FN, Jobbik, PVV... L'extrême droite gangrène presque toute l'Europe

Manifestation du mouvement d'extrême droite hongros Jobbik, en janvier 2012. REUTERS/Bernadett Szabo

Manifestation du mouvement d'extrême droite hongros Jobbik, en janvier 2012. REUTERS/Bernadett Szabo

Le résultat de Marine Le Pen au premier tour de la Présidentielle ne doit pas cacher une réalité généralement européenne.

Si les premières estimations lui ont fait toucher les 20%, la réalité est cependant moindre: Marine Le Pen a obtenu au premier tour de l'élection présidentielle 17,9% des suffrages, ce qui représente tout de même un record pour le Front national (16,86% en 2002).

Wilders ou les liaisons dangereuses

Coïncidence, ce record a pointé son nez la veille de la chute du gouvernement néerlandais. C'est Geert Wilders, le leader du Partij voor de Vrijheid (Parti pour la liberté, PVV), l'extrême droite néerlandaise, qui a mis fin à la coalition entre les libéraux (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie, VVD) et les chrétiens démocrates (Christen Democratisch Appèl, CDA) en retirant son soutien à la seconde chambre. En cause: l'Europe.

Mis en demeure par l'Union européenne de réduire le déficit public de son pays, le Premier ministre Mark Rutte n'a pas réussi à convaincre son allier d'extrême droite. Ce dernier, estimant que les 16 milliards d'économies demandés ne devaient pas se faire sur le dos des citoyens, a décidé de quitter la table des négociations.

Ce gouvernement avait vu le jour après les élections législatives de juin 2010: le PVV avait alors créé la surprise en obtenant 15,5% des voix exprimées. Si ce n'est pas le score de Marine Le Pen, le PVV se place tout de même derrière les libéraux et les travaillistes, et devant le CDA de l'ancien Premier ministre, Jan Peter Balkende.

Il en sortira un gouvernement de droite VVD-CDA sans participation des extrémistes du PVV, mais avec un soutien à l'assemblée qui permettait d'obtenir les majorités nécessaires au processus législatif.

Wilders s'est récemment fait remarquer pour avoir lancé un site internet appelant les citoyens néerlandais à déposer leurs critiques à l'égard des Européens de l'Est.

Les Vrais finlandais: un petit tour et puis s'en vont ?

Avec 19% (tout juste 4% en 2007) aux élections législatives d'avril 2011, le parti des Vrais finlandais (Perussuomalaiset en finlandais) fut la «révélation» politique de l'extrême droite européenne l'année passée. Ce score surprise leur faisait accéder à la position de troisième parti du pays en terme de suffrages. A l'inverse du PVV aux Pays-Bas, le parti dirigé par Timo Soini décida de ne soutenir aucun gouvernement.

Une décision idéologique: Les Vrais Finlandais sont par nature populistes dans leur dénonciation des élites, et  anti-européens — donc nationalistes — alors que les gouvernements successifs de ce pays scandinave ont pour réputation d'être on ne peut plus européens.

Les Vrais finlandais font donc partie de l'opposition, n'hésitant pas à refuser les plans d'aide à la Grèce. Ils portent également un programme discriminatoire: pour Timo Soini, un étranger muni d'un permis de séjour ne serait pas comparable à un Finlandais.

Notons que si le succès fut au rendez-vous en 2011, il en fut tout autre en 2012 pour l'élection présidentielle de janvier. Timo Soini en est reparti avec 3,43% des suffrages.

Le Danemark: fermeture/ouverture des frontières

Avec un gouvernement social-démocrate depuis septembre 2011, le Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti, DF) n'a plus d'influence directe sur la politique menée au Danemark par la Première ministre Helle Thorning-Schmidt, même s'il reste la troisième force partisane avec 12,3% des suffrages exprimés.

C'est la même position obtenue aux législatives de 2007, même s’il y a 5 ans le DF obtenait un score de 13,9% et et accordait tout son soutien aux gouvernements d’Anders Fogh Rasmussen et de Lars Løkke Rasmussen (sans toutefois y participer).

L'une des actions principales dont le Parti du peuple danois fut entre autres à l'origine est le rétablissement temporaire des contrôles aux frontières du Danemark en juillet 2011. Helle Thorning-Schmidt a cependant mis fin à ces contrôles dès son arrivée au pouvoir en septembre dernier.

Les minarets interdits ou le populisme suisse

En Suisse, on ne parle pas de parti d'extrême droite mais simplement de parti populiste en ce qui concerne l'Union démocratique du centre. Déjà première force politique du pays avant les élections fédérales de 2011, l'UDC s'était promis pour celle-ci de conquérir un tiers des votes. Pour cela, le programme était clair:

«Convaincus que nous ne renforcerons les faibles que si nous n'affaiblissons pas les forts, nous nous engageons pour les principes suivants : nous ne voulons pas adhérer à l'Union européenne, nous voulons stopper l'immigration de masse, nous voulons renvoyer les étrangers criminels.»

Cette dernière mesure a d'ailleurs était approuvée par référendum en novembre 2010 pour s'appliquer à certains crimes. Autre cas bien connu d'initiative populaire de l'UDC, l'interdiction de la construction de minarets décidée le 29 novembre 2009. Ce programme et ces actions n'ont cependant pas comblé les attentes des Suisses, qui ont accordé à l'UDC lors des élections fédérales  de novembre 2011 un résultat de 25,9%, en recul de deux points par rapport à 2007.

Viktator, le FIDESZ et le Jobbik

Lors des élections européennes de juin 2009, le Mouvement pour une meilleure Hongrie (Jobbik) passe la barre des 10% pour atteindre 14,77% des suffrages exprimés. Une victoire pour se jeune parti d'extrême droite créé en 2003.

Avant les élections législatives d'avril 2010, Viktor Orban, actuellement premier ministre hongrois et président du FIDESZ (droite), excluait toute coalition avec le Jobbik et tentait, à la manière de l'UMP avec le FN, de marcher sur ses plates bandes.

Au premier tour des élections législatives hongroises, le 11 avril 2010, le Jobbik, emmené par Gabor Vona, remporte la troisième place avec 16,67% des suffrages. Au deuxième tour, il obtient 47 sièges au Parlement. Le FIDESZ obtient la majorité des 2/3 (263 sièges) et l'opposition socialiste du MSZP remporte 59 sièges.

Le Jobbik est donc en position de se faire entendre en tant que rival du FIDESZ. C'est l'un des partis d'extrême droite les plus actifs en Europe, à l'origine notamment en 2009 de l'Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN, officiellement reconnue comme parti politique européen par le Parlement européen en mars dernier) présidée par Bruno Gollnisch.

Son nationalisme se démontre notamment par l'une de ses activités appréciées de tous les extrémistes de droite : brûler des drapeaux européens.

Barbara, droite dans ses bottes

Non loin de la Hongrie, l'Autriche. Le parti autrichien de la liberté (Freiheitliche Partei Österreichs, FPÖ) a présenté Barbara Rosenkranz aux élections présidentielles du 25 avril 2010. Avec 452.615 voies obtenues (15,62% des suffrages), elle arrive en deuxième position du scrutin.

Une élection à relativiser cependant. Il n'y avait en effet que 3 candidats en compétition, et Heinz Fischer a été reconduit à son poste —honorifique— de président de la République haut la main avec un score de 78,94%.

Cela n'empêche. Présenter Barbara Rosenkranz, ce n'était pas rien pour le FPÖ. Celle qui est appelée la «mère du Reich» en Autriche demande par exemple un assouplissement de la loi — das Verbotsgesetz— qui interdit l’existence de tout parti nazi ainsi que la propagation de cette idéologie et punie la négation des crimes nazis.

Il faut dire que son mari, Horst Jakob, dirige la revue négationniste Fakten — c'est aussi l'un des créateurs du parti nazi, le NPD, aujourd'hui interdit...

Tout un symbole, donc, pour le FPÖ, qui obtenait aux élections législatives de 2008 18,01% des suffrages, auquel il faut ajouter les 10,98% d'un nouveau parti d'extrême droite, l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) né d'une scission du FPÖ.

Ce dernier, à lui seul, représente la troisième force politique du pays. Additionné avec le BZÖ, l'extrême droite autrichienne colle aux talons du Parti social-démocrate qui comptabilise 29,71% des voix en 2008. À noter également la polémique provoquée par Marine Le Pen lors d'une valse de Vienne.

Norvège et Belgique : l’extrémisme puissant mis à l'écart

14 novembre 2009, le Parti du progrès (Fremskrittspartiet, FrP) norvégien arrive en deuxième position des élections législatives avec 22,9% des suffrages. Mais les différents partis de gauche arrivent ensemble à composer une majorité au Parlement, le Storting. Le parti du progrès représente donc la première force d'opposition du pays scandinave au main d'une coalition de gauche puissante.

Sa position à l'extrême droite de l'échiquier politique se manifeste par une position nationaliste anti-islam apparente dans une optique libérale de l'économie. On retrouve cette pensée au sein de la Nouvelle Alliance flamande (Nieuw-Vlaams Alliantie, N-VA) en Belgique. Ce parti nationaliste prône l'indépendance de la Flandre vis-à-vis de la Belgique.

S'il est guidé par Bart De Wever, plutôt modéré, beaucoup estiment que ce n'est qu'une façade. Et pour preuve, en vue des élections communales d'octobre 2012, la N-VA recrute au sein du Vlaams Belang (Intérêt flamand, VB), le véritable parti extrémiste belge néerlandophone.

Si la N-VA est depuis 2010 la première force politique de Belgique, elle ne gouverne pas sur le plan fédéral: après plus de 500 jours sans gouvernement, une coalition «papillon» de 6 partis a en effet mis à l'écart les indépendantistes flamands.

Petits résultats, 3 ministères et un scandale financier à la Ligue du Nord

Un autre parti indépendantiste fait parler lui sur ses terres: la Ligue du Nord (Lega Nord). Les dernières élections législatives en Italie ont eu lieu en 2008 et ont reconduit Berlusconi au poste de Premier ministre — remplacé en novembre 2011 par Mario Monti. La Ligue avait alors fait un petit score, récoltant 8,3% des suffrages. Petit score, qui représente tout de même le double de son résultat de 2006 et qui est du reste suffisant pour en faire la troisième force du pays...

... et lui fournir ainsi des postes gouvernementaux à côté du soutien de l'autre parti d'extrême droite, l'Alternative sociale d'Alessandra Mussolini, petite fille de Benito du même nom. En tant que fidèle allier de Berlusconi, la Ligue du Nord obtient en 2008 trois ministères au sein du gouvernement. Le parti et son président, Umberto Bossi, son actuellement au cœur d'un scandale sur des détournements de fonds en Italie.

Une percée en Grèce?

Les élections législatives du 6 mai vont donner l'occasion à l'Alerte populaire orthodoxe (Laïkos Orthodoxos Synagermos, LAOS) et l'Aube dorée (Chryssi Avyi), les deux partis d'extrême droite, de se montrer et même peut-être d'entrer au Parlement, d'autant plus que le gouvernement d'union nationale actuel a pour ministre des Transports Makis Voridis, membre du LAOS. Une première depuis 1974 et la fin de la dictature des Colonels. Aux dernières élections législatives, en 2009, ce parti a recueilli 5,62% des suffrages exprimés.

Travail, famille, patrie: pas pour eux

Certaines contrées européennes sont quant à elles imperméables à l'extrême droite. L’Espagne, qui vient de repasser à droite et fait office de «nouvelle Grèce» sur le plan de la crise européenne,  a bien le Mouvement social républicain (Movimiento social republicano, MSR) de mèche avec l'Alliance européenne des mouvements nationaux. Mais lors des élections européennes de 2009, le MSR n'a pas dépassé 0,1%. Voisin de l'Espagne, le Portugal bénéficie de la même imperméabilité.

Dans les pays qui résistent à l'extrême droite, n'oublions pas l'Allemagne. Les résultats du Parti national-démocrate (Nationaldemokratische Partei Deutschlands, NPD), souvent décrit comme néonazi, ne permettent pas de s'inquiéter outre mesure: 1,5% aux élections fédérales de 2009.

Pour autant, le NPD reste actif au niveau régional allemand et est même représenté au sein de  parlements régionaux. L'année dernière, après la découverte qu'une vague d’assassinats racistes serait liée au NPD, le gouvernement allemand avait cherché à interdire le parti. Une procédure allant dans ce sens est toujours en cours.

Oublier le Royaume-Uni de ce tableau européen serait faire trop d'honneur au Parti national britannique (British National Party, BNP), eurosceptique et xénophobe. Le BNP, c'est 1,9% aux dernières élections législatives (mai 2010), c’est-à-dire beaucoup moins que pour les élections européennes de 2009 où le parti avait récolté 6,2% des voix.

Un parti sans importance électorale mais qui ne doit pas faire oublier son voisin plus modéré, le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UK Independence Party, UKIP) dont le but premier est de faire sortir le pays de l'Union européenne. Aux élections de 2009, il arrive à ce titre en deuxième position avec 16,5%...  pour tomber vertigineusement à 3,1% un an plus tard lors des législatives.

Maxence Peniguet