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Après le 6 mai, le retour des plans sociaux

Gilles Bridier, mis à jour le 25.04.2012 à 6 h 56

Avec une croissance anémique, l’emploi ne repartira pas cette année en France. Les entreprises craignent les baisses d’activité, et les plans sociaux pourraient revenir une fois l’élection passée.

REUTERS/Ivan Alvarado

REUTERS/Ivan Alvarado

Alternance ou pas, le chômage va continuer à progresser en France en 2012. Même en voulant regarder les prévisions économiques avec des lunettes roses, on ne peut que constater que, d’après les dernières projections du FMI, la zone euro reste le point noir de la croissance mondiale, et que la France s’apprête à vivre une année 2012 encore plus terne que 2011.

Avec seulement 0,6 point de croissance contre 1,7 point l’an dernier selon l’institut d’études économiques COE Rexecode, l’économie française va continuer de détruire des emplois. Même l’Allemagne, premier partenaire commercial de la France, devrait elle-même voir sa croissance réduite des quatre cinquièmes (0,6 point contre 3,1). Aucun relais à attendre de ce côté.

Aussi, pour l’emploi salarié et quel que soit l’environnement international, la crise va se poursuivre. Car une économie ne crée pas d’emploi en-dessous d’1,5% de croissance, ou guère moins. On ne va pas tarder à parler des plans sociaux qui ont été gelés pendant la période électorale.

Des entreprises ont pu profiter du contexte créé par l’élection présidentielle. Les projecteurs se sont portés sur Lejaby  sauvée grâce, pour le site d’Yssingeaux, à l’intervention d’un fournisseur de LVMH (dont le président Bernard Arnault est un ami de Nicolas Sarkozy).  

Photowatt a été reprise sur ordre par EDF, et Sernam réintégrée par la SNCF qui avait tout fait pour s’en débarrasser. Mais ces arbres cachent la forêt et les dossiers en suspens sont nombreux. Et tout le monde les connaît.

Grosses menaces dans l’automobile et l’énergie 

Dans l’automobile, l’avenir du site d’Aulnay de PSA est incertain. Certes, des discussions exploratoires sont menées pour voir dans quelles conditions l’activité pourrait être maintenue. Mais quelle que soit leur issue, le groupe automobile devra régler un jour ou l’autre ses problèmes de surcapacités. Alors, les Bretons s’inquiètent aussi pour l’avenir de l’usine de Rennes.

Plus globalement, l’industrie automobile a perdu 48.000 salariés en une douzaine d’années (18% de ses effectifs) dans l’Hexagone, et rien n’indique que la tendance puisse être inversée. Le plan de réduction d’effectifs présenté par PSA fin 2011 portant sur 5.300 postes dont près de la moitié chez des fournisseurs, ne laisse planer aucun doute.

Dans le raffinage, l’horizon est toujours bouché pour  le site Petroplus de Petit-Couronne placé fin janvier en redressement judiciaire pour six mois. Le contrat provisoire a été obtenu en février avec Shell, propriétaire du site jusqu’en 2008,  grâce à l’intervention du gouvernement. 

Après la fermeture de la raffinerie Total de Dunkerque en 2010, une autre de Petroplus à Reichstett près de Strasbourg mi-2011, et l’arrêt de l’activité à Berre-l’Etang près de Marseille dans la raffinerie de l’américain LyondellBasel, une nouvelle fermeture dans le raffinage français aurait pu mettre le feu aux poudres juste avant l’élection présidentielle.

Mais si la récupération des stocks autorisée mi-avril peut permettre un début de relance de l’activité à Petit-Couronne, il n’existe toujours aucun repreneur pour pérenniser le site. Comme à Berre-l’Etang, où l’on parle plus de plan de sauvegarde de l’emploi que de redémarrage malgré une hypothétique piste libyenne.

En ce début d’année, la production de matériel de transport et le raffinage ont fait partie des secteurs qui, selon le ministère de l’Economie, ont le plus contribué à la baisse de l’activité industrielle. Il est fort à craindre que ce soit aussi dans ces secteurs que des plans sociaux soient annoncés.

Comme dans la sidérurgie où l’avenir du site de Florange d’AreclorMittal est toujours indécis après les parties de cache-cache entre les salariés et le gouvernement, celui-ci se gardant bien de trancher sur ce dossier pendant la période électorale malgré la pression des syndicats.

Chez Areva, on tire aussi les conséquences du coup d’arrêt porté à la construction de nouvelles centrales nucléaires suite à l’accident de Fukushima. Les chantiers en cours seront terminés, mais les décisions pour en ouvrir de nouveaux sont gelées. Le plan Action 2016 ne fait pas mystère de dispositions à prendre pour geler certains recrutements ou engager des réductions d’effectifs parmi ceux concernés par la sortie de l’Allemagne du nucléaire. Mais après la campagne électorale.

Des anticipations de baisses d’activité

Les chefs d’entreprises sont inquiets des effets des politiques qui devront être menées pour réduire la dette publique et la charge des intérêts. Qu’il s’agisse d’une austérité de droite, ou d’une pression fiscale de gauche. Dans ces conditions, ceux qui ne peuvent compenser un tassement de leur activité dans l’Hexagone par une progression des exportations se préparent à adapter les effectifs. A la baisse.

Or, la crise a fait perdre en trois ans, entre fin 2007 et fin 2010, environ 337.000 salariés (y compris les intérimaires) à l’industrie, évaluent l’Insee et le ministère du Travail. Puis, sur la seule année 2011, les coupes furent moins brutales avec une perte de 17.000 postes. Il est à craindre que, une fois l’élection passée, des réductions de postes plus radicales reprennent.

Il n’y a pas que l’industrie qui puisse ménager de mauvaises surprises. Les décisions qui seront annoncées à Air France-KLM, contraint de réaliser 2 milliards d’euros d’économie pour faire face notamment à l’augmentation du prix du kérosène, passeront par des gains de productivité. Réorganisation du travail ou suppressions de postes? 2.000 ont déjà été programmés.

Dans la banque également, BNP-Paribas, la Société Générale ont déjà indiqué des suppressions de postes. La règle est le volontariat, mais les candidats au départ ne se bousculent pas. Toutefois globalement depuis 2000, la banque et l’assurance ont créé des emplois: 124.000 dont près de 19.000 l’an dernier. Ce ne devrait pas être le cas cette année avec la réorganisation des activités financières.

Les secteurs porteurs existent

Heureusement, d’autres secteurs embauchent. Le commerce et la réparation automobiles sont même confrontés à des difficultés de recrutement. L’hébergement et la restauration, l’information et la communication sont bien orientés. La logistique se maintient, aussi bien dans le transport que l’entreposage. Et d’autres secteurs, plus  innovants, peuvent aussi se structurer et créer des emplois.

Le Commissariat à l’investissement, qui gère les fonds dégagés par le Grand emprunt, a ainsi annoncé fin mars le financement de 880 projets pour un total de 25 milliards d’euros (sur 35 milliards) concernant «plusieurs milliers d’entreprises».

Les écosystèmes appelés à voir le jour grâce à ce coup de pouce devrait générer de nouveaux postes, surtout si les espoirs placés dans l’innovation se traduisent par une reprise de l’activité industrielle, dans des secteurs novateurs. Une seule question se pose alors: quand? Pour 2012, c’est déjà trop tard.

Gilles Bridier

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Journaliste
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