France

Européennes 2009: mobilisation contre l'abstention

Jean-François Copé, mis à jour le 16.05.2009 à 11 h 41

Les enjeux, le rôle moteur de Nicolas Sarkozy, l'importance du Parlement et de l'Europe peuvent convaincre d'aller voter le 7 juin.

Nous sommes à trois semaines des élections pour le Parlement européen. Les listes sont enfin bouclées, la campagne est enfin lancée. A droite comme à gauche. Et comme à chaque édition, le spectre d'une abstention massive hante la campagne. Il faut dire que depuis 1979, date du premier scrutin au suffrage universel pour les européennes, l'abstention va crescendo. En France, on est passé d'un taux d'abstention d'un peu plus de 39% en 1979 à plus de 57% pour le dernier scrutin, il y a 5 ans. Seule l'élection de 1994 avait été marquée par une hausse de la participation.

Cette abstention croissante peut sembler surprenante dans la mesure où elle est inversement proportionnelle à l'influence du Parlement dans le jeu européen. Plus leur Parlement pèse, moins les Européens votent... Alors qu'il n'était au début qu'un beau symbole — la première assemblée démocratiquement élue au suffrage universel au-delà des frontières, le Parlement européen a en effet acquis, au fil des ans et des traités, un véritable pouvoir de codécision. Cette abstention pour les élections au Parlement européen paraît encore plus étonnante lorsqu'on la compare à la mobilisation importante lors d'un autre scrutin portant sur l'Europe. Lors du référendum sur le traité constitutionnel en 2005, la participation était de près de 70%. Cet écart important confirme qu'il est toujours plus facile de mobiliser CONTRE un texte, en faisant converger tous les mécontents, que POUR un programme, en créant une dynamique constructive.

L'Europe stabilisatrice

Mais après tout, comment s'étonner que les citoyens n'aillent pas voter massivement à l'occasion d'une élection dont les enjeux à court terme ne sont pas directement perceptibles? Dans quelle mesure le changement éventuel de majorité au Parlement va-t-il changer notre quotidien? Va-t-il seulement changer le fonctionnement de l'Europe alors que les institutions de Bruxelles ne vivent pas dans la logique de confrontation permanente droite/gauche mais plutôt dans la recherche du consensus, entre pays et entre sensibilités politiques?

Malgré la difficulté persistante pour répondre à ces questions que se pose légitimement l'électeur avant d'aller voter, plusieurs facteurs créent un contexte favorable à une remontée de la participation le 7 juin prochain. Au moins en France. D'abord, pour la première fois depuis longtemps, le débat européen ne porte plus d'abord sur des enjeux institutionnels peu mobilisateurs. On parle enfin du «pourquoi » davantage que du « comment », des enjeux politiques plutôt que des aspects techniques. A force de se concentrer sur son nombril institutionnel, l'Europe avait finit par désintéresser les peuples. En se concentrant enfin sur leurs préoccupations, elle peut les remobiliser.

Ensuite, la crise a convaincu beaucoup de Français du rôle protecteur que pouvait jouer l'Union européenne, notamment en période de turbulences économiques. L'Euro est incontestablement un stabilisateur essentiel : on n'ose imaginer les conséquences de l'effondrement de certaines devises européennes au cours des derniers mois si la monnaie unique n'avait pas existé... Près de 70% des Français reconnaissent d'ailleurs que, face à la crise, la France a intérêt à prendre des mesures coordonnées avec les autres pays européens. Ils ne sont que 22% à considérer qu'elle a intérêt à agir individuellement. De ce point de vue, les Français sont plus « européens » que la moyenne de l'Union européenne ! Il y a un fort besoin d'Europe. Les citoyens sont demandeurs de la protection qu'elle peut offrir. Ils ont davantage conscience que sur des bien des sujets prioritaires à leurs yeux, la dynamique européenne est essentielle : économie, environnement, immigration...

La politique est de retour en Europe

Enfin, le succès de la Présidence française de l'Union européenne a préparé un terrain favorable pour ces élections. Nicolas Sarkozy a fait la démonstration du rôle positif que pouvait jouer l'Europe lorsqu'elle était animée par une volonté politique : plan de sauvetage du système bancaire, crise géorgienne, pacte sur l'immigration, dialogue enfin instauré entre les Chefs d'Etats de l'Euroland et la Banque Centrale européenne... Tous nos partenaires reconnaissent des avancées importantes. Les Français aussi. Le politique est de retour en Europe. Il faut maintenant transformer l'essai afin que ces élections soient une occasion de réconcilier les citoyens et l'Europe.

A mon sens, au cœur de la crise et au lendemain de la Présidence française, le contexte n'a jamais été aussi favorable à la mobilisation des électeurs pour des européennes. A présent, c'est aux différentes listes de mener la meilleure campagne possible, en évitant les travers habituels: l'instrumentalisation de l'Europe à des fins partisanes, la focalisation sur des enjeux nationaux à mille lieux des questions qui se posent au Parlement européen, l'appel au vote sanction qui n'a rien à voir avec le sujet, l'incohérences entre les prises de position au niveau national et celles au niveau européen (On ne peut pas cracher sur les membres de la commission à Paris et les soutenir à Bruxelles. On ne peut pas voter avec les libéraux à Strasbourg et jouer à l'antilibéral à Paris...).

Les partis sauront-ils tirer partie de ce contexte pour remettre les citoyens au cœur de l'Europe ? Pour ma part, jusqu'au 7 juin, c'est la mobilisation maximum...

Jean-François Copé

Photo: Reuters

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