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«François Hollande», une série réalité, spin off de la série «Ségolène Royal»

Thomas Pietrois-Chabassier, mis à jour le 24.04.2012 à 12 h 59

A force de storytelling et de gestion de leur image à grands renforts de communicants, la campagne d'un candidat ressemble à un film. Ou une série. Ce serait alors le rôle d'un critique d'en décrypter le ressort...

François Hollande, début avril 2012, à Vaulx-en-Velin, près de Lyon. REUTERS/Laurent Cipriani/Pool

François Hollande, début avril 2012, à Vaulx-en-Velin, près de Lyon. REUTERS/Laurent Cipriani/Pool

A force de storytelling et de gestion de leur image à grands renforts de communicants, la campagne d'un candidat (dans le cas de l'article joint) ou d'un mandat (c'est le cas pour  Nicolas Sarkozy) ressemble à un film. Ou une série. Ce serait alors le rôle d'un critique d'en décrypter le ressort...

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Comme Angel pour Buffy contre les Vampires, François Hollande est un spin off de la série Ségolène Royal. Carton phénoménal de l’année 2006, le feuilleton produit par les studios de Solférino s’était planté lamentablement en 2007: chute de popularité, chute dans les audiences et abandon définitif de la production.

Punch lines un peu obscures («Nous irons vers d’autres victoires» dit un soir de défaite), allures mystiques (le blanc virginal des costumes), écriture à l’arrache et usage mal senti de l’improvisation des acteurs (les épisodes Bravitude, Justice chinoise et Colère Saine), l’objet était parfois maladroit, trop soudain et peut-être trop avant-gardiste dans un paysage télévisuel encore marqué par la poussière et le conservatisme des années Jacques Chirac.

On n’avait pourtant jamais vu une série girly soulever autant d’enthousiasme et il fallait remonter au show très 90’s Edith Cresson pour voir un personnage féminin s’immiscer aussi près du pouvoir.

Cette année 2007 fut fatale à la chaîne PS (Productions Socialistes). Il y eût bien quelques insistances (l’épisode So-li-da-ri-té) mais il y eût surtout de larges confusions: on se souvient notamment du cafouillage destructeur avec l’émergence du projet Martine fait de la politique en 2008 (le pilote ne donna finalement pas grand chose). Résultat: bouleversement au sein de la prod’, conflits en coulisse et formidable panne d’inspiration achevèrent de plonger l’institution dans un immobilisme pathétique.

Mais voilà, au plus profond de cette crise intérieure, les producteurs pleins de ressources eurent une idée de génie et, se plongeant dans les archives, ils en ressortirent une série conçue pour l’international dont les droits étrangers s’arrachaient mais qui n’avait jamais été diffusée en France: DSK.

Personnage opaque, mutique, sérieux et digne, DSK cartonnait également pour son côté Docteur Jekyll et Mr. Hyde, son héros cumulant les plus hautes fonctions administratives le jour et menant une vie plus que légère la nuit. Un peu de pouvoir, pas mal de sexe, le succès était garanti.

Les studios de Solférino tentent alors de l’adapter pour les écrans français (la série était alors interdite aux moins de 18 ans aux Etats-Unis) tout en laissant filtrer des teasers très concis créant par là un immense désir national. Mais la chaîne est maudite. En mai 2011, alors que la série est sur le point d’entrer en tournage de la saison entière, l’acteur principal pirate le pilote: l’épisode unique, frustrant, culte et définitif Le mystère de la Chambre 2806 (Le coup de l’aspirateur).

Une grande série potentielle venait de mourir, elle ne sera plus diffusée que sur le web. A ce moment, la chaîne est au bord de la faillite, les investisseurs en fuite. Le créneau horaire est aménagé depuis trop longtemps, il n’y a pas de plan B. Les producteurs, dans un geste de désespoir, lancent alors un grand concours national façon Pop Star pour remplir la case manquante de la chaîne.

Six projets sont finalement retenus (dont un revival redondant et calamiteux de Ségolène Royal).

C’est finalement le pilote François Hollande qui l’emporte, assez largement.

Personnage décalé extrait de Ségolène Royal, il s’agit donc d’un dérivé. Série rétro et vintage (les références à l’univers du feuilleton 80’s François Mitterrand), FH avance aussi des arguments contemporains en allant puiser constamment dans les recettes du succès américain (et planétaire) de 2008, Barack Obama.

Mais c’est surtout contre la série Nicolas Sarkozy (Union pour une Majorité Productions) qu’elle se construit, la prenant incessamment à revers (voir l’épisode Le Scooter normal du président normal). C’est peut-être là son défaut majeur: se construire en regardant l’autre, s’efforcer de ne pas ressembler, comme si finalement, François Hollande dépendait un peu de l’image transmise par Nicolas Sarkozy.

Certains critiques reprochent au personnage principal une certaine mollesse, une sympathie, une drôlerie trop affichées quand il s’agit peut-être davantage de souplesse et d’humanité (traits qui font défaut à NS). Il manquait d’ailleurs une série un peu plus comique à l’écran, la voilà peut-être (NS s’y est essayé un temps, s’étalant régulièrement dans un humour confondant de beauferie) et ce, malgré le sévère ratage de l’épisode Le changement c’est maintenant avec les mains.

Mais si elle adopte un ton différent, FH, de par sa sobriété nouvelle, manque probablement d’un peu de charisme et de radicalité (d’où la création de Jean-Luc Mélenchon : le poing levé, carton surprise et naissant des studios Front de gauche).

Ce que l’on retient de ces années télévisuelles obsédées par NS, c’est finalement un dégoût, une certaine mélancolie et un désir de changement de la part du public. Il validera peut-être, à défaut de la prometteuse DSK et contre la lourdeur et l’antipathie dégagées par NS, cette première saison simple, précise et modérée sans être frugale, dans l’espoir qu’elle persévère dans sa profondeur affichée.

Thomas Pietrois-Chabassier

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