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Législatives: le troisième tour a déjà commencé

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 24.04.2012 à 10 h 32

Marine Le Pen dépasse les 12,5% des inscrits dans 353 circonscriptions et réalise un score très élevé dans la sienne, de même que plusieurs de ses lieutenants. Le Front de gauche, lui, dépasse les 12,5% dans 37 circonscriptions. Mais l'abstention et le passage d'un candidat national à des candidats locaux ont souvent modifié la donne en juin...

Gilbert Collard et Marine Le Pen, le 22 avril 2012 à Paris. REUTERS/Pascal Rossignol

Gilbert Collard et Marine Le Pen, le 22 avril 2012 à Paris. REUTERS/Pascal Rossignol

«Nous avons fait hier un résultat extraordinaire, mais ça n'est qu'un début. [...] Il va y avoir le troisième tour, ce seront les législatives, et là ça va être absolument fondamental comme bataille», a expliqué, lundi 23 avril au soir sur France 2, Marine Le Pen dans la foulée de ses 17,90% de dimanche.

A l'image de la candidate du FN, les différents partis en lice avaient déjà dimanche soir la tête aux élections législatives. En dehors du PS et de l'UMP, cinq d'entre eux espèrent compter ou compteront un ou des élus au Palais-Bourbon, et pour eux, les scores du premier tour de la présidentielle circonscription par circonscription revêtaient une signification particulière.

Pour Debout la République, le calcul est vite fait, seul son président Nicolas Dupont-Aignan pouvant prétendre à un siège: dans sa circonscription de l’Essonne, le candidat a recueilli 14,19%, sept fois plus que son score national, mais moins, dans un contexte de participation sans commune mesure, que lors des européennes de 2009 (24%) ou des régionales de 2010 (36%).

Chez les Verts, Eva Joly ne dépasse les 5% que dans douze circonscriptions, avec une pointe à 10% dans la septième circonscription des Français de l’étranger (Allemagne/Europe de l’Est). Si la candidate frôle les 6% dans la circonscription parisienne où se présente Cécile Duflot en juin, Jean-Luc Mélenchon, dont le parachutage a été évoqué, y est à près de 17%. Elle dépasse sa moyenne dans les circonscriptions des députés sortants François de Rugy (4,18%), Noël Mamère (3,64%) et Anny Poursinoff (2,76%), ou dans celle où le pédagogue Philippe Meirieu se présente dans le Rhône (3,50%).

François Bayrou lui, dépasse les 12,5% des électeurs inscrits —le seuil nécessaire pour se maintenir pour un candidat qui n'arrive pas dans les deux premiers— dans seulement cinq circonscriptions, trois des Pyrénées-Atlantiques (dont la sienne et celle de son lieutenant Jean Lassalle), la circonscription de Pierre Méhaignerie à Vitré et celle des Herbiers, en Vendée.

Bons scores dans les circonscriptions de Collard et Coûteaux

Mais c’est bien sûr l’impact sur les législatives du score du FN qui a attiré toutes les attentions: selon les estimations du collectif Regards Citoyens, les scores de Marine Le Pen, transposés aux législatives, permettraient au parti d’extrême droite de se maintenir dans 353 circonscriptions sur 577.

Les scores de Marine Le Pen dans chaque circonscription (en % des électeurs inscrits). Les zones les plus claires sont celles où le FN n'est pas théoriquement en position de se maintenir au second tour.

La présidente du FN dépasse les 30% dans trois d'entre elles. En pole, la troisième du Vaucluse, celle du sud de Carpentras (31,5% des voix, avec une participation de près 83%), qui fait paradoxalement partie de celles sur lesquelles le parti n’a encore investi aucun candidat —les noms de Jean-Marie Le Pen et de sa petite fille Marion Maréchal-Le Pen avait été évoqués. Suivent le fief de Marine Le Pen, Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais, et une autre circonscription du département, celle de Liévin, dont le député-maire PS Jean-Pierre Kucheida a été récemment accusé de malversations.

A Saint-Avold et Freyming-Merleybach, deux circonscriptions de Moselle auxquelles nous consacrions récemment un reportage, la candidate frôle les 30%. Elle est à près de 29% dans la deuxième circonscription du Gard, entre Nîmes et Aigues-Mortes, où se présente l'avocat Gilbert Collard, et dans celle de Colombey-les-deux-Eglises, en Haute-Marne, où se présente le souverainiste Paul-Marie Coûteaux. Et, au final, sort en tête des dix candidats dans 24 circonscriptions dans le Nord-Est (Picardie, Lorraine, Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardennes, Franche-Comté), le Languedoc-Roussillon et Paca.

Le PS loin en Alsace, l'UMP loin dans le Pas-de-Calais

Sur les 353 circonscriptions concernées, les scores du premier tour mettraient trois fois le FN en duel face à l’UMP, en Alsace, et trois fois face au PS dans le Pas-de-Calais, dont à Hénin-Beaumont. Dans deux circonscriptions, deux candidats de gauche, un du PS et un du Front de gauche, seraient théoriquement en situation de se maintenir face au FN, dans les quartiers nord de Marseille et à à Marchiennes, dans le Nord.

Les scores de Jean-Luc Mélenchon dans chaque circonscription (en % des électeurs inscrits). Les zones les plus foncées sont celles où le Front de gauche est théoriquement en position de se maintenir au second tour.

Le parti de Jean-Luc Mélenchon, en effet, franchit le «cut» théorique dans 37 circonscriptions, réalisant son meilleur score dans celle de Bagnolet-Montreuil, avec près de 25% des voix. Dans quinze d’entre elles, essentiellement en région parisienne (dont trois dans la capitale même), cela serait en triangulaire face à l'UMP et au PS, qui y compte quinze à trente points d’avance au soir du 22 avril.

Et dans cinq circonscriptions de Seine-Saint-Denis, dominées par des ténors du PS (Claude Bartolone, Bruno Le Roux) et du Front de gauche (Jean-Pierre Brard, Marie-George Buffet, Patrick Braouezec), les résultats du premier tour donnent un duel entre les deux formations de gauche, ni l'UMP —présente au second tour dans quatre d'entre elles en 2007—, ni le FN n'y franchissant les 12,5% des inscrits.

Reste enfin la situation potentiellement la plus explosive pour un second tour, celle d’une quadrangulaire: dans quatorze circonscriptions, le PS, l’UMP, le FN et le Front de gauche dépassent 12,5% des inscrits. Celle où la situation est la plus serrée est la 13e des Bouches du Rhône, à Martigues, où les quatre «gros» terminent tous entre 19% et 26% des voix.

En 2002, de 252 seconds tours à 37...

Mais une telle configuration ne s'est pas produite lors d'une élection législative depuis 1973 en Moselle, en raison des désistements au sein de chaque camp au second tour (des rumeurs d'un accord PS/Front de gauche avant même le premier tour pour éviter un second tour UMP/FN dans certaines circonscriptions ont d'ailleurs couru) et de la barre des 12,5% d'électeurs inscrits à franchir.

Si l'abstention devait augmenter de quinze ou vingt points en juin, comme c'était le cas en 2002 et 2007, les calculs faits à partir des chiffres de la présidentielle seraient en effet substantiellement modifiés, sans oublier que les scores des partis fluctuent fortement d'un scrutin à l'autre: en 1988, 2002 et 2007, le FN a ainsi perdu cinq à six points en quelques semaines...

En 2002, le parti d'extrême droite avait dépassé les 12,5% dans 252 circonscriptions le 21 avril mais n'avait pu se maintenir que dans 37 au second tour en juin. Cette année, il a l'espoir, selon Le Monde, de se maintenir au second tour dans plus de cent circonscriptions. Et de décrocher le ou les sièges de député qui le fuient depuis l'élection à Toulon de Jean-Marie Le Chevallier en 1997.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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