amené cette thèse-là, et j’ai été un peu lu par eux. Mais le problème c’est que j’ai été vite confronté aux gardiens du temple.
Récupéré ou pas, je m’en fiche un peu. J’ai essayé de faire une analyse assez sincère, je savais très bien le risque que je prenais en écrivant dans mon livre un chapitre intitulé «Comment je suis devenu blanc?» C’est quelque chose de fort chez les classes populaires, c’est difficile si on est honnête de passer à côté.
L’expression est un peu convenue mais vous avez brisé une sorte de tabou?
Ça reste très compliqué parce qu’en France on a été élevé avec cette idée que les origines n’existaient pas et que ça n’était pas important. Mais on a tous nos ambiguïtés là-dessus. Pour moi un bobo qui vote Delanoë et contourne la carte scolaire et un prolo qui vote FN, c’est la même chose.
Le rapport des médias à cette question de l’immigration est compliqué?
Un peu… On marche sur des œufs et à gauche on est en territoire interdit. Tant que je faisais des cartes, ça allait. Avec l’essai sur les Fractures françaises, ça a été le black-out. Les journalistes m’ont souvent dit: «C’est super, mais on peut pas vraiment en parler.»
Propos recueillis par Jean-Laurent Cassely
Mis à jour le 27/04/2012 à 17h42







































" ça veut dire qu’au fond s’ils étaient allés à l’école, avaient réfléchi et qu’ils avaient eu un diplôme, ils voteraient socialiste.
C’est une condescendance que j’ai souvent trouvée en discutant avec le PS."
Cette remarque est parfaitement juste, il suffit de lire les commentaires laissés sur ce site pour s'en convaincre.
En même temps, en se faisant l'avocat du diable, il est difficile de nier que s'ils avaient eu un diplôme plus valorisant, ils auraient un meilleur métier, un meilleur revenu et moins l'impression de se faire plumer par la mondialisation.
Et du coup voteraient moins FN, voire carrément socialiste.
En demeurant réaliste, on rétorquera qu'on ne peut pas avoir un pays habité que par des ingénieurs, des profs et des rentiers.
En conclusion, en finit sur la contradiction venant de la droite libérale cette fois, qu'apporte l'argumentaire de "la mondialisation, c'est bien" sans expliquer comment on va pouvoir faire vivre dignement toutes les composantes de la société, dont ceux qui n'ont pas pu recevoir une bonne formation (pour x raisons) et qui ne peuvent plus travailler, la main d'oeuvre étrangère pour les seuls boulots qu'ils sont capables de faire étant 10 fois moins chère...
Avoir un diplôme signifie juste le plus souvent avoir des capacités intellectuelles.. mais ca ne prémunit pas contre la haine gratuite, le mensonge, la malhonnéteté intellectuelle et autre et surtout l'égocentrisme..
La vraies raison est souvent un égocentrisme exacerbé.. on reconnait d'ailleurs ces personnes telles Breivick à ce trait de caractère.
Cela conduit à fouler l'honnêteté intellectuelle.. à se considérer supérieur aux personnes qui ne sont pas de la même culture.. à prendre les autres cultures pour des sous cultures, à utiliser la force parce que la logique ne peut rien pour défendre ces vues déformées de la réalité.. et au repliement sur sont quant à soi..
Il y a une part d'inné dans ces comportement.. caractères égotistes.. mais il y a une part éducative aussi et c'est vrai que s'ils fréquentaient le milieu universitaire qui est très mélangé ca pourrait aider à avoir des opinions moins ridicules sur les personnes issues de cultures différentes. Mais dans pas mal de cas cela ne crée pas plus l'étincelle pour l'autocritique..
Quand on vote pour Mélenchon on sait qu'on ne va pas voter pour le Cac40. Quand on vote Sarkozy on sait qu'on ne va pas voter pour les fonctionnaires. Et quand on vote FN ? Mmh ? Il faut arrêter avec l'idée que le vote FN soit un vote contestataire ; tous ceux qui votent FN ont un fond xénophobe et/ou raciste et la crise économique ne fait que jouer le rôle de révélateur.
"Or les flux migratoires ont un impact sur la vie des gens, surtout s’ils sont dans une vision où ils peuvent devenir minoritaires."
L'auteur de l'article admet lui-même que les votes FN vivent dans leur monde à la Breivik. Oui, ceux qui votent FN sont des cons car c'est un vote dangereux pour la République, pour la France, les libertés individuelles, pour tout le monde.
Je te conseille de lire le livre de Christophe Guilluy; Son analyse est très poussée, et il explique que une grande partie du vote FN "dit rural" vient d'anciens employés/ouvriers, bref l'ancienne base du vote de gauche.
Et ce n'est pas avec des phrases-cultes type "Oui, ceux qui votent FN sont des cons car c'est un vote dangereux pour la République, pour la France, les libertés individuelles, pour tout le monde " que ces gens-là risquent de revoter à gauche.
"Oui, ceux qui votent FN sont des cons car c'est un vote dangereux pour la République, pour la France, les libertés individuelles, pour tout le monde."
Après un tel jugement, il n'est plus nécessaire de faire une analyse ou, a fortiori, de tenter d'apporter des réponses (en actes et non en paroles) aux problèmes des personnes qui votent pour le FN. Et donc, surtout ne faisons rien et dissimulons ce vote comme la poussière sous le tapis.
Le monde serait bien agréable si les discours et slogans faisant appel aux plus hautes valeurs morales suffisaient à résoudre les problèmes.
Mais, à force de ne pas vouloir affronter les problèmes (autrement que dans des discours lyriques), Marine Le Pen, ne rassemblera plus 17,9% des votants dans 5 ans ... mais 25 voire 30%.
Alors, nous ne devrons plus faire grand chose. Marine Le Pen imposera ses solutions. Et nous nous consolerons en contemplant dans le miroir l'humaniste plein de morale que nous n'aurons jamais cessé d'être.
L'essaie en question dépasse bien "Bobo qui vote Delanoe" et "prolo qui vote FN" en finesse ?
Il y a sans doute du mépris au PS pour les électeurs FN, mais ll aurait été intéressant de savoir pourquoi certains villages alsaciens votent autant FN alors qu'ils ne sont touchés ni pas le chômage, ni par l'immigration, ni par la délinquance. L'explication TF1 ne me semblent dans ce cas pas si improbable: des actualités anxiogènes, et l'ubiquité que procure notre société de l'information aux maux qui touchent notre société. Ce villageois alsaciens qui vit encore dans un oasis de tranquilité, quand il voit le record battu de voitures brulés à Strasbourg sur TF1, c'est "Le Pen, et vite!"
Vivant à Strasbourg, je confirme vos propos car je connais bien ces nombreux paysans alsaciens qui roulent en Porsche Cayenne et votent FN par conviction.
Je me souviens, il y a déjà dix ans, où un proche travaillant dans l'immobilier se voit confier un mandat de vente de la marie d'un de ces villages riches du Kochersberg. Dans le mandat il était précisé que le maire s'opposerait à une offre venant d'une personne étrangère de couleur.
C'est une histoire qui illustre très bien le vote FN en Alsace. Beaucoup trop d'alsaciens sont d'authentiques racistes. On est loin du vote protestataire.
les lieux communs sur l'Alsace! les Alsaciens votent FN ni plus, ni moins qu'en PACA. l'Alsace est une petite région (en superficie), vivre à la campagne ne vous éloignes pas autant que cela des centres urbains. et surtout si ils votent FN c'est qu'ils se sentent Français. ils pourraient voter pour la version locale du FN: Elsass Frei. non ils votent FN.
comme souvent avec ce vote, et cet article le dit, vous n'amenez que des préjugés pour l'expliquer. peut on combattre les préjugés par d'autres préjugés? je ne le pense pas.
Du vécu, pas des préjugés, du vécu! Et contrairement à ce que vous écrivez, ces mêmes électeurs votent bien pour d'obscures mouvement séparatistes aux élections régionales.
arrêtez! moi ausii je vis à Strasbourg! vous avez rencontré des racistes en Alsace la belle affaire. j'en ai rencontré à Paris, à Lyon, etc...
au Régional aucun partie d'extrême droite n'a fait de score, il suffit de vérifier les chiffres.
et en particulier d'un équilibre qui fout le camps... de l'appauvrissement des campagnes, de l'impossibilité d'acheter les vieilles fermes prisés des bobos en mal de campagne et faisant grimper les prix...
la peur de voir l'école fermer... l'accès aux soins plus compliqué... le vieillissement aussi...
Si le mot stupide n'est pas le mot qui correspond... je parlerai plus de manque de confiance en soi, en la sociéte... l'acculturation joue un role évidement... autant que TF1 dont les manières d'aborder l'info me faire rire parce que j'arrive à prendre du recul et que je n'ai pas de soucis particulier...
Le vote Le Pen, c'est un vote .... TRISTE...
"Et l'ouvrier de base a compris que Hollande n'allait pas changer sa vie..."
Ce qui prouve qu'il est loin d'être aussi stupide que la gauche le pense.
Ainsi que l'écrit Alain-Gérard Slama : "Il est probable que le plus à craindre, en cas de victoire du candidat socialiste, serait que celui-ci se trouve condamné à une fuite tête baissée dans les réformes sociétales, dans l'espoir de maintenir l'unité de la gauche en dépit des reculades inévitables qui l'attendent sur le front de l'économie."
D'où, pour commencer, la généralisation du vote des étrangers que même Mitterrand n'avait pas osé instituer.
Un grand merci à Slate pour nous avoir permis de lire cette excellente analyse de Christophe Guilluy.
L’analyse de Christophe Guilluy est très intéressante… je vais acheter ce livre.
Cette méconnaissance du monde ouvrier et des raisons pour lesquelles certains d’entre eux votent FN, se retrouve en partie aussi localement.
Même si c'est moins fort, bien sûr.
- Etant moi-même diplômé (grande école et DEA), ayant vécu et travaillé dans Paris, je vis et travaille maintenant dans la France profonde.
- Je rencontre et discute tous les jours avec des ouvriers et leur famille. Je partage aussi souvent des repas avec eux.
Idem avec les agriculteurs (dans ma région, ce sont de petites fermes d’élevage, pas des grands céréaliers). Agriculteurs et ouvriers sont souvent apparentés et se voient en permanence.
- Je rencontre aussi très souvent les élus socialistes de ma région (député,maires,conseillers généraux,régionaux, etc..) ainsi que les présidents des organismes liés aux collectivités locales ainsi que les responsables du « monde associatif » largement subventionné par les élus PS.
Ils sont presque tous socialistes, à défaut vert ou extrême-gauche (dans le monde associatif).
Une bonne partie est très lié au monde enseignant et souvent fière d’avoir réussit un concours.
Ils vivent en réseau. Ont des loisirs en commun, se marient souvent entre eux.
- Je constate que cette « petite élite locale» méprise souvent les ouvriers que je connais. Et fais bien attention à ne pas trop les côtoyer (on discute un peu mais on ne mange pas ensemble!)
Ils n’ont pas les mêmes loisirs, les mêmes plaisanteries. Les mêmes vacances. N’ont pas les mêmes préoccupations. Les mêmes dogmes et rites qui « soudent le groupe ».
Le dégout affiché face au FN, est l’un des principaux marqueurs de cette « élite socialiste » (la possession d’un diplôme reconnu dans la fonction publique en étant un autre).
Un département peut très bien perdre des emplois industriels sans que cela diminue le nombre, le pouvoir et les revenus de cette élite locale.
"Mais il faut quand même réfléchir à ce que sont les flux migratoires et ce que ça suggère comme instabilité culturelle." C'est l'histoire de l'humanité !!! L'idée de nation vous sclérose les méninges.
Excellente stratégie médiatique pour ce livre et ses auteurs: réactivité ( analyse pseudo scientifique des résultats à partir de données sondagières inexactes plutôt que du vrai travail de politologie à partir de résultats consolidés bureaux par bureaux et listes d'émargements),
prêt à penser et écrire colporté par quelques formules creuses mais bien marketées ( cf" Quand les experts disent par exemple que ce sont des gens non diplômés, etc... non Monsieur, les scientifiques n'en tirent pas de leçons mais opposent à votre cartographie géographique une segmentation par le diplôme -et donc on le sait par le risque du chômage de longue durée),
et un zeste de provoc ( du style mon étude a intéressé les gens d'en face...).Vu leurs résultats, l'étude aurait du les intéresser encore plus.
Ces remarques pour dire qu'une étude sur le vote de 18% des français dans des conditions économiques précises,ne peuvent être analysées à la seule aune d'une pensée ou d'une école fût-elle nouvelle. Oui, la géographie est utile mais autant et pas plus que l'histoire locale et nationale individuelle ou collective ou que sa "sensibilité" à l'autre et sa perception de la différence ( comment caractériseriez-vosu aux USA le vote religieux ou le vote racial?), la prise en compte des véhicules culturels, la structure familiale, le mode d'intégration cultural, etc et mille facteurs pourraient être ajoutés. Comment structurez-vous dans le vote Le Pen, la réaction européenne contre un métissage qui n'est pas lié à l'immigration mais à la colonisation (Pays-Bas)? Le vote Le Pen est en effet un problème posé non à la gauche (on s'en foutrait) mais à nos mondes. Comme le vote Islamiste ou le vote religieux de l'autre côté de l'Atlantique. Celà va bien au delà de bisbilles avec le PS. Pour ma part, il se trouve que je connais les analyses documentaires du PS sur ces sujets et que je les trouve beaucoup plus complètes et intelligentes que vos propres travaux
C'est marrant, j'ai l'impression d'être retourné en science po, exactement le même discours...
"Ta méthodologie n'est pas bonne, en plus tu ne fais pas partie de la famille et même que nous on se prend la tête pour savoir qui a la meilleure méthode, mais on ne cherche pas à trouver des débouchés utiles à nos études..."
Cet article parlait du mépris des gens de gauche envers tout ce qui n'est pas de la famille, ce commentaire en est l'illustration...
soit ils sont stupides : les pauvres, c’est pas leur faute; soit ils sont racistes, donc stupides, soit ils sont protestataires, et n'ont trouvé qu'un vote raciste et stupide pour l'exprimer, donc ils sont stupides.
Si quelqu'un voit une autre explication, du genre "mais enfin, les Noirs et les Arabes ont VRAIMENT le gène de l'assistanat et de la délinquance, il faut être stupide pour ne pas le voir", je veux bien en discuter, mais il n'est pas certain que ça me fasse changer d'avis sur le QI des électeurs FN.
Ce sont des gens biens, ils ont appris leurs leçons, ils sont hypers
diplomés,s'ils sont pauvres et votent à gauche ou riches et votent à
droite.
Les gens biens sont intelligents, ils vont loin à l'école et donc
intègrent parfaitement le système, ils ont un travail très bien
rémunéré et ils sont heureux ?
Selon les experts et autre Jean- Laurent Cassely, ces gens biens
ne votent pas FN . Ils ne sont pas influencés par TF1 quand ils
voient des voitures brûlées, ils n'ont pas peur de l'autre, l'étranger.
Ils rentrent dans le moule de tous les sondages, ils ne s'opposent à
(presque) rien, sont gentils avec leur patron, disent amen à tout.
Ils ont des amis, une famille et (ou) un conjoint.
Est-ce qu'ils sont heureux ?avec tous ces antidépresseurs, tous ces déprimés, tous ces addictions, un leurre ?
Et les gens pas biens me direz-vous ? ils sont doués pour le bonheur ?
Et bien oui, vous pouvez me croire.
Non, les électeurs du FN ne sont pas des cons.
Par compte, on dit souvent que les enfants qui ne possèdent pas l'aisance du langage expriment leurs frustrations légitimes par la violence.
La différence est qu'il ne s'agit pas d'enfants mais d'adultes dans une telle souffrance que seule la haine peut, temporairement, mettre du baume sur leurs plaies béantes.
Quelle est la solution ? Je n'en ai nulle idée !
Ce qui est certain est que la casse du système éducatif ne risque pas d'arranger les choses.
Il ne s'agit donc pas de cons mais de populations à l'éducation laissée en friche et qui sont en voie de retour à la barbarie.
PS : Nul mépris de ma part, je suis issu d'une de ces familles, ma situation sociale est plutôt minable mais j'ai toujours eu le goût du savoir et c'est ce qui, jusqu'à présent, m'a toujours sauvé.
PS2 : N'oublions pas que la gauche, la vraie, a toujours eu une action d'éducation populaire auprès de ses militants. C'est ce que tente de remettre au goût du jour le Front de Gauche.
Le travail de Christophe Guilluy apporte un calque social (et politique avec les dernières élections) sur une réalité du paysage physique. En tant que photographe je me suis intéressé à ces nouveaux paysages depuis plusieurs années sans voir que cette nouvelle esthétique des territoires moyens avait aussi une conséquence politique. Il s'agit non seulement des zones périurbaines pavillonnaires des villes moyennes mais aussi celles des centres commerciaux avec des enseignes que l'on retrouve partout en France , en Europe voir dans le monde. Toute cette partie du nouveau paysage français a d'ailleurs était écarté par Raymond Depardon dans son travail sur la France car il a estimé qu'il ne pouvait y trouver les petits détails qui permettent le petit écart que la photographie documentaire à besoin pour dépasser le descriptif, le petit détail qui fait que l'on reconnait la France tout en étant surpris parce que l'on ne l'avait pas vraiment encore vu. L'esthétique de ces zones périurbaines pose donc bien un problème identitaire, une perte de point de repère dans le paysage. L'aspiration légitime à un standard de vie "classe moyenne" à eu une conséquence, un effet secondaire, la standardisation du paysage, qui ajoute peut-être une "couche" supplémentaire dans le sentiment de perte d'identité.
voir une partie des photographies sur ces territoires moyens :
http://hdez.bsides.fr/les-territoires-moyens
Je ne comprends pas vraiment quelle thèse Christophe Guilluy, à part celle qui veut que les socialistes sont des êtres imbus d'eux-mêmes méprisant ceux qui ne leurs ressemblent pas.
Cela ressemble quand même à un essai dans la lignée de tout ce qui se fait de plus populiste, en tout cas de ce que montre l'interview.
j'ai voté pour Marine en 2012 alors qu'auparavant je ne votais que pour le SYSTEME..mon vote est un vote d'adhésion d'ailleurs je n'irais pas voter le 6 mai..Ma voix est définitivement acquise à Marine..!!!! rendez vous aux législatives...
Il se trouve que je suis à cheval entre les deux milieux. Habitant le centre de Paris, en plein "boboland" (ce qui veut sans doute dire que je suis moi-même un "bobo"), je fréquente régulièrement le village où ma mère est née et où elle possède encore sa maison natale. Du côté de ma mère, ce sont ce que l'on appelait naguère des "gens simples". La plupart votaient à gauche (contrairement à la famille de mon père: bourgeois cultivés, catholiques et bretons, bref l'Ouest bien-pensant). Aujourd'hui, c'est le village de ma mère qui donne 27% des voix au Front national.
Je connais bien la famille de ma mère, ces "gens simples", ainsi que nombre de gens de son village. Beaucoup sont ouvriers ou l'ont été. Je puis aussi vous assurer que ce ne sont pas des imbéciles, ni des affreux racistes Qu'est-ce qui les pousse aujourd'hui à donner leurs voix à Marine Le Pen?
L'analyse de Christophe Guilluy, je l'ai vérifiée sur place. Entre le village que ma mère a connu, et que j'ai connu moi-même, et celui d'aujourd'hui, il y a des années-lumières. L'usine locale qui employait des milliers de personnes du pays (au-delà même de la commune), n'emploie plus que 400 ouvriers; dans le même temps, la population d'origine non-européenne, et plus précisément d'origine arabe-musulmane se fait de plus en plus nombreuse... et visible (pas d'hypocrisie, s'il vous plaît!). L'église n'accueille plus la messe qu'une fois par mois (je l'ai connue pleine tous les dimanches). C'est l'église où ma grand-mère (née en 1901), ses parents et ses grands parents ont été baptisés, mariés, où on a célébré leurs funérailles. Plus loin (bien plus loin) encore, il y a des attestations de cette famille (et de quelques autres toujours présentes) dans les registres paroissiaux de l'ancien régime avant que l'un de mes ancêtres ne soit mentionné comme caporal de la Garde nationale pendant la Révolution.
Comment voulez-vous que la question identitaire ne se pose pas? Comment voulez-vous que les habitants de ce village (même si leur famille n'y est que depuis un petit siècle) n'éprouvent pas un sentiment de dépossession, voire de spoliation. Ils sont cons? racistes? repliés sur eux-mêmes? Si vous voulez, mais réfléchissez un peu à ce que l'on a entendu lors d'un des derniers meetings de Marine Le Pen: "On est chez nous!". Il s'agit d'une angoisse bien réelle, d'une angoisse à laquelle la gauche n'a pour l'instant apporté aucune véritable réponse (la droite non plus d'ailleurs, mais pour la droite cela va sans dire, tandis que pour la gauche cela va mieux en le disant).
Et Mélenchon?
Il est encore au XXe siècle voire au XIXe. C’est plutôt La Bête Humaine et Jean Gabin, il aurait dû mettre une gapette pour aller jusqu’au bout. Il ne manquait plus que l’accordéon.
C’était certes sympa. Je ne dirais pas ça s’il avait obtenu 15% à 20%. Mais à 10, on peut s’interroger. Qu’est-ce qui fait que malgré une offre sociale géniale, un discours fantastique de tribun, les classes populaires ne l’ont pas choisi? Alors qu’il était sur le papier ce qu’il y avait de mieux.
On dit toujours que les classes populaires sont parties du PS parce qu’il n’était pas assez à gauche. Là pour le coup on avait la possibilité de voter bien à gauche. Donc il faut prendre en compte ce constat, mais la gauche refuse malgré tout de le faire.
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Moquerie gratuite ! (l'accordéon, la gapette...), bonjour la rigueur pour un chercheur....et qui pourrait se dire lorsque l'on est en dessous de 15 % !
Le vote pour Mélenchon est celui pour le Front de Gauche qui n'a que 3 ans. Vous devriez avoir observé que les "déplacements" de vote ne se font pas du jour au lendemain.
Ensuite , Mélenchon n'a jamais dit que je sache que ceux qui votaient FN étaient des cons. Il s'est attaché à démonter courageusement et efficacement les thèses du FN (il en a dévoilé le fondement quelques unes) et a été le seul à le faire.
ML
Ma foi, quand on est au FN on pense également que les électeurs de Gauche sont des crétins. Tout ça est de bonne guerre.
Deux explications, au hasard, la peur d 'un 21 avril bis et donc son corollaire le "vote utile", et aussi le fait que l 'offre politique est assez nouvelle. En effet, il faut repasser derrière 30 ans de matraquage néo-libéral (la dette, gnagnagna...)et de lepénisme rampant orchestrée par les médias. On en reparlera dans 5 ans par contre, si il y a encore des élections, bien entendu...
Etre De Gauche c'est pour les CSP-- un engagement culturel, pour les Bourgeois CSP++, une attitude et commme pour Mitterrand une façon d'arriver au pouvoir.
Or le FN que résumé en deux mots : immigration, sécurité, répond aux pb des CSP--. Les CSP++ n'ont pas ces pb et sont donc étonnés de la montée du FN. Ils ne peuvent comprendre, car ce ne sont pas dans leurs rues qu'il y a les prières des musulmans etc., etc. On se réfiugie dans la doctrine, l'histoire du socialisme, les valeurs - Lumières, philosophie allemande -, et les Grands Anciens.
Mélanchon a ouvert une brèche. Les CSP-- sont avec lui et ceux du FN pourraient le rejoindre s'il traitait au fond des deux pb (immigration, sécurité). Alors on aurait une Gauche réel et non pas cette Gauche virtuelle issue du mitterrandisme, piétiste (les Grands Anciens), quiétiste (pleurnichons ensemble sur les malheurs du Monde), et inutile.
Mélachon ira-t-il jusqu'à remttre en piste la "Lutte des Classes" ? ce ne serait pas un mauvaise chose pour y voir plus clair, à condition de ne pas faire du post-marxisme.
en 2002 le gouvernement Jospin est sorti avec un bilan positif en matière d'emploi..... la thèse du PS alors était que certains Français votaient FN à cause de l'emploi, de la précarité. et pas Le Pen au second tour....
aujourd'hui encore sur cette question comme sur d'autres le PS n'a pas évolué depuis les années 80.
aujourd'hui encore plus qu'hier la question de l'identité nationale se pose à travers l'Europe. le PS a pollué ce débat, preuve qu'il ne respire pas l'air du reste des Français. elle avait pourtant beaucoup a apporter au débat, et elle avait la possibilité d'en ressortir plus fort(la preuve le score de Montebourg à la primaire). en tournant les talons de ce débat elle a laissé la voie au FN. la Nation Française ne doit pas être une chasse gardée de l'extrême droite.
les réactions que je lis souvent sur Slate ou autre vont dans le sens de cet interview il est préférable de dénigrer au lieu de comprendre.