Ce n'est pas une crise de la dette, mais des compétitivités
Le constat de Mario Draghi change tout: une politique monétaire, même «inorthodoxe» ne suffit plus. Redresser la production est plus important que de réduire la dette.
- Mario Draghi en janvier 2012. REUTERS/Alex Domanski -
En apparence, Mario Draghi est venu en renfort des thèses françaises en réclamant qu'un «pacte de croissance» soit ajouté au «pacte budgétaire» conclu par les Européens sur insistance allemande. En réalité, le président de la BCE ne s'est pas seulement démarqué des thèses germaniques, il a carrément renversé la table.
En parlant de «revenir en arrière», il a dit une vérité terrible à entendre: les Européens se sont trompés. Ils ont cru, nous avons tous cru, que la crise européenne commencée en Grèce était une crise des dettes souveraines. Les gouvernements impécunieux auraient profité de l'euro pour faire des cadeaux gratis à leurs concitoyens.
Mario Draghi nous dit: la crise se manifeste en effet par le creusement des déficits, mais elle est en réalité beaucoup plus grave, c'est une crise des compétitivités. L'Europe n'est pas seulement en crise budgétaire, elle est en crise économique. Comme l'expliquent Silvia Merler et Jean Pisani-Ferry: le problème premier dans la zone euro n'est pas le déficit budgétaire mais le déficit commercial (1). Mario Draghi l'a admis: il ne sert à rien de mettre les banques sous assistance de la BCE s'il n'y a pas en aval d'entreprises pour demander des crédits et investir.
Ça change tout
Cela change quoi? Tout. Cela montre que la politique monétaire, même «inorthodoxe», ne suffit pas. Il faut une inversion de l'ordre des priorités entre dette et compétitivité. Les candidats français à l'élection présidentielle devraient non pas se féliciter du renfort de Mario Draghi, mais se précipiter vers leurs équipes pour réécrire complètement leurs programmes: changez tout! Redresser la production est plus important que de réduire la dette.
Air connu, direz-vous. Les Français de gauche comme de droite disent, depuis la signature du traité de Maastricht il y a vingt ans, que la «stabilité» germanique (la lutte contre l'inflation) ne peut être l'alpha et l'omega de l'Europe. La croissance doit compter aussi. Certes. Mais ils l'ont toujours fait sans réelle conviction.
Quand Lionel Jospin monte au créneau en 1997 pour finalement se contenter d'un changement cosmétique du «Pacte de stabilité» devenu «Pacte de stabilité et de croissance», sans aucun contenu, il ne subit pas une défaite diplomatique. Il subit une défaite intellectuelle. La conviction domine en Europe que les déficits commerciaux n'ont plus aucune importance, l'euro permet de les financer sans frais. Il suffit donc de tenir les comptes budgétaires, les seuls que Bruxelles et Francfort doivent surveiller.
Quand la crise arrive, les Allemands gagnent: vous voyez, les pays du club Med sont en faute. Ils ont été laxistes, mais, quand la bise est venue, les voilà fort dépourvus. Ils gagnent... jusqu'à ces dernières semaines, quand la récession s'installe et que les pays tombent les uns après les autres dans la spirale dépressionniste. Les économistes s'interrogent. Combien de temps ces fautifs vont-ils devoir souffrir? Ils calculent: quinze ans de purge en Grèce, dix ans en Espagne, sept ans en Italie. Les hommes politiques s'effraient: les gouvernements ont le temps de valser et les partis populistes de voir leurs rangs grossir...
Des Etats-Unis, l'esprit keynésien souffle que Barack Obama a, lui, attendu le retour de la croissance avant de commencer à serrer la ceinture. Il obtiendra une croissance de 2,5% cette année tandis que l'Europe plonge. N'a-t-il pas raison? David Cameron a fait l'inverse en Grande-Bretagne: une purge violente du budget avec la suppression de 800.000 fonctionnaires va «libérer» le capital privé et relancer l'investissement, espérait-il. Hélas, rien ne se passe de tel. L'investissement végète, la Grande-Bretagne est en récession depuis six mois. Le malheur est que ce constat, qu'il y a urgence de relancer la production dans les pays du Sud, débouche sur une inconnue: comment ces pays doivent-ils faire? Et comment l'Europe peut-elle les aider?
La compétitivité, la dette, l'Europe: en France, la politique économique du futur président devra trouver l'équilibre dans ce triangle. L'exercice est objectivement très délicat et il s'effectuera en outre sous la double surveillance contradictoire des électeurs et des créditeurs, de la rue et de la City. Il eût fallu travailler et en débattre. François Hollande, qui a omis la compétitivité de son projet, aura bien du mal à faire admettre à son parti que le plus urgent finalement est «d'aider les entreprises à produire».
Eric Le Boucher
(1) «Sudden Stop in Euro Area». Mars 2012. Bruegel Policy Contribution. Retourner à l’article
Article également publié dans Les Echos
Mis à jour le 28/04/2012 à 9h16















































Cher mr Le Boucher,
Effectivement, ce serait une merveilleuse nouvelle si vous pouviez renoncer, pour un temps, ou définitivement, à nous cuisiner "La Dette" à toutes sauces: c'est assez indigeste ! Et passer également cette consigne à votre émminent collègue, mr Jacques Attali.
Malheureusement, en partant "à tombeau ouvert" sur la compétitivité, vous passez, comme disaient autrefois nos amis grecs, de Charybde en Scylla.
La compétitivité et sa soeur jumelle, la croissance, sont la cause de la crise, non un remède possible.
Tout d'abord, la compétitivité implique qu'une nation, ou un groupe d'entre elles (les Brics ?), une "civilisation" (occidentale ?), va dépasser les autres et connaitre la "félicité".
Mais les autres vont en souffrir et en être jalouses.
Depuis les débuts de l'humanité, cela a conduit à des guerres (par les armes ou le commerce, c'est pareil)
Si en plus, je vous parle d'invasions, ou de leur forme moderne : les poussées de migration incontrôlée, je vais certainement me faire insulter, mais je ne rappelle pourtant qu'une évidence.
Enfin, il y a une notion encore un tout petit peu nouvelle qui est apparue, disons qu'elle date d'une ou deux décennies : nous sommes sur une planète aux ressources limitées, et la croissance perpétuelle présentée comme une solution applicable à l'humanité entière est bien évidemment absurde : si certains croissent, d'autres connaîtront immanquablement la pénurie et la pollution !
Je suis complètement d'accord, l'équilibre économique est par nature impossible à maintenir à l'échelle mondiale sans asservir une partie de la population ou siphonner les réserves de la planète.
Le développement durable me semble être là seule solution moralement acceptable.
Après encore faut-il faire le choix "moral", Ernest-Antoine Sellière a dit que la morale et l'économie avaient des intérêts divergeants...
Charybde et Scylla - J'ai cru un court instant que vous parliez de Sarkozy et Hollande... quand au développement durable je propose que l'on ne le base sur l'énergie renouvelable (je voudrais quand même qu'on me l'explique en utilisant les concepts de la thermodynamique) mais le mouvement perpétuelle, source d'énergie éternelle...
Et oui, l’éternelle 'croissance'...
J'ai l'impression qu'il va y avoir encore de nombreux dégâts avant que l'Humanité comprenne enfin.
Le court-termisme, l’absence de vision, de projet a long terme n'arrange rien.
Espérer retrouver de la compétitivité avec un pétrole de plus en plus rare et cher, alors que l'on manque cruellement de matières premières, que l'on a évacué vers d'autres pays les industries qui nous dérangeaient parce que sales, trop dure ou peu rentable (toujours a court terme bien sur) est plus qu'un vœux pieu... c'est simplement rêver.
Du moins, sans mettre les droits de l'Homme, la paix et tout ce qui a fondé notre société de coté...
Bref, ca fait peur, surtout avec des 'élites', du moins nos dirigeants, qui semblent complètement aveugles.
Le pire, c'est qu'il n'y a pas a mes yeux de solution douce. Il va forcement y avoir d'énormes dégâts a court/moyen terme.
Il ne faut pas se voiler la face, on ne peut pas vivre a 7 ou 9 Mds d'individu sur cette planète en ayant un niveau de vie comparable au notre (et encore moins en voulant avoir toujours plus de 'croissance'). Un jour ou l'autre, il faudra regarder la vérité en face :
1/ accepter de réduire la voilure et partager le 'gâteaux' terre équitablement avec les autres habitants...
ou
2/ accepter qu'une partie de l’humanité domine et exploite l'autre.
On est déjà dans le cas n°2... mais jusqu’à présent c’était plutôt des pays qui en exploitaient d'autres. Mondialisation, communications, facilité de déplacement, développement, etc etc fait que le 'problème' va se mondialiser et on va tendre vers une caste mondiale 'riche' qui exploitera une caste 'pauvre'. c'est déjà en partie le cas, mais il existe encore une classe moyenne trop riche dans les 'anciens' pays développés, caste qui coute trop cher et qui est trop idéaliste... la mécanisation, robotique, informatique et autres 'progrès' techniques aidé par une éducation (ou plutôt son absence) adapté va régler cela...
La convergence de nos deux commentaires ne m'avait pas échappé.
En fait, je me sens un petit peu gêné d'exposer ici des notions aussi simples, évidentes et incontestables et cela explique le ton franchement ironique de mon texte.
Il ne s'agit pas de convaincre un journaliste, qui est intelligent, bien informé, et très conscient de ce qu'il fait.
Il faut remercier Slate de nous permettre de publier des commentaires qui sont destinés à diminuer le pourcentage de "non-privilégiés" qui iront tout de même voter à droite la semaine prochaine.
Il y a-t-il en France 45% de "bénéficiaires, de gagnants de la Mondialisation" ?
Finalement on en arrive toujours au même point, il faut relancer la croissance.
On parle de retour en arrière (expression constituant le seul argument contre les partisans d'une économie "communiste") mais les paramètres existants sont bien différents actuellement du moment où ont été décidés les principes régissant l'économie actuelle.
Depuis 1976 (accords de la Jamaïque), nous sommes passés à une économie totalement virtuelles puisque, jusque là, les échanges économiques se faisaient en partie en fonction de la quantité d'or que possédait chaque état.
Avant cela, il "suffisait" d'augmenter les réserves d'or d'un pays pour pouvoir créer, par le biais des banques d'émissions (BCE, FED), de la monnaie afin de maintenir les possibilités d'échange économiques et d'investissements permettant de maintenir la croissance.
La colonisation a permis au pays européen de couvrir leurs dettes en réquisitionnant les ressources des colonies (voir par exemple le Currancy Act de 1764 interdisant aux colonies américaines de créer leur propre monnaie, la remplaçant par des billets émis par la banque d'Angleterre).
Or la croissance nécessite d'augmenter toujours nos ressources qui sont de toutes manières physiquement limitées.
La solution a été de rendre les ressources virtuelles, l'ensemble des billets actuellement émis ne pouvant plus être convertis en autre chose qu'en dettes.
Bref tout ça pour dire qu'au final, en tenant compte de mes faibles connaissances en économie, "[inverser] l'ordre des priorités entre dette et productivité" ne semble être qu'une nouvelle réforme afin de maintenir un système de fonctionnement qui va à l'encontre des lois de la physique puisque l'on sait que "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme".
M. Le Boucher,
Votre article est tout à fait intéressant, il montre sans nul doute que nous avons fait fausse route, et que celui qui sera désigné le 6 mai aura tout intérêt à considérer les éléments mis en avant par M. Draghi.
Pour autant, une chose me parait quelque peu discutable, quant à votre positionnement : vous semblez mettre les deux candidats à la présidence française en parfaite égalité. Or deux constats : d'abord le candidat Sarkozy est aussi (ou surtout) le Président sortant. A ce titre, il a conduit la politique de la France et a joué en son nom le rôle moteur en Europe au côté d'A. Merkel. Leur politique a très clairement indiqué le choix qui était le leur de privilégier le retour à l'équilibre, l'objectif de stabilité budgétaire comme seul horizon. Et à ce jour, il ne me semble pas que le candidat Sarkozy propose autre chose que de continuer dans cette même direction.
S'agissant du candidat Hollande, ce dernier fait l'objet dans votre article de deux procès qui me paraissent injustifiés: d'abord, la compétitivité des entreprises françaises, et celle de l'Europe ne figurerait pas dans son programme. Il n'est pourtant pas rare de l'entendre répéter que toutes deux constituent une de ses principales ambitions. Ensuite, son projet présidentiel ferait jeu égal avec celui de M. Sarkozy en ce qu'il ignorerait l'objectif de retour à la croissance. Là, je crois que ce serait tout bonnement s'aveugler que de soutenir pareille affirmation. M. Hollande a maintes fois affirmé que le retour de la croissance en Europe constituerait son objectif premier, et qu'il ferait modifier le traité signé par M.Sarkozy et M. Merkel qui ne s'attache qu'à constituer un "pacte budgétaire". S'il était besoin d'en attester, il suffirait de lire le dernier paragraphe de la lettre que M. Hollande adresse cette semaine à François Bayrou, et qui débute ainsi : "Mais l'Europe doit être réorientée vers la croissance".
Bien à vous,
Michel D.
Vous reprendrez bien un peu de poudre aux yeux ? Comment croire que ce n'est pas une énième excuse pour détourner le regard du peuple ? Ils n'ont plus aucune crédibilité.
Ce bon Winston disait "Si vous ne votez pas Labour quand vous avez vingt ans vous n'avez pas de cœur, et si vous ne votez pas Tory quand vous en avez quarante vous n'avez pas de cerveau ! ". Il me semble, en lisant les commentaires sur l'excellent article de Monsieur Leboucher de mes concitoyens, dont la moyenne d'âge nous met dans la catégorie des nations vieillissantes, que le vieux mais génial et vaguement imbibé Rosbif serait bien déçu par son meilleur ennemie héréditaire.
Quel manque de pragmatisme ! Quel ringardisme ! Nous sommes incapable d'inventer un future différent. Nous sommes restés bloqués dans la révolution industrielle. On est dans le Zola. A l'heure ou les plus grosses capitalisations boursières sont des entreprises qui commercialisent de l'abstrait, du savoir, le prolongement de intelligence; les Français eux n'imaginent la croissance que comme source de pollution ou de mal être social. Ils s'espèrent dans un espèce de paradis Petaino-Jollyesque, sans maïs transgénique et chauffés aux moulins à vents.
La croissance du future existe : elle est abstraite, elle nous aidera à passer vers d'autres sources d'énergie (la filière thorium, le bio gaz, le solaire thermique) et surtout en utiliser beaucoup moins pour que beaucoup plus d'entre nous y ait accès. Les Bobos technos du future, comme leurs prédécesseurs du XIX ème siècle, grâce à la dissémination de l'information, imposeront progressivement au reste du monde un progrès social au reste de la planète. La Chine et l'Afrique connaîtrons de meilleurs standards de vie. L'obscurantisme religieux reculera... Les humains arrêteront de proliférer...
Tout ça, c'est en train d'arriver... la question est : ces changements se feront ils au corps défendant de notre vielle nation ?
M. Le Boucher ne parle pas de dette, pourquoi alors lui reprocher d'en parler ?
La question est bien "comment remonter la compétitivité du pays "?
Les gens qui en parlent, malheureusement, sont souvent très éloignés des décisions.
J'ai essayé début janvier d'emprunter 100 000 € à mon banquier pour mon entreprise et lui donner un peu d'air financièrement après une série d'investissements autofinancés. Le chargé de clientèle m'a fait tout un cinéma pour me demander des garanties: pour qu'il me prête à 5% il fallait que je place la somme équivalent chez lui rémunérée à 2 ou 3%. Je lui ai parlé de mon bilan très sain, de Sarkozy, d'Oséo, du pays qui veut aider ses entreprises, du slogan de sa banque, rien n'y fit, il voulait sa garantie. J'ai renoncé à mon emprunt et j'ai décalé certains investissements.
Je ne crois pas qu'il y ait grand monde qui sache ce qu'il faut faire pour améliorer la compétitivité. Les grandes entreprises vivent sur des monopoles où des chantiers d'état, les places sont prises et conservées,trouver un commercial qui veut se bouger relève de l'impossible. Par contre les restaurants sont pleins de retraités qui s'ennuient. On est aujourd'hui dans une société qui ronronne sur des situations acquises et les gens, qu'ils veuillent voter pour Sarkozy se disent soit que ça va continuer comme avant soit que tout s'arrangera avec le temps.
Faire de la croissance c'est très facile, il suffit de distribuer de l'argent, améliorer la compétitivité demande des actions en profondeur pas accessibles aux politiciens. En premier lieu il faut diminuer les charges qui pèsent sur le travail sans que cela se traduise par un effet d'aubaine.
Cela qui fera ça n'est pas encore né. Je vis un avenir collectif très sombre et mon salut personnel n'est plus ici.
Entre le "principe de précautions", les 35 heures, les charges sociales et les impôts les plus élevés au monde. Sans parler des banques qui ne sont ni plus ni moins que des tirelires ultra chères. Je compati...
"trouver un commercial qui veut se bouger relève de l'impossible"... peut être puis-je vous aider ? http://pt.linkedin.com/in/stephanechalangeas
L'Espagne a un coût salariale inférieur au notre et le prélèvement en pourcentage sur le coût du travail est également inférieur au notre. Donc selon vos voeux, l'Espagne devrait être un exemple à suivre. Or, c'est un pays avec un taux de chômage démentiel.
L'Allemagne a un coût supérieur au notre. Certes, les charges patronales sont inférieures, mais les charges salariales supérieures et si l'on rajoute l'impôt sur le revenu, l'Allemagne nous dépassent en coût.
Alors quid de votre solution. Les deux exemples cités démontrent que ce que vous souhaitez ne va pas dans le bon sens.
La réponse vient une fois de plus de Keynes. Imposer la rente et réinvestir cet argent dans les grands travaux pour moderniser notre pays. La France est un pays d'héritiers et de rentiers. Tout le contraire d'un pays qui innove et qui invente.
Dans mon domaine professionnel, nous avons au bas mot 15 ans de retard sur la plupart des pays européens, mais nous nous obstinons à continuer à vouloir inventer le fil à couper le beurre. Voilà le problème français.
La solution, ce sont des impôts lourds sur les successions pour remettre les compteurs à zéro et redonner de l'espoir à toute cette génération (très majoritaire) de non-héritiers qui souffrent de la concurrence de cette minorité d'héritiers qui font la pluie et le beau temps en France.
Moins imposer le travail, mais lourdement imposer la rente de situation et l'héritage.
La dette provient d'une faible compétitivité ... non "compensée" par une baisse de nos niveaux de vie au sein de ce vaste monde. Pile et face. Que peuvent faire les présidents de la république française de gauche ou de droite, et sans "excuse pour détourner le regard du peuple"? Les pistes toujours présentées mais peu suivies: investir dans les secteurs d'avenir (lesquels?), faire de l'innovation (lesquelles?), favoriser la mentalité d'entrepreneur et de créateur (vaste programme en France!), re-développer la formation des ingénieurs, en gros changer les mentalités en France...Il sera paradoxalement plus facile et rapide d'augmenter les impôts et aussi de baisser les dépenses publiques. La compétitivité ne reviendra qu'avec beaucoup de temps donc de constance...Espérons que le prochain président s'y attellera!
Ce qui surprend dans ces commentaires sur l'article d'ELB, c'est cette levée de boucliers contre la croissance. Comme si la croissance était un horrible cancer que toute amélioration de productivité serait susceptible de déchaîner de façon incontrôlée pour nous anéantir? Mais, d'où vient cette réaction?
Peut-être de recherches gardées secrètes qui montreraient que les Français de 2012 vivent moins bien que ceux de 1912?
Peut-être de la thèse que si le hasard a voulu que nous naissions Français et pas Chinois, il n'est pas raisonnable que les Chinois cherchent maintenant à consommer à leur faim et donc de produire pour la satisfaire?
Peut-être de la peur que la croissance ne nous demande des efforts, de l'énergie et même pourquoi pas de l'initiative?
Peut-être de la paralysie qui découlerait d'un certain complexe d'infériorité?
Peut-être les partisans de la non-croissance sont-ils dépressifs? Souhaitons alors qu'ils ne soient pas contagieux.
Que de chose à dire... Des économistes et de nombreux politiques avaient tiré la sonnette d'alarme concernant ces politiques d'austérité, d'autant plus qu'elles n'avaient guère marché dans les années 80 lors des "cures" du FMI imposées à des pays en développement. Malheureusement, de nombreuses personnes comme ELB s'obstinent, s'évertuent à croire que leur solution est la seule bonne, la seule rationnelle, ou pour reprendre les mots de Thatcher, "There is no alternative".
La Belgique n'a pas eu pendant longtemps de gouvernement de plein exercice, ce qui empêchait les fameuses réformes structurelles soi-disant nécessaires pour restaurer la compétitivité. Résultat, c'est un des rares pays européens qui n'est pas aujourd'hui en récession :
http://fr.news.yahoo.com/la-belgique-renoue-contre-toute-attente-avec-la-141511951--business.html
Malheureusement cela ne durera pas.
En effet, sous la pression de la bourgeoisie, pressée de mettre en œuvre les sinistres réformes structurelles qui ont déjà fait tant de mal en France, les nationalistes flamands ont renoncé à prolonger le blocage politique.
Ellio Di Rupo peut maintenant lancer de nouvelles agressions contre les chômeurs et les retraités. Il suffit de faire un tour en France pour savoir l'effet que cela produira sur l'emploi, sur l'activité...
...et bien entendu, sur les finances publiques.
Pas grave ! Les néolibéraux n'ont aucune gêne à se prévaloir de l'effet désastreux de leurs mesures précédentes pour revendiquer l'escalade suivante.
Tout est lié. le constat de Draghi n'apporte pas un éclairage nouveau, quoiqu'en pense notre chroniqueur, mais qu'on le veuille ou non il valide de facto la stratégie Allemande, on ressert les boulons pour retrouver des marges de compétitivité.
L'inquiètude vient de ce qu'en France le schéma industriel est bien différent, les pôles d'excellence y sont encore embryonnaires, et les choix industriels pris dans les années 90-2000 (financiarisation de l'économie) difficiles à remettre en cause. Il est plus rapide de casser que de reconstruire . Une politique de production ne s'improvise pas, pour prendre corps , elle doit donner des gages durables aux investisseurs: le coût social du travail, la fiscalité sont les seules variable d'ajustement qui restent à la France compte tenu de son déficit d'innovation engrangé depuis des lustres, nos produits se banalisent et c'est à la lumière de ce constat que l'on comprend que la production parte en Chine.et ce n'est pas Hollande ou Sarkozy qui vont infléchir la tendance d'un coup de cuiller à pot. Désolé de jouer les casse-bonbons, mais c'est ainsi;
dont notre et un environnement fiscal stable.
Mal
cher Eric Le Boucher,
je suis un de vos fidèles lecteurs et auditeurs (sur europe 1 et france culture).
«la mer qui se retire et qui montre les baigneurs sans maillot» : JL bOurlanges (l'esprit public émission à laquelle vous apportez votre analyse éco) ,dit que cette expression fut utilisée par warren buffet... !
patrick berditchewsky
Nicolas Sarkozy avait pourtant trouvé la solution pour rétablir notre compétitivité, un peu tard....?
La création de la TVA sociale,c'est dire réduire les charges des entreprises quitte à obérer encore plus le pouvoir d'achat des plus modestes...
Sarkozy n'avait plus de limites, plus frontères à la fin...et en plus il avait tout le monde contre lui...
On ne saura jamais si son idée était exportable...
Dan